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Cour d'appel, 3e chambre civile, 19 septembre 2024 — n° 23/06430

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Synthèse de la décision

Question juridique

Une mesure d'expertise judiciaire peut-elle être ordonnée en référé pour une installation de poêle à pellets réalisée en 2015, malgré l'absence de réception expresse et l'ancienneté des travaux, dès lors que des non-conformités affectant la sécurité des personnes sont suspectées ?

Principe retenu

L'absence de réception expresse n'exclut pas la possibilité d'une réception tacite, dont l'appréciation relève des juges du fond. L'ancienneté des travaux ne fait pas obstacle à une mesure d'expertise si des malfaçons ou désordres ont pu se révéler tardivement. En présence de possibles non-conformités affectant la sécurité des personnes, une expertise judiciaire peut être ordonnée sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile.

Faits clés

  • Installation d'un poêle à pellets par Monsieur [R] pour Monsieur [E] en décembre 2015
  • Ramonage du 24 septembre 2018 révélant des non-conformités dangereuses
  • Rapport d'expertise amiable du 9 mars 2020 concluant à des non-conformités et estimant les travaux de reprise à 3 056,01 euros
  • Assignation en référé le 26 septembre 2023 pour obtenir une expertise judiciaire
  • Ordonnance de référé du 16 novembre 2023 ordonnant l'expertise, confirmée en appel

Articles cités

article 145 du code de procédure civile article 700 du code de procédure civile article 907 du code de procédure civile article 804 du code de procédure civile article 450 du code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS La cour, par arrêt contradictoire, Constate le désistement d'appel de Monsieur [C] [R] à l'encontre de la SAS Leader Underwriting ; Confirme en toutes ses dispositions l'ordonnance rendue le 16 novembre 2023 par le juge des référés près le tribunal judiciaire de Carcassonne ; Y ajoutant, Déboute la SAS Leader Underwriting de sa demande au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Condamne Monsieur [C] [R] à payer à monsieur [J] [E] la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Condamne Monsieur [C] [R] à payer à la SA MIC Insurance Company la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ; Condamne Monsieur [C] [R] aux dépens d'appel. le greffier le président

Exposé du litige

* * * * EXPOSÉ DU LITIGE Suivant facture du 1er décembre 2015, Monsieur [J] [E] a fait installer par Monsieur [C] [R], assuré par la SA Millenium Insurance Company (SA MIC) un poêle à pellets de marque Chazelles pour un montant total de 3 200 euros. Lors d'un ramonage effectué le 24 septembre 2018, Monsieur [E] a été alerté de possibles non-conformités dangereuses pour la sécurité des personnes. Un rapport d'expertise amiable, établi le 9 mars 2020 par Chaussonnet Expertises, a conclu a des non-conformités affectant l'installation du poêle et a estimé le coût des travaux de reprise à la somme de 3 056,01 euros et le coût des dommages consécutifs à la somme de 2 079,60 euros. Par lettres recommandées avec accusé de réception du 3 juillet 2020 et du 16 mai 2023, la Matmut, assureur en protection juridique de Monsieur [E] a mis en demeure la SAS Leader Underwriting, courtier en assurance, d'avoir à régler le montant des travaux. Par acte du 26 septembre 2023, Monsieur [E] a fait assigner Monsieur [R] et la SA Leader Underwriting devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Carcassonne aux fins de voir ordonner une expertise judiciaire pour constater les désordres affectant le poêle à bois installé par Monsieur [R]. La SA MIC est intervenue volontairement à l'instance. Par ordonnance du 16 novembre 2023, le juge des référés du tribunal judiciaire de Carcassonne a notamment : - ordonné la mise hors de cause de la SAS Leader Underwriting ; - ordonné une mesure d'expertise et désigné Monsieur [H] [D] pour y procéder ; - rejeté la demande de la SA MIC Insurance Company tendant à la communication des attestations d'assurance responsabilité civile et décennale de Monsieur [R]. Par déclaration, enregistrée par le greffe le 28 décembre 2023, Monsieur [R] a régulièrement interjeté appel de cette ordonnance. Par ses conclusions, enregistrées par le greffe le 18 mars 2024, Monsieur [R] demande à la cour d'appel d'infirmer l'ordonnance rendue le 16 novembre 2023 par le tribunal judiciaire de Carcassonne dans toutes ses dispositions et de : - constater son désistement d'appel à l'égard de la SAS Leader Underwriting ; - débouter Monsieur [E] et la SA MIC insurance company de toutes leurs demandes, fins et conclusions à son encontre de M. [R] ; - ordonner que les opérations d'expertise et éventuellement le rapport d'expertise ne lui seraient pas opposables ; - condamner in solidum Monsieur [E] et la SA MIC Insurance Company à lui payer la somme de 2 500 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile ; - condamner in solidum Monsieur [E] et la SA MIC Insurance Company aux entiers dépens. Par ses conclusions, enregistrées par le greffe le 19 février 2024, Monsieur [E] demande à la cour d'appel de confirmer en tous points l'ordonnance de référé rendue par le tribunal judiciaire de Carcassonne le 16 novembre 2023 et de condamner Monsieur [R] aux entiers dépens d'appel et à lui payer une somme de 2 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Par leurs conclusions, enregistrées par le greffe le 19 mars 2024, la SA MIC insurance company et la SAS Leader Underwriting demandent à la cour d'appel de : - constater que Monsieur [R] se désiste de l'instance et de son appel à l'encontre de la société Leader Underwriting ; - confirmer l'ordonnance en ce qu'elle a ordonné la mise hors de cause de la société Leader Underwriting ; - juger que la compagnie MIC Insurance Company s'en remet à la justice concernant la réformation de l'ordonnance attaquée. En cas d'infirmation et de mise hors de cause de Monsieur [R], elles demandent de voir infirmer partiellement l'ordonnance en ce qu'elle a ordonné une expertise judiciaire au contradictoire de la compagnie MIC Insurance Company en sa qualité d'assureur de M. [R] au moment des travaux.

