MOTIVATION
Sur la recevabilité de la requête en prolongation
Il convient en premier lieu de rappeler qu'en application d'une jurisprudence constante de la cour de cassation (1ère Civ. 23 novembre 2016), le juge n'a pas à relever d'ofifce la recevabilité de la requête si celle-ci n'est pas contestée par l'étranger dès lors qu'il ne s'agit pas d'une fin de non recevoir d'ordre public.
Dépassant son office, le premier juge a mis aux débats l'éventuelle irrecevabilité de la requête en prolongation, moyen soutenu en cause d'appel par le conseil de [Y] [I].
Aux termes de l'article R. 743-2 du CESEDA, le préfet doit, à peine d'irrecevabilité, saisir le juge des libertés et de la détention aux fins d'une nouvelle prolongation de la rétention par requête motivée, datée et signée, accompagnée de toutes les pièces justificatives utiles .
Il convient à cet égard de rappeler que les pièces utiles visées à cet article, en dehors de la copie du registre, correspondent à celles indispensables au juge pour lui permettre d'exercer son contrôle de la légalité des opérations antérieures au placement en rétention administrative et du maintien en rétention.
Le conseil de [Y] [I] soutient que la requête en prolongation de la rétention administrative est irrecevable en ce qu'elle n'est pas accompagnée du jugement correctionnel intégral ayant prononcé la condamnation de [Y] [I] à la peine d'interdiction du territoire français.
Il n'est pas discuté que la requête qui a saisi le juge du tribunal judiciaire de Lyon en troisième prolongation est accompagnée de la fiche d'interdiction du territoire français qui est un titre exécutoire et constitue la pièce justificative du prononcé de cette mesure d'éloignement.
La requête en prolongation de la rétention administrative de [Y] [I] est recevable pour être motivée, datée, signée et accompagnée de toutes les pièces justificatives utiles.
La décision du premier juge est en conséquence infirmée.
Sur le bien-fondé de la requête
L'article L. 741-3 du CESEDA rappelle qu'un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que le temps strictement nécessaire à son départ et que l'administration doit exercer toute diligence à cet effet.
L'article L. 742-4 du même code dispose que «Le magistrat du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours.
La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours».
En l'espèce, les services préfectoraux justifient de diligences régulières auprès des autorités tunisiennes et algériennes dès le 29 janvier 2026, suivie de relances les dernières datant des 24 février et 27 mars 2026, en vue de la délivrance d'un laissez-passer consulaire, seul document permettant son éloignement du territoire.
Ces éléments sont justifiés par les pièces de la procédure et constituent des diligences réelles, utiles et sérieuses répondant aux exigences légales dès lors qu'aucun texte n'impose ni périodicité, ni nombre de relances.
Il est ainsi caractérisé que la préfecture du Rhône a accompli les diligences nécessaires et suffisantes pour permettre l'exécution de la mesure d'éloignement, laquelle n'est tenue que d'une obligation de moyens et et ne dispose d'aucun pouvoir de coercition ou de contrainte sur les autorités consulaires.
L'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement de [Y] [I] résulte du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé.
L'appréciation des perspectives raisonnables d'éloignement relève d'une aprréciation souveraine du juge du fond au regard de l'ensemble des éléments du dossier.
Il convient par ailleurs de rappeler que depuis la loi du 26 janvier 2024, la menace pour l'ordre public est un des critères permettant à l'administration de saisir le juge du tribunal judiciaire aux fins de prolongation (article L 742-4).
La notion de menace pour l'ordre public, telle que prévue par le législateur, a pour objectif manifeste de prévenir, pour l'avenir, les agissements dangereux commis par des personnes en situation irrégulière sur le territoire national.
Dans ce contexte, la menace pour l'ordre public fait l'objet d'une appréciation in concreto au regard d'un faisceau d'indices.
En l'espèce, [Y] [I] a été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon le 8 janvier 2026 à une peine d'interdiction du territoire français caractérisant une menace actuelle à l'ordre public telle qu'une troisième prolongation soit ordonnée sur ce critère.
L'administration peut donc se fonder sur cette disposition pour solliciter une troisième prolongation.
Il n'est enfin pas démontré, que le laissez-passer consulaire ne sera pas délivré dans les 30 prochains jours.
En conséquence, l'ordonnance entreprise est infirmée.
PAR CES MOTIFS
Infirmons l'ordonnance déférée.
Statuant à nouveau,