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Cour de cassation, comm, 25 octobre 2023 — n° 21-20.156

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:CO00695

Synthèse de la décision

Question juridique

La cession d'un fonds de commerce emporte-t-elle de plein droit le transfert des obligations contractuelles du vendeur en l'absence de clause expresse ?

Principe retenu

En l'absence de clause expresse et sauf exceptions prévues par la loi, la cession d'un fonds de commerce n'emporte pas de plein droit celle des obligations dont le vendeur pouvait être tenu en vertu d'engagements initialement souscrits par lui.

Faits clés

  • Cession d'un fonds de commerce
  • Absence de clause expresse de transfert des obligations
  • Obligations contractuelles souscrites par le vendeur
  • Demande de transfert des obligations au cessionnaire

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Amiens, 17 juin 2021), contestant la légitimité du licenciement pour faute lourde qui lui avait été notifié le 11 mai 2012 par la société Gemo par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, M. [K] a saisi un conseil de prud'hommes puis formé appel du jugement ayant rejeté ses demandes. 2. Déclarant venir aux droits de la société Gemo à la suite de la cession du fonds de commerce ayant pris effet le 1er janvier 2015, la société Sopic est intervenue volontairement à l'instance devant la cour d'appel.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Recevabilité du moyen 4. La société Sopic conteste la recevabilité du moyen. Elle prétend qu'il est contraire à la thèse soutenue devant les juges du fond dès lors que M. [K] faisait valoir en appel que son contrat avait été rompu avant l'apport du fonds de commerce et n'avait ainsi pas pu être repris mais prétend à hauteur de cassation que la créance indemnitaire litigieuse n'était pas expressément visée dans l'acte d'apport. 5. Cependant, M. [K] soutenait dans ses conclusions d'appel à la fois que la rupture de son contrat de travail était antérieure à la cession du fonds de commerce et que l'acte d'apport en nature ne mentionnait aucune créance détenue par la société Gemo à son encontre. 6. Le moyen est donc recevable. Bien fondé du moyen Vu les articles 1690 du code civil et L. 141-5 du code de commerce : 7. Il résulte de ces textes qu'en l'absence de clause expresse et sauf exceptions prévues par la loi, la cession d'un fonds de commerce n'emporte pas de plein droit celle des obligations dont le vendeur pouvait être tenu en vertu d'engagements initialement souscrits par lui ni celle des créances qu'il détenait antérieurement à la cession. 8. Pour déclarer recevable l'intervention volontaire de la société Sopic, l'arrêt retient qu'il résulte du contrat que la société Gemo lui a apporté son fonds de commerce et qu'il était prévu que la société Sopic reprenne tous les actifs et tout le passif du bureau d'études, l'acte stipulant au paragraphe « propriété et jouissance » qu'elle serait propriétaire du bien apporté à compter du 1er janvier 2015, et que toutes les opérations tant actives que passives depuis cette date seraient réputées faites pour son compte. Il en déduit que, même si les créances prétendument détenues par la société Gemo contre M. [K] en exécution du contrat de travail et les actions qui s'y rattachent en défense et en demande ne sont pas expressément mentionnées, il résulte de ces stipulations que ces créances ont été transmises à l'occasion de cette opération d'apport du fonds. 9. En statuant ainsi, alors qu'elle relevait l'absence de clause stipulant expressément la cession des obligations dont le vendeur pouvait être tenu en vertu d'engagements initialement souscrits par lui ou des créances qu'il détenait antérieurement à la cession, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 17 juin 2021, entre les parties, par la cour d'appel d'Amiens ; Remet l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Douai ; Condamne la société Sopic, venant aux droits de la société Gemo, aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Sopic, venant aux droits de la société Gemo, et la condamne à payer à M. [K] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-cinq octobre deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

La cession d'un fonds de commerce transfère-t-elle automatiquement les obligations contractuelles du vendeur ?
Non, en l'absence de clause expresse et sauf exceptions légales, la cession n'emporte pas de plein droit le transfert des obligations souscrites par le vendeur.
Que dois-je faire pour que les contrats en cours soient repris par le cessionnaire ?
Il est recommandé d'inclure une clause expresse dans l'acte de cession prévoyant le transfert des obligations contractuelles, sous réserve du respect des conditions légales.
Y a-t-il des exceptions où les obligations sont transmises sans clause ?
Oui, certaines lois prévoient des exceptions, par exemple en matière de contrats de travail ou de baux commerciaux, mais en principe, le transfert n'est pas automatique.
Le cessionnaire peut-il être tenu responsable des dettes du vendeur ?
Non, sauf si une clause expresse ou une disposition légale le prévoit, le cessionnaire n'est pas tenu des obligations personnelles du vendeur.
Quels sont les risques pour le vendeur si aucune clause de transfert n'est prévue ?
Le vendeur reste personnellement tenu des obligations contractuelles, même après la cession, ce qui peut l'exposer à des poursuites.

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