Tribunal judiciaire, référés cabinet 1, 23 mars 2026 — n° 25/04704
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de la responsabilité en cas d'accident de la circulation impliquant un véhicule ?
Principe retenu
La responsabilité délictuelle en matière d'accident de la circulation repose sur la preuve de la faute, du dommage et du lien de causalité entre les deux. En l'absence de constat contradictoire, la charge de la preuve incombe au demandeur.
Faits clés
- Accident de la circulation survenu le 28 mai 2025
- Monsieur [P] était conducteur d'un véhicule à deux-roues
- Percussion par un véhicule de marque Citroen
- Constat d'accident signé uniquement par Monsieur [P]
- Blessures constatées par un médecin, incluant des dermabrasions et des douleurs
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Monsieur, [P], [M], [N] a été victime d'un accident de la circulation, survenu le 28 mai 2025, en qualité de conducteur d'un véhicule à deux-roues. En effet, il aurait été percuté par un véhicule de marque Citroen, immatriculé, [Immatriculation 1], appartenant à, [Y], [G] et assuré auprès de la société HERTZ.
Le constat n'est pas contradictoire, Monsieur, [P], [M], [N] étant le seul à l'avoir signé.
A la suite de l'accident, Monsieur, [P], [M], [N] a été pris en charge par les marins-pompiers puis transporté au service des urgences de l'hôpital, [Etablissement 1] ayant subi des blessures.
Selon certificat médical établi le jour de l'accident, Monsieur, [P], [M], [N] a présenté une dermabrasion du genou gauche suturable par 3 points.
Le docteur, [O], [E] a constaté le 04 juin 2025, sur la personne de Monsieur, [P], [M], [N], une raideur à la rotation latérale du rachis cervical, une ecchymose de la face antérieure du coude gauche, des dermabrasions du coude gauche, de la face palmaire de la main droite et des difficultés à la marche. Le patient s'étant également plaint de douleurs à l'épaule droite, au rachis cervical et au genou gauche.
Suivant actes de commissaire de justice en dates des 31 octobre et 06 novembre 2025, Monsieur, [P], [M], [N] a assigné la société PROBUS et la Caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône (CPAM) en référé aux fins de voir ordonner une expertise, d'obtenir une provision de 3.000 € et 2.000 € au titre des frais irrépétibles, outre les dépens. Aussi, il est demandé de constater que la responsabilité du requérant n'est pas engagée.
A l'audience du 12 janvier 2025, Monsieur, [P], [M], [N], par l'intermédiaire de son avocat, a maintenu ses demandes, faisant valoir ses moyens tels qu'exprimés dans ses dernières conclusions auxquelles il convient de se reporter.
En défense, la société PROBUS, par l'intermédiaire de son avocat, faisant valoir ses moyens tels qu'exprimés dans ses conclusions auxquelles il convient de se reporter, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise et demande au juge de :
- rejeter le reste des demandes,
- à défaut se déclarer incompétent,
- subsidiairement réduire la provision à 1.200 €,
- en tout état de cause laisser les dépens à la charge du demandeur et ne pas la condamner à l'article 700 CPC.
La Caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône assignée à personne morale, n'a pas comparu ni fait connaître le montant de ses débours.
L'affaire a été mise en délibéré au 23 mars 2026, date à laquelle la décision a été rendue.
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur l'expertise
L'article 145 du code de procédure civile dispose : " S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. "
L'absence d'instance au fond, qui constitue une condition de recevabilité de la demande formée en application de l'article 145 du Code de procédure civile, doit s'apprécier à la date de la saisine du juge.
L'existence de contestations, même sérieuses, ne constitue pas un obstacle à la mise en œuvre des dispositions de l'article précité. Il appartient uniquement au juge des référés de caractériser le motif légitime d'ordonner une mesure d'instruction, sans qu'il soit nécessaire de procéder préalablement à l'examen de la recevabilité d'une éventuelle action, non plus que de ses chances de succès sur le fond.
Il suffit de constater qu'un tel procès est possible, qu'il a un objet et un fondement suffisamment déterminés, que sa solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée et que celle-ci ne porte aucune atteinte illégitime aux droits et libertés fondamentaux d'autrui.
En l'espèce, Monsieur, [P], [M], [N] produit aux débats des pièces médicales attestant de blessures.
Par ailleurs, le principe de l'expertise n'est pas contesté.
Il convient donc d'y faire droit.
Sur la demande provisionnelle
Aux termes de l'article 835 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En l'espèce, le droit à indemnisation du demandeur est contesté en raison de fautes de conduite qui auraient été commises par le demandeur, à savoir remonter une file en agglomération et ne pas avoir respecté les distances de sécurité réglementaires.
