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Cour de cassation, cr, 2 décembre 2020 — n° 20-80.619

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2020:CR02415

Synthèse de la décision

Question juridique

La cour d'appel a-t-elle suffisamment caractérisé la connaissance par le prévenu de la vulnérabilité de la victime et le préjudice grave résultant des actes pour le déclarer coupable d'abus de faiblesse ?

Principe retenu

Le délit d'abus de faiblesse suppose que l'auteur ait connaissance de la particulière vulnérabilité de la victime et que les actes accomplis lui soient gravement préjudiciables. La cour d'appel doit caractériser expressément ces éléments, sans se fonder sur des présomptions.

Faits clés

  • Mme F... était atteinte de la maladie d'Alzheimer, diagnostiquée à une période contemporaine des faits.
  • M. K... a reçu deux chèques de 1 000 et 9 000 euros émis par Mme F... avant le prononcé de sa tutelle.
  • M. K... a produit une reconnaissance de dette datée du 13 septembre 2013 pour justifier les chèques.
  • L'UDAF du Territoire de Belfort, tutrice de Mme F..., a signalé les faits.
  • La cour d'appel a retenu que M. K... ne pouvait ignorer la sévérité de la maladie car il était son ami.

Articles cités

article 223-15-2 du code pénal article 593 du code de procédure pénale article 567-1-1 du code de procédure pénale

Dispositif

PAR CES MOTIFS , et sans qu'il soit besoin d'examiner le troisième moyen proposé, la Cour : CASSE et ANNULE l'arrêt susvisé de la cour d'appel de Besançon, en date du 21 novembre 2019, mais en ses seules dispositions ayant déclaré M. K... coupable du chef d'abus de faiblesse, outre celles relatives à la peine, toutes autres dispositions étant expressément maintenues ; Et pour qu'il soit à nouveau statué, conformément à la loi, dans les limites de la cassation ainsi prononcée, RENVOIE la cause et les parties devant la cour d'appel de Dijon, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ; ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la cour d'appel de Besançon, chambre correctionnelle et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement annulé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président le deux décembre deux mille vingt.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit. 2. Une enquête préliminaire a été ouverte courant 2015 contre M. Y... K... des chefs susvisés sur signalement de l'UDAF du Territoire de Belfort, désignée en qualité de tutrice de Mme Q... F... à la suite de la découverte de deux chèques de 1 000 et 9 000 euros émis au profit de M. K... avant le prononcé de la tutelle et correspondant, selon lui, au remboursement d'un prêt qu'il lui avait consenti contre reconnaissance de dette signée et datée du 13 septembre 2013. 3. Par jugement en date du 20 septembre 2017, le tribunal correctionnel de Belfort a déclaré M. K... coupable des chefs susvisés, et l'a condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles 223-15-2 du code pénal et 593 du code de procédure pénale : 6. Il résulte du premier de ces textes qu'est punissable l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse d'une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur, pour conduire cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables. 7. Selon le second, tout jugement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision et répondre aux chefs péremptoires des conclusions des parties ; l'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence. 8. Pour dire établi le délit d'abus de faiblesse, l'arrêt attaqué énonce notamment que les deux chèques de 1 000 et 9 000 euros ont bien été signés par Mme F... le 30 décembre 2014 et le 1er février 2015 à une période contemporaine du diagnostic de la maladie d'Alzheimer, qui était alors suffisamment avancée pour justifier très rapidement son hospitalisation. 9. Les juges ajoutent que le prévenu a produit une fausse reconnaissance de dette dans le but de pouvoir justifier de l'obtention, auprès de la vieille dame, de ces deux chèques, à une période où elle était particulièrement vulnérable en raison de sa maladie, dont il ne pouvait ignorer la sévérité puisqu'il était son ami. 10. Ils en déduisent que le prévenu s'est ainsi rendu coupable d'abus de faiblesse. 11. En se déterminant ainsi, sans autrement caractériser la connaissance par le prévenu de l'état de vulnérabilité de la victime, et sans préciser en quoi les faits reprochés au prévenu ont été gravement préjudiciables à la victime, la cour d'appel n'a pas justifié sa décision. 12. La cassation est par conséquent encourue de ce chef. Portée et conséquences de la cassation 13. La cassation sera limitée aux seules dispositions ayant déclaré M. K... coupable du chef d'abus de faiblesse, outre celles relatives à la peine, toutes autres dispositions étant expressément maintenues. 4. Il n'est pas de nature à permettre l'admission du pourvoi au sens de l'article 567-1-1 du code de procédure pénale.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'abus de faiblesse ?
L'abus de faiblesse est un délit pénal qui consiste à profiter de la vulnérabilité d'une personne pour la amener à accomplir un acte qui lui est gravement préjudiciable. Dans cette affaire, il était reproché à M. K... d'avoir obtenu des chèques de Mme F..., atteinte de la maladie d'Alzheimer.
Quels sont les éléments constitutifs de l'abus de faiblesse ?
Pour être constitué, l'abus de faiblesse nécessite : 1) une personne particulièrement vulnérable, 2) la connaissance de cette vulnérabilité par l'auteur, 3) des actes gravement préjudiciables à la victime. La Cour de cassation a censuré l'arrêt car ces éléments n'étaient pas suffisamment caractérisés.
Peut-on être condamné pour abus de faiblesse si on ignorait la vulnérabilité de la personne ?
Non, la connaissance de la vulnérabilité est un élément essentiel. Dans cette affaire, la cour d'appel avait présumé que M. K... connaissait la maladie de Mme F..., mais la Cour de cassation a jugé que cette présomption n'était pas suffisante et a cassé la condamnation.
Que risque-t-on pour abus de faiblesse ?
L'abus de faiblesse est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Dans cette affaire, M. K... avait été condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis et 5 000 euros d'amende, mais la cassation a annulé cette peine.
Comment contester une accusation d'abus de faiblesse ?
Il est possible de contester en démontrant l'absence de connaissance de la vulnérabilité ou l'absence de préjudice grave. Dans cette affaire, M. K... a contesté en soutenant qu'il ignorait la maladie et que les chèques correspondaient à un remboursement de prêt.
Quel est le rôle de la tutelle dans la protection des personnes vulnérables ?
La tutelle est une mesure de protection juridique destinée à protéger les personnes majeures qui ne peuvent plus pourvoir seules à leurs intérêts. Dans cette affaire, l'UDAF a été désignée tutrice de Mme F... et a signalé les faits, ce qui a déclenché l'enquête.
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