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Tribunal judiciaire, quatrième chambre, 22 octobre 2024 — n° 23/01073

Renvoi à la mise en état

Synthèse de la décision

Question juridique

L'action directe du tiers lésé contre l'assureur du responsable est-elle soumise à la prescription biennale de l'article L114-1 du Code des assurances ou à la prescription quinquennale de droit commun ?

Principe retenu

L'action directe du tiers lésé contre l'assureur du responsable, fondée sur l'article L124-3 du Code des assurances, trouve son fondement dans le droit de la victime à réparation de son préjudice et non dans le contrat d'assurance. Elle se prescrit donc par le même délai que l'action de la victime contre le responsable, soit la prescription quinquennale de droit commun de l'article 2224 du Code civil.

Faits clés

  • Accident de la circulation le 14 mars 2020 impliquant le véhicule de Monsieur [E] conduit par Madame [E] et un véhicule assuré par AXA
  • Monsieur [E] a assigné AXA et le conducteur responsable les 6 et 15 février 2023
  • AXA a soulevé l'irrecevabilité pour défaut d'intérêt à agir et prescription biennale
  • Le contrat d'assurance du véhicule de Monsieur [E] a été annulé pour fausse déclaration
  • Monsieur [E] est le locataire du véhicule avec option d'achat et paie les mensualités

Articles cités

article L124-3 du Code des assurances article L114-1 du Code des assurances article 2224 du Code civil article 1231-7 du Code civil article 1240 du Code civil article 700 du Code de procédure civile

Dispositif

PAR CES MOTIFS Nous, Florence BARDOUX, Juge de la mise en état de la 4ème chambre du Tribunal Judiciaire de Lyon, assistée de Karine ORTI, Greffier ; Statuant publiquement, par décision réputée contradictoire ; Déclarons l’action de Monsieur [E] recevable ; Réservons les dépens de l’incident et les demandes au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile ; Renvoyons l'instance à l'audience de mise en état électronique pour les conclusions au fond de la compagnie AXA qui devront être adressées par le RPVA au plus tard le 23 janvier 2025 avant minuit à peine de rejet. Fait en notre cabinet, à Lyon, le 22 octobre 2024. LE GREFFIER LE JUGE DE LA MISE EN ETAT

Motivations de la décision

MOTIFS En application de l’article 122 du Code de Procédure Civile, constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l'adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d'agir, tel le défaut de qualité, le défaut d'intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée. Sur l'intérêt à agir L'intérêt à agir n'est pas subordonné à la démonstration préalable du bien fondé de l'action, et l'existence du préjudice invoqué par le demandeur n'est pas une condition de recevabilité de son action mais celle du succès de ses prétentions. Il n'est pas contesté que le véhicule AUDI était conduit par Madame [E] lors de l'accident, et le constat amiable est à son nom. Monsieur [E] verse aux débat le contrat de location longue durée du véhicule accidenté à son nom et soutient qu'il est tenu de continuer à rembourser les loyers alors qu'il ne dispose plus du véhicule, avec à l'appui de cette demande des relevés de compte. Il justifie donc bien d'un intérêt à agir contre l'assureur du tiers responsable, l'examen de la valeur probante des pièces versées aux débats, et le rejet éventuel des demandes en l'absence de preuve d'un préjudice, relevant du juge du fond. La fin de non-recevoir invoquée de ce chef sera en conséquence rejetée. Sur la prescription La compagnie AXA invoque le bénéfice L 114-1 du Code des Assurances aux termes duquel toutes actions dérivant d'un contrat d'assurance sont prescrites par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. Cependant, en application de l’article L 124-3 le tiers lésé dispose d'un droit d'action directe à l'encontre de l'assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable. Cette action trouve son fondement dans le droit de la victime à réparation de son préjudice et non dans le contrat, et se prescrit, dès lors, par le même délai que l'action de la victime contre le responsable. En l'espèce, s'agissant d'une action en responsabilité pour un préjudice matériel la prescription applicable est la prescription quinquennale de droit commun prévue à l'article 2224 du Code Civil. L'accident a eu lieu le 14 mars 2020, date à laquelle la prescription a commencé à courir, de sorte qu'elle n'était pas acquise à la date de l’assignation délivrée moins de 3 ans plus tard en février 2023 La fin de non-recevoir invoquée de ce chef sera en conséquence rejetée. Sur les autres demandes Les dépens et la demande au titre de l’article 700 du Code de Procédure Civile seront réservés avec le fond.

Questions fréquentes

Quel est le délai de prescription pour l'action directe du tiers lésé contre l'assureur du responsable ?
L'action directe du tiers lésé se prescrit par le même délai que l'action de la victime contre le responsable, soit la prescription quinquennale de droit commun (article 2224 du Code civil), et non la prescription biennale de l'article L114-1 du Code des assurances.
Puis-je assigner directement l'assureur du conducteur responsable sans attendre ?
Oui, en vertu de l'article L124-3 du Code des assurances, le tiers lésé dispose d'un droit d'action directe à l'encontre de l'assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable.
L'assureur peut-il me opposer la prescription biennale de deux ans ?
Non, car l'action directe du tiers lésé trouve son fondement dans le droit à réparation de la victime et non dans le contrat d'assurance. Elle est donc soumise à la prescription quinquennale de droit commun.
Que faire si l'assureur refuse d'indemniser en invoquant la prescription ?
Vous pouvez contester cette fin de non-recevoir en démontrant que l'action directe est soumise à la prescription quinquennale, comme l'a rappelé le juge dans cette affaire.
Puis-je réclamer à l'assureur du responsable les mensualités de location de mon véhicule accidenté ?
Oui, si vous justifiez d'un préjudice matériel direct, comme les mensualités de location avec option d'achat que vous continuez à payer après la perte totale du véhicule.
Quels sont les critères de recevabilité de l'action directe ?
Il faut justifier d'un intérêt à agir, c'est-à-dire d'un préjudice personnel et direct, et agir dans le délai de prescription applicable (quinquennal pour les accidents de la circulation).
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