Justiweb – Assistant juridique IA Justiweb
Se connecter Inscription gratuite

Cour de cassation, chambre sociale, 21 juin 2023 — n° 21-24.279

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:SO00708

Synthèse de la décision

Question juridique

L'employeur doit-il solliciter l'avis du médecin du travail sur la compatibilité d'un poste de reclassement avec les préconisations, même si ce poste a été créé spécifiquement pour le reclassement ?

Principe retenu

L'employeur doit s'assurer de la compatibilité du poste proposé au salarié déclaré inapte avec les préconisations du médecin du travail, le cas échéant en sollicitant l'avis de ce médecin, peu important que le poste ait été créé lors du reclassement.

Faits clés

  • Salarié déclaré inapte à son poste
  • Employeur propose un poste de reclassement
  • Poste créé spécifiquement pour le reclassement
  • Employeur n'a pas sollicité l'avis du médecin du travail sur la compatibilité
  • Compatibilité du poste avec les préconisations du médecin du travail non vérifiée

Articles cités

Dispositif

PAR CES MOTIFS , la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne la société CGB aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société CGB et la condamne à payer à M. [M] la somme de 3 000 euros ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt et un juin deux mille vingt-trois.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Rouen, 16 septembre 2021), M. [M] a été engagé en qualité de plombier-chauffagiste par la société CGB le 15 octobre 1982. 2. Il a été victime le 2 novembre 1984 d'un accident du travail et placé en arrêt de travail à plusieurs reprises, en dernier lieu le 6 mars 2017. 3. Il a été déclaré inapte par le médecin du travail et une proposition de reclassement, qu'il a refusée, lui a été faite le 29 mai 2017. 4. Il a été licencié le 16 juin 2017 pour inaptitude et impossibilité de reclassement. 5. Le 28 septembre 2017, il a saisi la juridiction prud'homale pour contester son licenciement et obtenir paiement de diverses indemnités.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 8. Aux termes de l'article L. 1226-10 du code du travail, dans sa rédaction issue de la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016, lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. Cette proposition prend en compte, après avis des délégués du personnel, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. 9. L'article L. 1226-12 du même code dispose que l'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-10, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans l'emploi. 10. Il résulte de ces textes que lorsque l'employeur propose un poste au salarié déclaré inapte, il doit s'assurer de la compatibilité de ce poste aux préconisations du médecin du travail, le cas échéant en sollicitant l'avis de ce médecin, peu important que le poste ait été créé lors du reclassement du salarié. 11. L'arrêt constate que l'employeur a proposé au salarié un poste d'assistant administratif créé pour lui, que ce poste impliquait la conduite d'un véhicule dans des conditions et un périmètre non précisés, que le médecin du travail, sans exclure les déplacements, avait exclu un maintien long dans une même position et que le salarié, qui a refusé le poste, avait évoqué l'incompatibilité du poste avec son état de santé. 12. L'arrêt relève ensuite que l'employeur n'a pas pris en compte le motif du refus du salarié et ne s'est pas assuré auprès du médecin du travail de la compatibilité de ce poste avec l'état de santé du salarié ou des possibilités d'aménagements qui auraient pu lui être apportées. 13. En l'état de ces constatations, dont elle a déduit que l'employeur n'avait pas satisfait à son obligation de reclassement de manière sérieuse et loyale, la cour d'appel a légalement justifié sa décision. 6. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces moyens qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Questions fréquentes

L'employeur doit-il consulter le médecin du travail avant de proposer un poste de reclassement ?
Oui, l'employeur doit s'assurer de la compatibilité du poste avec les préconisations du médecin du travail, et le cas échéant, solliciter son avis. Cela vaut même si le poste a été créé spécialement pour le reclassement.
Que se passe-t-il si l'employeur ne consulte pas le médecin du travail ?
L'employeur manque à son obligation de reclassement, ce qui peut entraîner des conséquences juridiques, notamment l'obligation de verser une indemnité ou la nullité du licenciement.
Le poste créé spécialement pour mon reclassement doit-il être validé par le médecin du travail ?
Oui, même si le poste a été créé lors du reclassement, l'employeur doit vérifier sa compatibilité avec les préconisations du médecin du travail, en sollicitant son avis si nécessaire.
Quelles sont les obligations de l'employeur en cas d'inaptitude ?
L'employeur doit proposer un reclassement dans un poste compatible avec les préconisations du médecin du travail, après avoir consulté les délégués du personnel, et en cas d'impossibilité, justifier le licenciement.
Puis-je refuser un poste de reclassement si le médecin du travail n'a pas donné son avis ?
Vous pouvez contester le poste proposé si l'employeur n'a pas respecté la procédure, notamment en ne sollicitant pas l'avis du médecin du travail. Il est conseillé de consulter un représentant du personnel ou un avocat.
💡 Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Gratuit · sans engagement

Des milliers de justiciables utilisent déjà Justiweb pour clarifier leur situation.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question

Gratuit pour commencer · sans engagement

Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.