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Cour de cassation, chambre sociale, 22 mai 2024 — n° 22-17.036

Cassation Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:SO00511

Synthèse de la décision

Question juridique

Un salarié qui a respecté une clause de non-concurrence annulée peut-il prétendre à une indemnité et l'employeur peut-il réclamer la restitution des sommes versées en cas de violation de la clause ?

Principe retenu

Lorsqu'une clause de non-concurrence est annulée, le salarié qui l'a respectée peut prétendre à une indemnité en réparation de l'atteinte à sa liberté professionnelle. L'employeur ne peut pas réclamer la restitution des sommes versées au titre de la contrepartie financière, sauf s'il prouve que le salarié a violé la clause pendant la période d'application effective, auquel cas le remboursement est dû à compter de la date de la violation établie.

Faits clés

  • Clause de non-concurrence annulée
  • Salarié a respecté la clause annulée
  • Employeur a versé une contrepartie financière
  • Employeur demande la restitution des sommes versées
  • Violation de la clause par le salarié pendant la période d'application

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 23 mars 2022), M. [P] a été engagé par la société France Air, en qualité d'attaché technico-commercial sédentaire comptoir, le 3 septembre 2014. 2. Le contrat de travail comportait une clause de non-concurrence d'une durée d'un an en France concernant le négoce, la distribution ou la vente de tous produits se rapportant à la distribution, la diffusion, la filtration, la ventilation, l'isolation de tous conduits d'air, la protection incendie, au traitement de l'air, et en général à tous matériels se rapportant à l'aéraulique dans le bâtiment. 3. Le salarié a démissionné le 16 mars 2018. 4. L'employeur a saisi la juridiction prud'homale afin de constater la violation par le salarié de la clause de non-concurrence.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 6. L'arrêt retient que le caractère concurrentiel et mouvant de l'activité, invoqué par l'employeur, ne justifie pas la restriction à la liberté de travail du salarié prévue par la clause de non-concurrence, excessive au regard de sa qualification de technico-commercial, et fait ainsi ressortir que cette clause, compte tenu des fonctions effectivement exercées par le salarié, n'était pas indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise. 7. La cour d'appel, qui ne pouvait réduire le champ d'application de la clause de non-concurrence dès lors que seule sa nullité était invoquée par le salarié, a, par ce seul motif, légalement justifié sa décision. Réponse de la Cour Vu le principe fondamental de libre exercice d'une activité professionnelle et l'article L. 1121-1 du code du travail : 9. Si un contrat nul ne peut produire aucun effet, les parties, au cas où il a été exécuté, doivent être remises dans l'état où elles se trouvaient auparavant, compte tenu des prestations de chacune d'elles et de l'avantage qu'elles en ont retiré. 10. Il s'ensuit que lorsqu'une clause de non-concurrence est annulée, le salarié qui a respecté une clause de non-concurrence illicite peut prétendre au paiement d'une indemnité en réparation du fait que l'employeur lui a imposé une clause nulle portant atteinte à sa liberté d'exercer une activité professionnelle. 11. Il en résulte que l'employeur n'est pas fondé à solliciter la restitution des sommes versées au titre de la contrepartie financière de l'obligation qui a été respectée. 12. Toutefois, l'employeur qui prouve que le salarié a violé la clause de non-concurrence pendant la période au cours de laquelle elle s'est effectivement appliquée, est fondé à solliciter le remboursement de la contrepartie financière indûment versée à compter de la date à laquelle la violation est établie. 13. Pour infirmer le jugement condamnant le salarié à payer une somme au titre du remboursement de l'indemnité de non-concurrence perçue en juillet 2018, l'arrêt retient que la clause de non-concurrence est nulle et que l'employeur est donc mal fondé en ses demandes d'indemnisation pour violation de cette clause. 14. En se déterminant ainsi, sans rechercher, comme il le lui était demandé, si le salarié avait violé la clause de non-concurrence pendant la période au cours de laquelle elle s'est effectivement appliquée avant que la nullité n'en soit judiciairement constatée, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision. Portée et conséquences de la cassation 15. La cassation sur la troisième branche qui ne formule aucune critique contre les motifs de l'arrêt fondant la décision de débouter l'employeur de ses demandes tendant à condamner le salarié au paiement de sommes au titre du paiement de la clause pénale et à titre de dommages-intérêts pour violation de la clause de non-concurrence ne peut s'étendre à ces dispositions de l'arrêt.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il infirme le jugement condamnant M. [P] au paiement de la somme de 1 560,43 euros brut au titre du remboursement de l'indemnité de non-concurrence perçue en juillet 2018, et en ce qu'il statue sur les dépens et l'application de l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 23 mars 2022, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris autrement composée ; Condamne M. [P] aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Remet, sur ce point, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris autrement composée ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du vingt-deux mai deux mille vingt-quatre.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si une clause de non-concurrence est annulée mais que je l'ai respectée ?
Vous pouvez prétendre à une indemnité en réparation de l'atteinte à votre liberté professionnelle, car l'employeur vous a imposé une clause nulle.
Mon employeur peut-il réclamer le remboursement de l'indemnité de non-concurrence si j'ai violé la clause ?
Oui, si l'employeur prouve que vous avez violé la clause pendant la période d'application effective, il peut demander le remboursement des sommes versées à compter de la date de la violation établie.
L'employeur doit-il me payer même si la clause est nulle ?
Non, l'employeur n'est pas tenu de verser la contrepartie financière si la clause est annulée, mais si vous l'avez respectée, vous pouvez demander une indemnité pour le préjudice subi.
Puis-je être obligé de rembourser l'indemnité de non-concurrence ?
Oui, si vous avez violé la clause de non-concurrence pendant qu'elle s'appliquait, l'employeur peut exiger le remboursement des sommes perçues à partir de la date de la violation.
Qu'est-ce qu'une clause de non-concurrence illicite ?
Une clause de non-concurrence illicite est une clause qui ne respecte pas les conditions de validité (limitation dans le temps, dans l'espace, intérêt légitime de l'entreprise, contrepartie financière) et peut être annulée par le juge.
Quels recours en cas de clause de non-concurrence abusive ?
Vous pouvez demander la nullité de la clause devant le conseil de prud'hommes et, si vous l'avez respectée, réclamer des dommages et intérêts pour l'atteinte à votre liberté professionnelle.
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