Cour de cassation, cr, 3 mars 2026 — n° 25-85.994
Synthèse de la décision
Question juridique
Les documents relatifs à la consultation d'un avocat peuvent-ils être saisis dans le cadre d'une procédure pénale ?
Principe retenu
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Faits clés
- Saisie d'un document lié à une consultation d'avocat
- Consultation par téléphone d'un avocat
- Personne mise en examen pour des faits pénaux
- Relations commerciales entre la personne mise en examen et le consultant
- Échange retranscrit ne visant pas à établir une défense
Articles cités
article 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971
article 56-1, alinéa 2, du code de procédure pénale
Exposé du litige
Faits et procédure
1. Il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces soumises à l'examen de la Cour de cassation ce qui suit.
2. Le 21 décembre 2022, un pharmacien, soupçonné d'avoir obtenu le remboursement indu de tests de dépistage de la covid-19, a été mis en examen du chef d'escroquerie.
3. Les 10 novembre 2023 et 25 juin 2024, M. [J] [U], puis les sociétés [1], [2] et [3] devenue [4] ont été mis en examen respectivement pour complicité et recel de cette escroquerie.
4. Le 28 juin 2024, les enquêteurs ont établi un procès-verbal d'exploitation d'un document découvert dans l'ordinateur de M. [U] saisi lors de la perquisition de son domicile.
5. M. [U] et les trois sociétés ont, le 23 décembre 2024, déposé une requête en annulation de la saisie du document en cause et de son procès-verbal d'exploitation.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
Vu les articles 66-5 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, préliminaire, 56-1, alinéa 2, et 593 du code de procédure pénale :
7. Selon le premier de ces textes, en toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention « officielle », les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel.
8. Selon les deux suivants, aucun document relevant de l'exercice des droits de la défense et couvert par le secret professionnel de la défense et du conseil prévu à l'article 66-5 de la loi précitée ne peut être saisi et placé sous scellé.
9. Il en résulte que sont insaisissables les documents ou objets relatifs à une procédure juridictionnelle ou à une procédure ayant pour objet le prononcé d'une sanction, et relevant de l'exercice des droits de la défense.
10. Tout arrêt de la chambre de l'instruction doit comporter les motifs propres à justifier la décision. L'insuffisance ou la contradiction des motifs équivaut à leur absence.
11. Pour refuser d'annuler la saisie d'une note intitulée « Rdv M. [W] » découverte dans l'ordinateur de M. [U], et le procès-verbal d'exploitation établi subséquemment, l'arrêt attaqué énonce qu'aucun justificatif d'une entrevue qui se serait tenue le 28 décembre 2022 entre celui-ci et M. [M] [W], avocat, n'est fourni pour attester de la consultation de ce professionnel à cette date, et que le fait que le document mentionne en première ligne le nom de l'avocat ne suffit pas à lui conférer la nature de compte rendu d'entretien, rien ne permettant de savoir si sa rédaction précède ou suit la consultation alléguée.
12. Les juges ajoutent qu'il ne peut raisonnablement être soutenu que ce document constituerait un compte rendu d'entretien avec cet avocat et exposerait une stratégie de défense mise au point avec celui-ci, s'agissant d'une sorte d'énumération de faits, de ressentis divers et de possibilité d'évolution d'une procédure, sans lien les uns avec les autres comme le seraient les développements d'une stratégie de défense, et dénués de tout moyen de droit ou de défense.
13. Ils relèvent encore que, lors de son placement en garde à vue, l'intéressé n'a pas fait le choix de cet avocat pour l'assister.
14. En se déterminant ainsi, la chambre de l'instruction n'a pas justifié sa décision.
15. En effet, d'une part, elle ne pouvait, sans mieux s'en expliquer et alors que M. [U] faisait valoir que le document litigieux avait été créé dans son ordinateur le 28 décembre 2022, soit le jour même de l'entretien allégué, sous la désignation « rendez-vous avec M. [W] », exclure l'existence d'un tel entretien entre le requérant et M. [W], avocat, à cette date.
16. D'autre part, le contenu du document se rapporte à un échange qui concerne les faits objet de la poursuite et le risque judiciaire susceptible d'être encouru par M. [U] et ses sociétés par suite de leurs relations commerciales avec le pharmacien mis en examen. Dès lors, s'agissant d'un document relatif à une procédure juridictionnelle, relevant de l'exercice des droits de la défense comme concernant un entretien entre une personne qui était susceptible d'être mise en cause et son avocat, il n'importe que l'échange retranscrit n'ait pas tendu à la mise au point d'une défense, ou que, ultérieurement, au moment de son interpellation, M. [U] n'ait pas fait le choix du même avocat pour l'assister dans la procédure.
17. La cassation est par conséquent encourue de ce chef.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, la Cour :
CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt susvisé de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau, en date du 18 avril 2025, et pour qu'il soit à nouveau jugé, conformément à la loi ;
RENVOIE la cause et les parties devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Toulouse, à ce désignée par délibération spéciale prise en chambre du conseil ;
ORDONNE l'impression du présent arrêt, sa transcription sur les registres du greffe de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau et sa mention en marge ou à la suite de l'arrêt annulé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président en son audience publique du trois mars deux mille vingt-six.
Questions fréquentes
Quels documents peuvent être protégés par le secret professionnel de l'avocat ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Est-ce que la saisie d'un document lié à un avocat est légale ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Quels sont mes droits en matière de consultation d'avocat ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Comment contester une saisie de documents dans une affaire pénale ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Que faire si mes échanges avec mon avocat sont saisis par la justice ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Quelles sont les conséquences d'une saisie illégale de documents protégés ?
Les documents afférents à la consultation d'un avocat sont insaisissables s'ils relèvent de l'exercice des droits de la défense et sont couverts par le secret professionnel. La saisie d'un document lié à une consultation d'avocat ne peut être justifiée si celui-ci est protégé par le secret professionnel.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.