En l'occurrence, le tribunal n'est pas doté des éléments lui permettant de connaître les circonstances de l'accident puisque le constat produit n'est pas contradictoire et qu'aucun autre élément de preuve n'est apporté.
Le droit à indemnisation du demandeur étant sérieusement contestable, la demande de provision de Monsieur, [P], [M], [N] sera rejetée.
Il apparait dès lors prématuré de constater que la responsabilité du requérant n'est pas engagée.
Sur les dépens
Aux termes de l'article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n'en mette la totalité ou une fraction à la charge d'une autre partie.
En l'espèce, Monsieur, [P], [M], [N], qui succombe, conservera la charge des dépens de l'instance en référé.
Sur l'article 700 du code de procédure civile
Aux termes de l'article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
Il n'y a pas lieu d'accorder, au bénéfice de Monsieur, [P], [M], [N], une somme sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile.
Il convient de rappeler que la présente ordonnance est, de plein droit, exécutoire par provision.
PAR CES MOTIFS, JUGEANT PAR ORDONNANCE PRONONCÉE PAR MISE A DISPOSITION AU GREFFE, RÉPUTÉE CONTRADICTOIRE ET EN PREMIER RESSORT,
Vu l'article 145 du code de procédure civile,
Dispositif
ORDONNONS une expertise médicale de Monsieur, [P], [M], [N] ;
COMMETTONS pour y procéder :
Docteur, [A], [V] ,
[Adresse 4]" ,
[Localité 3]
Tél :, [XXXXXXXX01]
Expert inscrit auprès de la cour d'appel d'AIX-EN-PROVENCE, avec pour mission de :
- convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l'occasion de l'exécution des opérations ou de la tenue des réunions d'expertise,
-examiner Monsieur, [P], [M], [N], décrire les lésions causées par l'accident après s'être fait communiquer le dossier médical et toutes pièces médicales relatives aux examens, soins et interventions pratiquées et ce par la victime ou tout tiers à l'instance détenteur, mais dans ce cas avec l'accord de la victime, indiquer les traitements appliqués, l'évolution et l'état actuel des lésions et dire si elles sont en relation directe et certaine avec l'accident,
- en cas d'état antérieur le décrire en ne retenant que les antécédents pouvant avoir une incidence sur les lésions ou séquelles, dire son incidence sur l'état de la victime,
- dire la date à laquelle la consolidation des blessures a été obtenue,
En l'absence de consolidation dire à quelle date il conviendra de revoir la victime, préciser si possible dans une fourchette minima/maxima les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision,
- Pertes de gains professionnels actuels
Indiquer les périodes pendant lesquelles Monsieur, [P], [M], [N] a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité d'exercer totalement ou partiellement son activité professionnelle, et en cas d'incapacité partielle, préciser le taux et la durée, préciser la durée des arrêts de travail retenus par l'organisme social au vu des justificatifs produits (ex : décomptes de l'organisme de sécurité sociale), et dire si ces arrêts de travail sont liés au fait dommageable ;
- Déficit fonctionnel temporaire
Indiquer les périodes pendant lesquelles Monsieur, [P], [M], [N] a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles et en cas d'incapacité partielle, préciser le taux et la durée ;
- Fixer la date de consolidation et, en l'absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir Monsieur, [P], [M], [N]; préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l'évaluation d'une éventuelle provision ;
- Déficit fonctionnel permanent
Indiquer si, après la consolidation, Monsieur, [P], [M], [N] subit un déficit fonctionnel, et en évaluer l'importance et en chiffrer le taux ; dans l'hypothèse d'un état antérieur préciser en quoi l'accident a eu une incidence sur cet état antérieur et décrire les conséquences ;
- Assistance par tierce personne
Indiquer le cas échéant si l'assistance constante ou occasionnelle d'une tierce personne (étrangère ou non à la famille) est ou a été nécessaire pour effectuer les démarches et plus généralement pour accomplir les actes de la vie quotidienne ou apporter, le cas échéant, un soutien à la parentalité, et préciser la nature de l'aide à prodiguer et sa durée quotidienne ;
- Dépenses de santé futures
Décrire les soins futurs et les aides techniques compensatoires au handicap de Monsieur, [P], [M], [N] (prothèses, appareillages spécifiques, véhicule) en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
- Frais de logement et/ou de véhicules adaptés
Donner son avis sur d'éventuels aménagements nécessaires pour permettre, le cas échéant, à Monsieur, [P], [M], [N] d'adapter son logement et/ou son véhicule à son handicap ;
- Pertes de gains professionnels futurs
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne l'obligation pour Monsieur, [P], [M], [N] de cesser totalement ou partiellement son activité professionnellement ou de changer d'activité professionnelle ;
- Incidence professionnelle
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits,…
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