Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 4 avril 2026 — n° 26/01849
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour qu'un appel du procureur de la République soit suspensif en matière de rétention administrative ?
Principe retenu
L'appel du ministère public n'est pas suspensif, sauf si des garanties de représentation effectives font défaut ou en cas de menace grave pour l'ordre public. Dans ce cas, le premier président de la cour d'appel peut déclarer le recours suspensif.
Faits clés
- Monsieur [L] [E] a été placé en rétention administrative par arrêté du 30 mars 2026.
- Il a sorti un couteau dans un service médical d'urgences.
- Le magistrat a rejeté la requête de l'administration et assigné l'intéressé à résidence.
- Le procureur a interjeté appel le 03 avril 2026 avec demande d'effet suspensif.
- La décision a été notifiée au procureur le même jour.
Articles cités
article L.743-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article R.743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Dispositif
ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance.
Fait à [Localité 2], le 04 avril 2026
LE GREFFIER,
LE PRÉSIDENT,
LA PRÉSENTE DÉCISION N'EST PAS SUSCEPTIBLE DE RECOURS.
Exposé du litige
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D'APPEL DE PARIS
Pôle 1 - Chambre 11
L. 743-22 du Code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile
ORDONNANCE DU 04 avril 2026
RECOURS SUSPENSIF
(1 pages)
Numéro d'inscription au numéro général et de décision : B N° RG 26/01849 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNABZ
Décision déférée : ordonnance rendue le 03 avril 2026, à 12h01, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris
Nous, Laurent Ben-Kemoun, président de chambre, à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assisté de Marie Bounaix, greffière au prononcé de l'ordonnance,
APPELANT
LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE PRÈS LE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PARIS
INTIMÉ :
M. [L] [E]
né le 11 Mai 1994 à [Localité 1], de nationalité marocaine
ayant pour conseil en première instance, Me Gérard Varango, avocat au barreau de Paris
ORDONNANCE : contradictoire
-
Vu l'ordonnance du 03 avril 2026, à 12h01, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Paris constatant l'irrégularité de la procédure, disant n'y avoir lieu à mesure de surveillance et de contrôle, et rappelant à l'intéressé qu'il a l'obligation de quitter le territoire national ;
-
Vu la notification de l'ordonnance au procureur de la République près le du tribunal judiciaire de Paris, le 03 Avril 2026 , à 13h53 ;
-
Vu l'appel de ladite ordonnance interjeté le 03 Avril 2026, à 16h34, par ledit procureur avec demande d'effet suspensif ;
-
Vu les notifications du recours suspensif du 03 avril 2026, faites par le parquet :
- à Monsieur [L] [E] à 17h30,
- à Me Gérard Varango, avocat au barreau de Paris, à 16h34,
- et au préfet de police, à 16h34 ;
- En l'absence d'observations suite aux notifications ;
Motivations de la décision
SUR QUOI,
Monsieur [L] [E] a été placé en rétention administrative par arrêté du 30 mars 2026.
Par ordonnance en date du 3 avril 2026 à 12 h 01, le magistrat du siège en charge du contrôle des mesures restrictives et privatives de liberté de [Localité 2] a rejeté la requête de l'administration et assigné l'intéressé à résidence.
La décision a été notifiée au procureur de la République qui a interjeté appel le même jour à 16 h 34, et sollicité l'effet suspensif du fait de garanties de représentation insuffisantes, dans le délai de 24 h prévu par l'article R.743-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur ce,
En application de l'article L.743-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
« L'appel n'est pas suspensif.
Toutefois, le ministère public peut demander au premier président de la cour d'appel ou à son délégué de déclarer son recours suspensif lorsqu'il lui apparaît que l'intéressé ne dispose pas de garanties de représentation effectives ou en cas de menace grave pour l'ordre public. Dans ce cas, l'appel, accompagné de la demande qui se réfère à l'absence de garanties de représentation effectives ou à la menace grave pour l'ordre public, est formé dans un délai de dix heures à compter de la notification de l'ordonnance au procureur de la République et transmis au premier président de la cour d'appel ou à son délégué. Celui-ci décide, sans délai, s'il y a lieu de donner à cet appel un effet suspensif, en fonction des garanties de représentation dont dispose l'étranger ou de la menace grave pour l'ordre public, par une ordonnance motivée rendue contradictoirement et qui n'est pas susceptible de recours.
L'intéressé est maintenu à la disposition de la justice jusqu'à ce que cette ordonnance soit rendue et, si elle donne un effet suspensif à l'appel du ministère public, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond. ».
En l'espèce, l'intéressé, qui a sorti un couteau dans un service médical d'urgences, présente une menace à l'ordre public.
Dans ces conditions, la demande d'effet suspensif sera accueillie sur le seul fondement de la menace à l'ordre public.
PAR CES MOTIFS
DÉCLARONS suspensif l'appel du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris,
ORDONNONS le maintien à la disposition de la justice de Monsieur [L] [E], jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, à l'audience du Lundi 06 avril 2026, à 11h00
DISONS que la présente ordonnance vaut convocation à ladite audience,
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