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Cour de cassation, chambre sociale, 18 décembre 2024 — n° 23-13.531

Cassation ECLI : ECLI:FR:CCASS:2024:SO01308

Synthèse de la décision

Question juridique

Une clause de mobilité qui prévoit une mobilité sur l'ensemble du réseau d'exploitation de la société et de ses filiales, sans définir précisément la zone géographique, est-elle valide ?

Principe retenu

À peine de nullité, une clause de mobilité doit définir de façon précise sa zone géographique d'application et ne peut conférer à l'employeur le pouvoir d'en étendre unilatéralement la portée. La clause qui se réfère à un réseau d'exploitation sans autre précision est nulle, même si le salarié est un cadre et a connu des mobilités antérieures.

Faits clés

  • Salariée engagée en 1999 avec clause de mobilité sur 'l'ensemble du réseau d'exploitation de la Lyonnaise de banque et de ses filiales'
  • Employeur demande mutation de [Localité 3] à [Localité 4] après arrêt maladie
  • Salariée refuse la mutation
  • Licenciement pour faute le 6 mars 2019
  • Cour d'appel valide le licenciement en jugeant la clause valide car le périmètre était 'aisément définissable'

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Dijon, 19 janvier 2023), Mme [J] a été engagée en qualité de chef de mission au sein de l'inspection générale par la société CIC Lyonnaise de banque (la société LDB), filiale du groupe Crédit Mutuel CIC, le 30 septembre 1999. Elle occupait en dernier lieu un poste d'analyste risques engagements à [Localité 3]. 2. Son contrat de travail prévoyait une clause rédigée dans les termes suivants : « mobilité professionnelle et géographique sur l'ensemble du réseau d'exploitation de la Lyonnaise de banque et de ses filiales ». 3. En exécution de cette clause, l'employeur a demandé à la salariée, à l'issue d'un arrêt de travail pour maladie, de reprendre ses fonctions au siège de la banque, situé à [Localité 4], à compter du 4 février 2019, ce qu'elle a refusé. 4. Licenciée le 6 mars 2019, la salariée a saisi la juridiction prud'homale en contestation de la validité de la clause de mobilité et de son licenciement.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour Vu les articles L. 1221-1, L. 1232-1 et L. 1235-1 du code du travail et 1134 du code civil, dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 : 6. Une clause de mobilité doit définir de façon précise sa zone géographique d'application et ne peut conférer à l'employeur le pouvoir d'en étendre unilatéralement la portée. 7. Pour dire le licenciement fondé sur une cause réelle et sérieuse et débouter la salariée de ses demandes à ce titre, l'arrêt constate que le contrat de travail prévoit une mobilité professionnelle et géographique sur l'ensemble du réseau d'exploitation de la Lyonnaise de banque et de ses filiales, que la zone géographique d'application de cette clause s'agissant des établissements de la société LDB est aisément définissable et vise le quart Sud-Est de la France, que la salariée, qui avait déjà connu plusieurs mobilités géographiques, était, eu égard à ses fonctions, ses compétences professionnelles et son niveau de responsabilités, suffisamment avertie de la portée et de l'étendue géographique de cette clause. L'arrêt ajoute que si la clause de mobilité vise également les filiales de la société LDB, sans autre précision, cet élément est sans emport dès lors que le licenciement de la salariée est uniquement fondé sur son refus de mutation à [Localité 4], ville incluse dans la zone d'exploitation de la société LDB, ce que la salariée n'ignorait pas. L'arrêt en déduit que la mise en oeuvre de la clause de mobilité sur la ville de [Localité 4] n'est pas illicite et que le refus fautif de la salariée d'appliquer cette clause et de rejoindre son poste à [Localité 4] est caractérisé. 8. En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que la clause de mobilité, qui envisageait notamment une mobilité au sein des filiales, ne définissait pas de façon précise sa zone géographique d'application, la cour d'appel, qui, pour apprécier le caractère sérieux du licenciement, a fait application d'une clause nulle, a violé les textes susvisés.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur l'autre grief, la Cour : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il dit que le licenciement de Mme [J] repose sur une cause réelle et sérieuse et la déboute de sa demande de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et en ce qu'il statue sur les dépens d'appel et l'article 700 du code de procédure civile, l'arrêt rendu le 19 janvier 2023, entre les parties, par la cour d'appel de Dijon ; Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Besançon ; Condamne la société Lyonnaise de banque aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la société Lyonnaise de banque et la condamne à payer à Mme [J] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre sociale, et prononcé par le président en son audience publique du dix-huit décembre deux mille vingt-quatre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause de mobilité valide ?
Une clause de mobilité est valide si elle définit de façon précise sa zone géographique d'application. Elle ne peut pas conférer à l'employeur le pouvoir d'en étendre unilatéralement la portée. Par exemple, une clause mentionnant 'l'ensemble du réseau d'exploitation' sans autre précision est nulle.
Puis-je refuser une mutation si la clause de mobilité est imprécise ?
Oui, vous pouvez refuser une mutation si la clause de mobilité est imprécise, car elle est alors nulle. Dans l'affaire jugée, la salariée a refusé une mutation fondée sur une clause vague et la Cour de cassation a annulé le licenciement.
Le fait d'être cadre justifie-t-il une clause de mobilité imprécise ?
Non, même pour un cadre, la clause de mobilité doit être précise. La Cour de cassation a rappelé que le niveau de responsabilité ou les compétences professionnelles ne permettent pas de valider une clause imprécise.
Quels sont les recours en cas de licenciement pour refus de mutation ?
Vous pouvez contester le licenciement devant le conseil de prud'hommes en invoquant la nullité de la clause de mobilité. Si la clause est nulle, le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à des dommages-intérêts.
Mon employeur peut-il me muter dans une filiale sans préciser laquelle ?
Non, si la clause de mobilité mentionne les filiales sans les identifier ou sans définir la zone géographique, elle est nulle. L'employeur ne peut pas imposer une mutation dans une filiale non précisée.
Que signifie 'réseau d'exploitation' dans une clause de mobilité ?
Cette expression est trop vague pour être valide. La clause doit préciser les villes, départements ou régions concernés. Dans l'affaire, la mention 'réseau d'exploitation de la Lyonnaise de banque et de ses filiales' a été jugée insuffisante.

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