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Cour de cassation, comm, 6 mars 2024 — n° 22-23.647

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:CO00114

Synthèse de la décision

Question juridique

L'action en responsabilité contre une banque pour retard dans l'octroi d'un crédit et non-respect d'un différé d'amortissement convenu dans un accord de conciliation échappe-t-elle à l'article L. 650-1 du code de commerce ?

Principe retenu

L'article L. 650-1 du code de commerce, qui limite la responsabilité des banques pour les crédits consentis à une entreprise en difficulté, ne s'applique pas aux actions fondées sur un manquement à des engagements stipulés dans un accord de conciliation, tel que le retard à consentir un crédit ou le défaut d'octroi d'un différé d'amortissement.

Faits clés

  • Un accord de conciliation prévoyait l'octroi d'un crédit avec un différé d'amortissement
  • La banque a tardé à consentir le crédit
  • La banque n'a pas accordé le différé d'amortissement prévu
  • L'action en responsabilité a été engagée contre la banque
  • La banque a invoqué l'article L. 650-1 du code de commerce pour échapper à sa responsabilité

Articles cités

article L. 650-1 du code de commerce

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Poitiers, 13 septembre 2022), les sociétés Joyaux perles gemmes, [O] [I] et MH Distribution, détenues intégralement par la société Fleur de sel participations ayant pour représentant légal et associé majoritaire M. [N], ont obtenu l'ouverture d'une procédure de conciliation qui a abouti à la signature, le 10 septembre 2015, d'un protocole d'accord avec leurs différents partenaires bancaires, dont la société Caisse régionale de crédit agricole mutuel Atlantique Vendée (la banque). 2. Ce protocole d'accord, homologué par un jugement du 7 octobre 2015, prévoyait l'octroi d'un prêt de consolidation par chaque établissement ainsi que le maintien ou la réitération des garanties préexistantes des concours consolidés. 3. Le 1er mars 2016, la banque a consenti à la société Joyaux perles gemmes un prêt de consolidation de 303 000 euros garanti par le cautionnement solidaire de M. [N] et par une hypothèque sur deux biens lui appartenant. 4. Les 13 juillet et 7 septembre 2016, la société Joyaux perles gemmes a été mise en redressement puis en liquidation judiciaires. 5. Le 2 juin 2020, reprochant à la banque de ne pas avoir respecté les termes du protocole de conciliation relatifs au délai dans lequel le prêt devait être consenti et au différé de remboursement d'un an qu'il devait prévoir, M. [N] l'a assignée en réparation de son préjudice.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu l'article L. 650-1 du code de commerce : 7. Les dispositions de l'article L. 650-1 du code de commerce ne concernant que la responsabilité du créancier lorsqu'elle est recherchée du fait des concours qu'il a consentis, seul l'octroi estimé fautif de ceux-ci, et non leur retrait ou leur diminution, peut donner lieu à l'application de ce texte. 8. Pour rejeter les demandes de M. [N], l'arrêt retient que ce dernier ne reprochait pas à la banque d'avoir commis une fraude, une immixtion caractérisée dans la gestion de la société Joyaux perles gemmes ni d'avoir pris des garanties disproportionnées en contrepartie de ces concours bancaires mais d'avoir accordé le prêt de consolidation avec plus de trois mois de retard, avec une durée d'amortissement de 37 mois et sans période de différé d'amortissement de douze mois en méconnaissance des engagements contractuels du protocole de conciliation, de sorte que la banque pouvait valablement opposer le bénéfice des dispositions précitées à M. [N]. 9. En statuant ainsi, alors qu'elle avait constaté que M. [N] ne reprochait pas à la banque de lui avoir consenti un concours mais d'avoir tardé à le lui octroyer et de ne pas avoir consenti le différé d'amortissement d'un an auquel elle s'était engagée en signant le protocole de conciliation, ce dont il résultait que la responsabilité de la banque était recherchée pour avoir retardé et diminué son concours, la cour d'appel a violé, par fausse application, le texte susvisé.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le second moyen, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce que confirmant le jugement déféré, il rejette la demande de dommages et intérêts de M. [N] et en ce qu'il statue sur les dépens et l'application de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 13 septembre 2022, entre les parties, par la cour d'appel de Poitiers ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel d'Angers ; Condamne la société Caisse régionale de crédit agricole mutuel Atlantique Vendée aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette sa demande et la condamne à payer à M. [N] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du six mars deux mille vingt-quatre et signé par Mme Labat, greffier présent lors du prononcé.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'article L. 650-1 du code de commerce ?
Cet article limite la responsabilité des banques lorsqu'elles accordent des crédits à une entreprise en difficulté, sauf en cas de fraude, d'immixtion dans la gestion ou de garanties disproportionnées.
L'article L. 650-1 s'applique-t-il en cas de retard dans l'octroi d'un crédit ?
Non, selon la décision, l'article L. 650-1 ne s'applique pas aux actions fondées sur un manquement à des engagements stipulés dans un accord de conciliation, comme le retard à consentir un crédit.
Que faire si ma banque ne respecte pas un différé d'amortissement convenu dans un accord de conciliation ?
Vous pouvez engager une action en responsabilité contre la banque, car l'article L. 650-1 ne la protège pas dans ce cas.
Quels sont les recours en cas de non-respect d'un accord de conciliation par la banque ?
Vous pouvez saisir le tribunal compétent pour demander des dommages-intérêts, car la banque peut être tenue responsable de son manquement.
La banque peut-elle invoquer l'article L. 650-1 pour un crédit non consenti ?
Non, car l'article L. 650-1 concerne les crédits consentis, et non les manquements à des engagements de conciliation.

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