MOTIVATION
Sur le rappel de prime et l'inexécution de bonne foi du contrat de travail
L'appelant fait valoir que malgré sa réclamation écrite, la société, [1] n'a pas entendu reprendre le versement d'une 'prime spécifique client' d'un montant de 0,91 euro par heure travaillée mise en place et versée mensuellement par son précédent employeur, la société, [2], dont il a obtenu la condamnation par arrêt définitif de la cour d'appel de Colmar du 23 juin 2020 à lui régler un rappel à la suite de la cessation unilatérale de son versement à compter de mars 2009 ; il réclame, sur le fondement des dispositions de l'article 3.1.2 de l'avenant du 28 janvier 2011 à la convention collective applicable aux relations de travail, un rappel à ce titre entre le 1er août 2019 et la date d'audience devant la présente cour, tout en précisant avoir continué à exercer les mêmes fonctions sur le même site et que son bulletin de paie de mai 2019 antérieur à la reprise mentionne le versement de cette prime.
L'intimée réplique que la 'prime spécifique client' résultait d'un usage en vigueur au sein du précédent employeur du salarié, de sorte qu'en application des dispositions de l'article 3.1.2 de l'avenant du 28 janvier 2011 à l'accord du 5 mars 2002 relatif à la reprise du personnel de la convention collective applicable aux relations de travail, elle n'était pas liée, en sa qualité d'entreprise entrante, par les usages collectifs ou autres avantages individuels en vigueur au sein de la société, [2], entreprise sortante, et n'était pas tenue d'en poursuivre le versement puisque cet usage ne lui a pas été transféré ; elle conclut par conséquent à la confirmation du jugement qui a débouté le salarié de sa demande de rappel de prime et de dommages et intérêts pour inexécution de bonne foi du contrat de travail.
Selon l'article 3.1.2 de l'avenant du 28 janvier 2011 à l'accord du 5 mars 2002 relatif à la reprise du personnel de la convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité du 15 février 1985 :
- d'une part, l'avenant au contrat de travail établi par l'entreprise entrante pour les salariés conservés doit notamment mentionner la reprise du salaire de base, des primes constantes soumises à cotisation, payées chaque mois et figurant sur les neuf derniers bulletins de paie ainsi que les éventuels éléments bruts de rémunération contractuels, à l'exclusion de ceux ayant le même objet déjà pris en charge sous une autre forme par l'entreprise entrante,
- d'autre part, le personnel bénéficie des accords collectifs et des régimes de retraite et de prévoyance de l'entreprise entrante, qui se substituent à ceux de l'entreprise sortante dès le premier jour de la reprise du marché ; les usages et accords collectifs de l'entreprise entrante bénéficieront aux salariés transférés ; les usages collectifs ou autres avantages individuels en vigueur au sein de l'entreprise sortante ne sont pas transférés.
En l'espèce, l'appelant indique qu'au cours de l'année 2004, la société, [2] a mis en place une prime spécifique dite 'client', destinée à reconnaître la spécialisation des agents affectés à la sécurité incendie sur le site du Parlement Européen et qu'il a obtenu, à la suite d'une action judiciaire, la condamnation de la société, [2] à lui verser un rappel au titre de cette prime.
Le salarié produit des bulletins de paie établis par la société, [2] entre novembre 2018 et juillet 2019 dont celui de mai 2019 mentionne une 'prime client' d'un montant correspondant au rappel de prime alloué par la décision judiciaire et ses bulletins de paie au sein de la société, [1] à partir du 1er août 2019 ne portant pas mention de cette prime.
Alors que la 'prime spécifique client' versée par la société, [2] trouve sa source dans un usage existant dans cette entreprise, ce que l'appelant ne discute pas, il s'ensuit que cet usage en vigueur au sein de l'entreprise sortante n'a pas été transféré dans le cadre de la reprise du contrat de travail du salarié par la société, [1] fondée sur les dispositions de l'avenant du 28 janvier 2011 à l'accord du 5 mars 2002 relatif à la reprise du personnel de la convention collective nationale des entreprises de prévention et de sécurité du 15 février 1985.
Dans ces conditions, la société, [1] ne peut se voir condamner à payer cette prime, ni reprocher un manquement à son obligation d'exécution de bonne foi du contrat de travail.
Le jugement est confirmé en ce qu'il déboute le salarié de l'ensemble de ses demandes.
Sur les dépens et les frais irrépétibles
Le jugement est confirmé en ce qu'il statue sur les dépens et les frais irrépétibles.
L'appelant est condamné aux dépens d'appel.
Pour des raisons tirées de la situation économique des parties, la société est déboutée de sa demande formée au titre de l'article 700 du code de procédure civile.