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Cour de cassation, chambre sociale, 22 janvier 2020 — n° 18-16.730

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2020:SO00092

Synthèse de la décision

Question juridique

Le juge peut-il ordonner le repositionnement d'un salarié victime de discrimination syndicale à un coefficient de rémunération sans vérifier que ce coefficient correspond à un échelon de la grille de classification conventionnelle applicable dans l'entreprise ?

Principe retenu

La réparation intégrale d'un dommage oblige à placer celui qui l'a subi dans la situation où il se serait trouvé si le comportement dommageable n'avait pas eu lieu. Si le juge peut ordonner le reclassement d'un salarié victime de discrimination, il doit déterminer, au regard de la grille de classification conventionnelle applicable dans l'entreprise, à quel coefficient de rémunération le salarié serait parvenu en l'absence de discrimination. Il ne peut se contenter de fixer le coefficient à la moyenne du panel de comparaison sans vérifier que ce coefficient correspond à un échelon de la grille.

Faits clés

  • Salarié engagé le 17 août 1987 comme tourneur
  • Élu délégué du personnel sur listes CGT en 2005, 2009, 2013
  • Membre suppléant du CHSCT en 2011
  • Saisine du conseil de prud'hommes le 22 avril 2014 pour discrimination syndicale
  • Cour d'appel a ordonné repositionnement à 298 points sur la base de la moyenne du panel

Articles cités

article L. 1134-5 du code du travail article 1147 du code civil article L. 412-2 du code du travail article L. 2141-5 du code du travail article L. 2141-8 du code du travail article 1382 du code civil

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il condamne la société Safran Hélicopter Engines à repositionner M. S... à un coefficient de 298 points, l'arrêt rendu le 15 mars 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Pau ; Remet, sur ce point, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Bordeaux ; Condamne M. S... aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-deux janvier deux mille vingt.

Exposé du litige

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que M. S... a été engagé le 17 août 1987 par la société Turbomeca, devenue la société Safran Hélicopter Engines (la société) pour occuper un emploi de tourneur ; qu'il a été élu délégué du personnel sur les listes présentées par le syndicat CGT le 27 septembre 2005 puis en septembre 2009 et en septembre 2013 ; qu'en 2011, il est également devenu membre suppléant du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l'entreprise ; qu'il a, le 22 avril 2014, saisi la juridiction prud'homale afin d'obtenir des dommages-intérêts pour discrimination syndicale et son repositionnement ;

Motivations de la décision

Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le moyen annexé, qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ; Vu les articles L. 1134-5 du code du travail, 1147 du code civil, dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 et le principe de réparation intégrale ; Attendu que la réparation intégrale d'un dommage oblige à placer celui qui l'a subi dans la situation où il se serait trouvé si le comportement dommageable n'avait pas eu lieu et que, si les dispositions de l'article L. 412-2, devenu les articles L. 2141-5 à L. 2141-8 du code du travail ne font pas obstacle à ce que le juge ordonne le reclassement d'un salarié victime d'une discrimination prohibée, il appartient au juge de déterminer, au regard de la grille de classification conventionnelle applicable dans l'entreprise, à quel coefficient de rémunération le salarié serait, en l'absence de discrimination, parvenu ; Attendu que pour condamner la société à repositionner le salarié à un coefficient de 298 points, l'arrêt retient qu'au regard du tableau faisant apparaître le taux de classification actuelle des salariés pris en considération dans le panel de comparaison, la moyenne s'établit à 298 points ; Qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher, comme il lui était demandé, si le coefficient de 298 points correspondait à un coefficient de rémunération dans la grille de classification conventionnelle applicable dans l'entreprise, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision ;

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la discrimination syndicale ?
La discrimination syndicale est un traitement défavorable subi par un salarié en raison de son appartenance ou de son activité syndicale. Dans cette affaire, le salarié, délégué du personnel, a subi un retard de carrière par rapport à d'autres salariés, ce qui a été jugé discriminatoire.
Quel est le principe de réparation intégrale ?
Le principe de réparation intégrale oblige à placer la victime dans la situation où elle se serait trouvée si la discrimination n'avait pas eu lieu. Cela peut impliquer un repositionnement à un coefficient de rémunération plus élevé, mais ce coefficient doit correspondre à un échelon réel de la grille de classification de l'entreprise.
Le juge peut-il ordonner un repositionnement à un coefficient moyen du panel ?
Non, la Cour de cassation a censuré la cour d'appel qui avait fixé le coefficient à 298 points, soit la moyenne du panel, sans vérifier que ce coefficient correspondait à un échelon de la grille conventionnelle. Le juge doit déterminer le coefficient auquel le salarié serait parvenu en l'absence de discrimination, en tenant compte de la grille applicable.
Quels sont les recours pour un salarié victime de discrimination syndicale ?
Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir des dommages-intérêts et un repositionnement. Dans cette affaire, le salarié a obtenu un repositionnement, mais la Cour de cassation a rappelé que ce repositionnement doit être conforme à la grille de classification.
Comment prouver une discrimination syndicale ?
Le salarié doit présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination (par exemple, un retard de carrière par rapport à des collègues comparables). L'employeur doit ensuite prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs. Dans cette affaire, le panel de comparaison a été utilisé pour établir la discrimination.
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