Cour de cassation, 2ème chambre civile, 3 octobre 2024 — n° 21-25.823
Synthèse de la décision
Question juridique
Une clause d'exigibilité immédiate dans un contrat de prêt peut-elle être déclarée acquise sans mise en demeure préalable du débiteur ?
Principe retenu
Dans les contrats conclus entre professionnels et consommateurs, les clauses abusives créant un déséquilibre significatif sont réputées non écrites. Une clause d'exigibilité immédiate ne peut être acquise sans mise en demeure préalable restée sans effet, précisant le délai pour y faire obstacle, sauf stipulation expresse et non équivoque.
Faits clés
- Contrat de prêt entre une banque et des époux (consommateurs)
- Clause d'exigibilité immédiate en cas de défaillance
- Mise en demeure envoyée à l'adresse commune mais ne mentionnant que l'époux
- Déchéance du terme prononcée par la banque sans mise en demeure préalable de l'épouse
- Procédure de saisie immobilière engagée par la banque
Articles cités
article L. 132-1 du code de la consommation
Exposé du litige
Faits et procédure
2. Selon l'arrêt attaqué (Rennes, 26 octobre 2021), statuant sur renvoi après cassation (2e Civ., 19 novembre 2020, pourvoi n° 19-19.269), la société Crédit Industriel de l'Ouest, aux droits de laquelle se trouve la société Banque CIC Ouest (la banque), a délivré, sur le fondement d'un acte notarié de prêt du 15 juin 2004, un commandement de payer valant saisie immobilière à M. [Y] [D] et [X] [V] puis les a assignés à une audience d'orientation.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
4. Vu l'article 1134 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, et l'article L. 132-1 du code de la consommation, dans sa rédaction antérieure à celle issue de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 :
5. Selon le deuxième de ces textes, dans les contrats conclus entre professionnels et non-professionnels ou consommateurs, sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du non-professionnel ou du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat. Les clauses abusives sont réputées non écrites.
6. Pour fixer la créance de la banque à l'égard de M. [D] à la somme de 115 759,75 euros, l'arrêt retient que si le contrat de prêt d'une somme d'argent peut prévoir que la défaillance de l'emprunteur non commerçant entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf stipulation expresse et non équivoque, être déclarée acquise au créancier sans la délivrance d'une mise en demeure restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle, que la clause d'exigibilité immédiate étant réputée non écrite, la banque ne pouvait prononcer valablement la déchéance du terme, sans mise en demeure préalable des débiteurs et qu'il est constant que la banque a envoyé, à l'adresse commune des époux, une lettre de mise en demeure préalable à la déchéance du terme qui ne mentionnait que M. [D].
7. Il en déduit que la déchéance du terme n'a pas été valablement prononcée à l'égard de Mme [D], faute de mise en demeure préalable, mais que la banque a valablement prononcé la déchéance du terme à l'égard de M. [D].
8. En statuant ainsi, après avoir dit que la clause d'exigibilité immédiate stipulée au contrat de prêt constituait une clause abusive qui devait être réputée non écrite, ce dont il résultait que la déchéance du terme ne pouvait reposer sur cette clause, peu important l'envoi par la banque d'une mise en demeure, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés.
Portée et conséquences de la cassation
9. En application de l'article 624 du code de procédure civile, la cassation du chef de dispositif de l'arrêt fixant la créance de la banque à l'égard de M. [D] entraîne la cassation des autres chefs de dispositif, à l'exception de ceux disant que la clause d'exigibilité prévue au contrat de prêt présente un caractère abusif et doit être réputée non écrite et disant que la banque ne justifie pas que la déchéance du terme a été valablement prononcée à l'égard de [X] [V], épouse [D], qui s'y rattachent par un lien de dépendance nécessaire.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, la Cour :
CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il dit que la clause d'exigibilité prévue au contrat de prêt du 15 juin 2004 présente un caractère abusif et doit être réputée non écrite et dit que la société Banque CIC Ouest ne justifie pas que la déchéance du terme a été valablement prononcée à l'égard de [X] [V] épouse [D], l'arrêt rendu le 26 octobre 2021, entre les parties, par la cour d'appel de Rennes ;
Remet, sauf sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Rennes autrement composée ;
Condamne la société Banque CIC Ouest et la société Mutualité sociale agricole d'Armorique aux dépens ;
En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Banque CIC Ouest et la condamne à payer à MM. [Y] et [M] [D] la somme globale de 3 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, deuxième chambre civile, prononcé et signé par le président en l'audience publique du trois octobre deux mille vingt-quatre et signé par Mme Thomas greffier de chambre qui a assisté au prononcé de l'arrêt.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une clause abusive dans un contrat de prêt ?
Une clause abusive est une clause qui crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au détriment du consommateur. Elle est réputée non écrite.
La banque peut-elle exiger le remboursement immédiat sans mise en demeure ?
Non, sauf stipulation expresse et non équivoque, la déchéance du terme nécessite une mise en demeure préalable restée sans effet, précisant le délai pour y faire obstacle.
Que faire si la banque prononce la déchéance du terme sans mise en demeure ?
Vous pouvez contester la validité de la déchéance du terme en invoquant le caractère abusif de la clause d'exigibilité immédiate, qui est réputée non écrite.
La mise en demeure adressée à un seul époux est-elle valable pour les deux ?
Non, la mise en demeure doit être adressée à chaque débiteur personnellement. Si elle ne mentionne qu'un époux, elle n'est pas valable à l'égard de l'autre.
Quels sont les recours en cas de clause abusive dans un prêt immobilier ?
Vous pouvez demander au juge de déclarer la clause non écrite et de suspendre la procédure de saisie immobilière. La banque devra alors respecter les conditions légales de mise en demeure.
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