Motivations de la décision

MOTIFS Sur les demandes dirigées contre la SAS Leader Underwriting Le juge des référés avait prononcé la mise hors de cause de la SAS Leader Underwriting, courtier en assurance. Monsieur [C] [R] souhaite se désister de son appel à l'encontre de la SAS Leader Underwriting, et ce désistement est accepté par la SAS Leader Underwriting. La cour constatera par conséquent le désistement d'appel de Monsieur [C] [R] à l'égard de la SAS Leader Underwriting. Sur la demande d'expertise judiciaire Le premier juge a considéré que la mesure d'instruction réclamée était nécessaire pour identifier les désordres et malfaçons invoqués, en rechercher la cause et l'origine en vue de déterminer les responsabilités encourues, et pour préconiser les travaux de remise en état qui s'imposent. Monsieur [R], appelant, soutient au contraire que Monsieur [E] se trouverait dépourvu d'intérêt à agir contre lui, les actions au fond dirigées à son encontre étant vouées à l'échec du fait d'une réception de travaux sans réserves intervenue le 1er décembre 2015, rendant forcloses les actions au titre de la garantie de parfait achèvement et de la garantie biennale, et la responsabilité décennale de l'entrepreneur ne pouvant être engagée, les désordres affectant un poêle à bois, élément d'équipement dissociable de l'ouvrage qui ne porte atteinte ni à solidité, ni à sa destination. Il ajoute qu'une mesure d'expertise serait inutile et inopportune 8 ans après l'exécution des travaux. La question de la réception de l'ouvrage, et notamment de la réception tacite, relève de l'appréciation des juges du fond. Il en est de même des fondements juridiques destinés à asseoir éventuellement la responsabilité du constructeur d'ouvrage. Par ailleurs, l'ancienneté de la réalisation des travaux (en 2015) ne fait en soi pas obstacle à une mesure d'expertise, des malfaçons ou désordres ayant pu se révéler dans un temps éloigné de la date de la fin des travaux. Enfin, les éléments du dossier, et notamment le rapport d'expertise amiable établi le 9 mars 2020, laissent apparaître de possibles non conformités des travaux susceptibles d'avoir des conséquences sur la sécurité des personnes. Dans ces conditions, l'ordonnance déférée sera confirmée. Sur les frais irrépétibles et les dépens Eu égard à l'issue du litige, l'ordonnance déférée sera confirmée. Monsieur [C] [R], succombant, sera condamné aux dépens d'appel et à payer à Monsieur [J] [E] la somme de 1 500 euros, et à la SA MIC Insurance Company la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile. La SAS Leader Underwriting, à l'égard de laquelle ne subsiste aucune demande, sera déboutée de sa demande au titre des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire en référé ?
C'est une mesure d'instruction ordonnée par le juge des référés, avant tout procès au fond, pour constater des faits ou des désordres. Elle permet de recueillir des preuves techniques en vue d'un éventuel litige.
L'ancienneté des travaux (2015) empêche-t-elle une expertise ?
Non, l'ancienneté ne fait pas obstacle si des malfaçons ou désordres ont pu se révéler tardivement. Dans cette affaire, l'expertise a été ordonnée pour un poêle installé en 2015, car des non-conformités dangereuses ont été découvertes en 2018.
Qu'est-ce que la réception tacite ?
La réception tacite est l'acceptation de l'ouvrage sans réserve par le maître d'ouvrage, même en l'absence de procès-verbal. Elle relève de l'appréciation des juges du fond. En l'espèce, l'absence de réception expresse n'a pas empêché l'expertise.
Quels sont les motifs pour ordonner une expertise en référé ?
Il faut un motif légitime, comme la crainte de perte de preuves ou la nécessité de constater des désordres avant qu'ils ne s'aggravent. Ici, les non-conformités affectant la sécurité des personnes ont justifié la mesure.
Que faire si mon artisan refuse de reconnaître les défauts ?
Vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir une expertise judiciaire, comme dans cette affaire. L'expertise permettra de déterminer les causes et l'étendue des désordres.
Quels sont les risques d'une installation non conforme de poêle à pellets ?
Les risques incluent des incendies, des intoxications au monoxyde de carbone ou des dysfonctionnements. Dans cette décision, l'expertise a été ordonnée en raison du danger pour la sécurité des personnes.
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