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Cour de cassation, 1ère chambre civile, 19 juin 2024 — n° 21-19.972

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:C100350

Synthèse de la décision

Question juridique

Le vendeur professionnel doit-il informer l'acheteur non-professionnel des précautions de transport nécessaires pour des matériaux fragiles ?

Principe retenu

Le vendeur professionnel est tenu d'une obligation d'information et de conseil envers l'acheteur non-professionnel, qui inclut la communication des précautions raisonnablement prévisibles pour le transport des marchandises, compte tenu de leurs caractéristiques.

Faits clés

  • Achat de carreaux de plâtre par un particulier auprès d'un vendeur professionnel
  • Les carreaux se sont brisés lors du transport par l'acheteur
  • Le vendeur n'a pas fourni d'instructions sur les précautions de transport
  • L'acheteur est un non-professionnel
  • Les carreaux de plâtre sont des matériaux fragiles

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Rennes, 26 mai 2021) après avoir commandé des planches de bois auprès de la société Doineau Bois et Matériaux (la société venderesse), [W] [V], avec l'aide d'un préposé de cette société, les a chargées sur une remorque attelée à son véhicule. Après avoir quitté les locaux du vendeur, ce véhicule, sous l'effet du déport de la remorque dans une descente, a heurté un véhicule arrivant en sens inverse, provoquant le décès des deux conducteurs. 2. Mme [J], agissant en son nom propre et ès qualités de représentante légale de son fils [X] [V], M. [N] [V] et son épouse, Mme [Y] [V], Mme [M] [V] épouse [G] et M. [R] [V] (les consorts [V]), ont fait assigner la société venderesse en responsabilité et indemnisation, sur le fondement d'un manquement à son obligation de sécurité, d'information et de mise en garde tant sur le fondement de l'article 1134 du code civil que sur celui de l'ancien article L. 221-1 du code de la consommation.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 4. Aux termes de l'article L. 221-1, alinéa premier, devenu L. 421-3, du code de la consommation, les produits et les services doivent présenter, dans des conditions normales d'utilisation ou dans d'autres conditions raisonnablement prévisibles par le professionnel, la sécurité à laquelle on peut légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes. 5. Selon l'article 1147, devenu 1231-1, du code civil le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts à raison de l'inexécution d'une obligation contractuelle. 6. Après avoir constaté qu'[W] [V] avait chargé sur sa remorque les 67 planches, longues chacune de 4,52 mètres, avec l'aide d'un préposé de la société venderesse, l'arrêt retient que l'acquéreur, simple consommateur profane, n'avait été informé du poids total des planches, ni par le préposé qui l'ignorait, ni par les factures qui ne le mentionnaient pas, et ce, quoique le vendeur ait été sensibilisé par une campagne de la fédération de négoce bois et matériaux en 2013 au problème de la surcharge des véhicules et à la nécessité de refuser de charger les matériaux en ce cas. 7. En l'état de ces seules constatations et appréciations, faisant ressortir que la société venderesse avait méconnu l'obligation d'information et de conseil, inhérente au contrat de vente, qui lui incombait au regard des caractéristiques de l'ensemble des matériaux vendus et des conditions raisonnablement prévisibles de leur transport par un non-professionnel, la cour d'appel, qui n'était pas tenue de procéder à la recherche inopérante visée par le moyen, a légalement justifié sa décision. 8. Le moyen n'est pas fondé. Et sur le moyen pris en sa seconde branche Enoncé du moyen 9.La société Doineau bois et matériaux fait le même grief à l'arrêt, alors « subsidiairement, que la faute commise par la victime emporte exonération partielle ou totale de la responsabilité de l'auteur du dommage, en fonction de la nature du manquement commis par la victime ; qu'en écartant la commission d'une faute par M. [V], de nature à diminuer ou exclure le droit à indemnisation de ses ayants-droits à l'encontre de la société Doineau bois et matériaux, après avoir pourtant constaté que M. [V] avait fait l'objet de deux contraventions au titre de l'accident litigieux, pour circulation en surcharge et défaut de maîtrise de son véhicule, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences qui découlaient légalement de ses constatations au regard des dispositions de l'article L. 221-1, alinéa premier (devenu L. 421-3) du code de la consommation ». 10. Ayant retenu que le déplacement anarchique de la remorque, dû à sa surcharge, constituait la cause exclusive de l'accident et que les deux contraventions relevées contre [W] [V] avaient la même origine dont la société venderesse était responsable, c'est à bon droit que la cour d'appel a dit qu'aucune faute ne pouvait être imputée à [W] [V] et que la société venderesse était entièrement responsable des conséquences de l'accident. 11. Le moyen n'est pas fondé.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : Rejette le pourvoi ; Condamne la société Doineau bois et matériaux aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette sa demande et la condamne à payer à M. [R] [V], M. [N] [V], Mme [D] [V], Mme [Y] [V], Mme [C] [J], prise tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentante légale de son enfant mineur [X] [V] la somme globale de 3 000 euros. Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du dix-neuf juin deux mille vingt-quatre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'obligation d'information et de conseil du vendeur professionnel ?
Le vendeur professionnel doit fournir à l'acheteur non-professionnel toutes les informations utiles sur les caractéristiques du produit et les précautions nécessaires, notamment pour le transport, afin de permettre une utilisation en toute sécurité.
Le vendeur est-il responsable si des carreaux de plâtre se brisent pendant le transport par l'acheteur ?
Oui, si le vendeur n'a pas informé l'acheteur des précautions de transport nécessaires, il peut engager sa responsabilité contractuelle pour manquement à son obligation d'information et de conseil.
Quels sont les recours pour un acheteur non-professionnel en cas de défaut d'information ?
L'acheteur peut demander des dommages-intérêts pour le préjudice subi, par exemple la valeur des marchandises détériorées, en prouvant le manquement du vendeur à son obligation d'information.
Le vendeur doit-il prévoir les conditions de transport par un particulier ?
Oui, le vendeur professionnel doit tenir compte des conditions raisonnablement prévisibles de transport par un non-professionnel et fournir les instructions appropriées.
Quels types de produits sont concernés par cette obligation de conseil ?
Tous les produits, mais particulièrement ceux qui sont fragiles ou nécessitent des précautions particulières, comme les carreaux de plâtre, le verre, ou les objets lourds.
Comment prouver que le vendeur n'a pas rempli son obligation d'information ?
Il faut démontrer que le vendeur n'a fourni aucune instruction ou mise en garde, par exemple en produisant le ticket de caisse, des témoignages, ou en établissant l'absence de notice.
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