Cour de cassation, chambre sociale, 8 novembre 2023 — n° 21-25.654
Synthèse de la décision
Question juridique
L'employeur doit-il saisir le conseil de discipline en fonction de la sanction envisagée ou de la sanction effectivement prononcée ?
Principe retenu
L'obligation de saisir le conseil de discipline dépend de la sanction prononcée, et non de la sanction envisagée par l'employeur.
Faits clés
- Employeur est la RATP
- Sanction disciplinaire prononcée après entretien préalable
- Sanction relevait du premier degré
- Conseil de discipline non saisi
- Litige sur l'obligation de saisir le conseil de discipline
Articles cités
article 150 du statut du personnel de la RATP
article 152 du statut du personnel de la RATP
Exposé du litige
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 20 octobre 2021), Mme [N] a été engagée en qualité de machiniste receveur le 7 avril 2008 par l'établissement public industriel et commercial Régie autonome des transports parisiens (la RATP), la relation contractuelle de travail étant régie par le statut du personnel.
2. Après avoir été convoquée, le 23 novembre 2017, à un entretien préalable à une mesure disciplinaire "pouvant aller jusqu'à la révocation", qui s'était tenu le 6 décembre 2017, elle s'est vue notifier le 28 décembre 2017 une mise en disponibilité d'office d'un jour avec sursis.
3. Elle a saisi la juridiction prud'homale afin d'obtenir l'annulation de la sanction et la condamnation de la RATP au paiement d'une indemnité pour exécution déloyale du contrat de travail.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
6. Selon l'article 150 du statut du personnel de la RATP, les mesures disciplinaires du premier degré sont prononcées, sans consultation du conseil de discipline, par un responsable hiérarchique de l'agent d'un niveau au moins égal à la maîtrise pour l'observation, les cadres pour le rappel à l'ordre et l'avertissement, les chefs de division pour la mise en disponibilité d'office avec sursis jusqu'à un jour, le personnel de direction pour la mise en disponibilité d'office jusqu'à cinq jours et pour le déplacement d'office.
7. Aux termes de l'article 152 du même statut, les mesures disciplinaires du deuxième degré sont prononcées, après avis du conseil de discipline, par le directeur général.
8. Il en résulte que l'obligation de saisir le conseil de discipline dépend de la sanction "prononcée" et non de la sanction "envisagée" par l'employeur.
9. Ayant constaté que l'employeur avait prononcé à l'encontre de la salariée, après l'entretien préalable, une sanction disciplinaire qui relevait du premier degré, la cour d'appel en a exactement déduit que l'employeur n'avait pas à saisir le conseil de discipline.
10. Le moyen n'est donc pas fondé.
4. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne son manifestement pas de nature à entraîner la cassation.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, la Cour :
REJETTE le pourvoi ;
Condamne Mme [N] aux dépens ;
En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du huit novembre deux mille vingt-trois.
Questions fréquentes
Quand l'employeur doit-il saisir le conseil de discipline ?
L'employeur doit saisir le conseil de discipline uniquement lorsque la sanction effectivement prononcée relève du deuxième degré, et non en fonction de la sanction envisagée.
Quelle est la différence entre sanction du premier et du deuxième degré ?
Les sanctions du premier degré sont prononcées sans consultation du conseil de discipline par un supérieur hiérarchique, tandis que celles du deuxième degré nécessitent l'avis préalable du conseil de discipline et sont prononcées par le directeur général.
Que se passe-t-il si l'employeur ne saisit pas le conseil de discipline alors qu'il le devrait ?
Si l'employeur prononce une sanction du deuxième degré sans avoir saisi le conseil de discipline, la sanction peut être annulée pour vice de procédure.
Cette règle s'applique-t-elle à toutes les entreprises ?
Non, cette règle est spécifique au statut du personnel de la RATP. Dans le droit commun du travail, la consultation du conseil de discipline n'est pas obligatoire sauf dispositions conventionnelles.
Qu'est-ce que l'entretien préalable ?
L'entretien préalable est une étape de la procédure disciplinaire où l'employeur informe le salarié de la sanction envisagée et recueille ses explications avant de prendre une décision.
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