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Cour de cassation, chambre sociale, 12 juillet 2022 — n° 21-10.537

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2022:SO00871

Synthèse de la décision

Question juridique

L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination syndicale est-elle prescrite pour la période antérieure de plus de cinq ans à la saisine du conseil de prud'hommes, ou les dommages-intérêts doivent-ils réparer l'entier préjudice subi pendant toute la durée de la discrimination ?

Principe retenu

L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination, mais les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination pendant toute sa durée. En conséquence, la cour d'appel ne peut limiter la période d'indemnisation à la période non prescrite si le salarié démontre que la discrimination a eu des effets continus au-delà de cette période.

Faits clés

  • Salarié engagé en 1991 comme régleur, coefficient 240, classification N3 E3
  • Exerce des fonctions syndicales et de représentant du personnel depuis 2009
  • Saisine du conseil de prud'hommes le 9 mai 2017 pour discrimination syndicale
  • Licenciement pour motif économique autorisé par l'inspecteur du travail le 11 septembre 2018
  • La cour d'appel a déclaré irrecevables les demandes pour la période antérieure au 9 mai 2012

Articles cités

article L. 1134-5 du code du travail article L. 1132-1 du code du travail article L. 1134-1 du code du travail article L. 2141-5 du code du travail

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : REJETTE le pourvoi principal ; CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il déclare M. [E] irrecevable en son action en réparation pour la période antérieure au 9 mai 2012 et limite à la somme de 20 000 euros le montant de la condamnation de la société Ledvance à dommages-intérêts pour discrimination syndicale au titre des entiers préjudices matériel et moral, l'arrêt rendu le 17 novembre 2020, entre les parties, par la cour d'appel de Colmar ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Metz ; Condamne la société Ledvance aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Ledvance et la condamne à payer à M. [E] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du douze juillet deux mille vingt-deux.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Colmar, 17 novembre 2020), M. [E] a été engagé, le 13 mai 1991, par la société Osram, aux droits de laquelle vient la société Ledvance (la société), en qualité de régleur. Depuis 2003, il occupe un poste de régleur au coefficient 240 classification N3 E3 de la convention collective de la métallurgie du Bas-Rhin. 2. Le 9 mai 2017, le salarié, qui exerce depuis 2009 des fonctions syndicales et de représentant du personnel au sein de la société, a saisi la juridiction prud'homale, s'estimant victime d'une discrimination syndicale. 3. Après autorisation par l'inspecteur du travail par décision du 11 septembre 2018, le salarié a été licencié pour motif économique le 14 septembre 2018.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Recevabilité du moyen 6. La société conteste la recevabilité du moyen. Elle soutient que le salarié n'a pas discuté en cause d'appel la prescription partielle de sa demande, pourtant expressément soulevée par elle dans ses écritures et qu'il ne s'est pas prévalu en appel des dispositions de l'article L. 1134-5 du code du travail. 7. Cependant, il résulte des dispositions de l'article 619 du code de procédure civile que n'est pas irrecevable le moyen né de la décision attaquée. En outre, le salarié se prévalait dans ses conclusions d'appel, pour soutenir le montant de sa demande, d'une période de discrimination subie de neuf ans, entre 2009 et 2018. 8. Le moyen est donc recevable. Bien-fondé du moyen Vu l'article L. 1134-5, alinéa 3, du code du travail : 9. Aux termes de ce texte, les dommages et intérêts réparent l'entier préjudice résultant de la discrimination, pendant toute sa durée. 10. Pour déclarer le salarié irrecevable en son action en réparation pour la période antérieure au 9 mai 2012 et limiter en conséquence à une certaine somme le montant de la condamnation de l'employeur à des dommages-intérêts pour discrimination syndicale pour la seule période du 9 mai 2012 au 14 septembre 2018 au titre des préjudices matériel et moral, l'arrêt retient que, conformément à l'article L. 1134-5 du code du travail, ce n'est que le 9 mai 2017, en saisissant le conseil de prud'hommes, que le salarié a interrompu la prescription, celle-ci atteignant toutes les prétentions à réparation afférentes à la période antérieure au 9 mai 2012. Il en déduit que l'appréciation de l'étendue du préjudice sera limitée à la période non couverte par la prescription, la demande étant irrecevable pour le surplus. 11. En statuant ainsi, la cour d'appel a violé le texte susvisé. 4. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Questions fréquentes

Quel est le délai pour agir en justice en cas de discrimination syndicale ?
L'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par cinq ans à compter de la révélation de la discrimination. Toutefois, les dommages-intérêts réparent l'entier préjudice subi pendant toute la durée de la discrimination, même si elle a commencé avant la période de cinq ans.
Puis-je être indemnisé pour des faits de discrimination antérieurs à 5 ans ?
Oui, si vous démontrez que la discrimination a eu des effets continus et que le préjudice s'étend au-delà de la période de cinq ans précédant la saisine du conseil de prud'hommes. La cour d'appel ne peut pas limiter l'indemnisation à la seule période non prescrite si la discrimination a perduré.
Comment prouver une discrimination syndicale ?
Vous devez présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une discrimination, comme une différence de traitement dans l'évolution de carrière ou la rémunération par rapport à des salariés comparables. L'employeur doit ensuite prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs.
Quels sont les droits d'un salarié protégé en cas de discrimination ?
Un salarié protégé (représentant du personnel, délégué syndical) bénéficie d'une protection renforcée contre la discrimination et le licenciement. En cas de discrimination, il peut obtenir réparation de son préjudice, et son licenciement nécessite une autorisation de l'inspecteur du travail.
Qu'est-ce que la réparation intégrale du préjudice en cas de discrimination ?
La réparation intégrale signifie que les dommages-intérêts doivent compenser tout le préjudice subi du fait de la discrimination, y compris les pertes de salaire, le retard de carrière, et le préjudice moral, sans limitation à la période de cinq ans si la discrimination a eu des effets continus.
Mon employeur peut-il me licencier pendant que je suis représentant du personnel ?
Un salarié protégé ne peut être licencié qu'avec l'autorisation de l'inspecteur du travail, et le licenciement doit être justifié par un motif économique ou disciplinaire réel et sérieux. En cas de discrimination, le licenciement peut être annulé.
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