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Cour de cassation, chambre sociale, 29 novembre 2023 — n° 22-13.367

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2023:SO02098

Synthèse de la décision

Question juridique

La démission d'un salarié dans le cadre d'un congé de fin d'activité peut-elle être requalifiée en prise d'acte de la rupture aux torts de l'employeur lorsque des circonstances antérieures ou contemporaines la rendent équivoque ?

Principe retenu

La décision du salarié de quitter l'entreprise dans le cadre du congé de fin d'activité s'analyse en une démission. Toutefois, le salarié peut remettre en cause cette démission en raison de faits ou manquements imputables à l'employeur. Le juge doit alors, si des circonstances antérieures ou contemporaines rendent la démission équivoque, l'analyser en une prise d'acte de la rupture, qui produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les faits invoqués la justifient, ou d'une démission dans le cas contraire.

Faits clés

  • Salarié ayant adhéré au régime de congé de fin d'activité à partir de 55 ans
  • Démission dans le cadre de ce congé
  • Circonstances antérieures ou contemporaines à la démission invoquées par le salarié
  • Faits ou manquements imputables à l'employeur allégués
  • Demande de requalification de la démission en prise d'acte

Articles cités

article 3 de l'accord du 28 mars 1997 relatif au congé de fin d'activité à partir de 55 ans, attaché à la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport du 21 décembre 1950

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Rouen, 13 janvier 2022), M. [V] a été engagé en qualité de chauffeur-livreur poids lourds, le 1er janvier 2014, par la société Frevial. 2. Après acceptation de sa demande de prise en charge au titre du congé de fin d'activité, le salarié a démissionné le 28 décembre 2017 à effet du 1er février 2018. Parallèlement, il avait saisi la juridiction prud'homale le 29 juin 2017 afin de solliciter des dommages-intérêts liés au retard dans la délivrance des attestations de salaire à la caisse primaire d'assurance maladie et a demandé ensuite à ce que cette démission s'analyse en une prise d'acte produisant les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 5. La démission est un acte unilatéral par lequel le salarié manifeste de façon claire et non équivoque sa volonté de mettre fin au contrat de travail. Lorsque le salarié, sans invoquer un vice du consentement de nature à entraîner l'annulation de sa démission, remet en cause celle-ci en raison de faits ou manquements imputables à son employeur, le juge doit, s'il résulte de circonstances antérieures ou contemporaines de la démission qu'à la date à laquelle elle a été donnée, celle-ci était équivoque, l'analyser en une prise d'acte de la rupture qui produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les faits invoqués la justifiaient ou dans le cas contraire d'une démission. 6. Selon l'article 3 de l'accord du 28 mars 1997 relatif au congé de fin d'activité à partir de 55 ans, attaché à la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport du 21 décembre 1950, la décision du salarié de quitter l'entreprise dans le cadre du régime du congé de fin d'activité entraîne la rupture du contrat de travail et s'analyse en une démission. 7. Ces dispositions ne s'opposent pas à ce qu'un salarié remette en cause sa démission en raison de faits ou manquements imputables à son employeur. 8. La cour d'appel, qui a constaté qu'il existait des circonstances antérieures et contemporaines à cette démission la rendant équivoque, a, à bon droit, jugé qu'il convenait de l'analyser en une prise d'acte de la rupture. 3. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne la société Frévial aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Frévial et la condamne à payer à M [V] la somme de 3 000 euros ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-neuf novembre deux mille vingt-trois.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un congé de fin d'activité ?
Le congé de fin d'activité est un dispositif conventionnel permettant à un salarié de quitter l'entreprise avant l'âge de la retraite, généralement à partir de 55 ans, et qui s'analyse en une démission.
Puis-je contester ma démission si mon employeur a commis des fautes ?
Oui, vous pouvez remettre en cause votre démission si des faits ou manquements imputables à votre employeur l'ont rendue équivoque. Le juge pourra alors la requalifier en prise d'acte de la rupture.
Qu'est-ce qu'une prise d'acte de la rupture ?
La prise d'acte est une rupture du contrat de travail à l'initiative du salarié en raison de manquements graves de l'employeur. Si les faits sont justifiés, elle produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Quels sont les effets d'une requalification de ma démission en prise d'acte ?
Si la démission est requalifiée en prise d'acte et que les manquements de l'employeur sont établis, vous pouvez obtenir des indemnités de licenciement, des dommages et intérêts, et éventuellement des allocations chômage.
Qu'est-ce qu'une démission équivoque ?
Une démission est équivoque lorsqu'elle est donnée dans un contexte de litige ou de manquements de l'employeur, ce qui laisse planer un doute sur le caractère libre et éclairé de la volonté du salarié.
La convention collective des transports routiers s'applique-t-elle à mon cas ?
Oui, si vous relevez de la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport du 21 décembre 1950, l'accord du 28 mars 1997 sur le congé de fin d'activité s'applique.
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