MOTIFS :
Sur la créance de M. [N]
Selon le tableau de synthèse produit par la société [1], la créance de participation actualisée de M. [N], s'élève à la somme non contestée de 17 233 euros, après déduction des acomptes versés annuellement de 2017 à 2023 par la société [1] (pièce n° 12 de l'appelante).
En application de l'article L. 622-7 I du code de commerce, le jugement ouvrant la procédure emporte, de plein droit, interdiction de payer toute créance née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception du paiement par compensation de créances connexes. Il emporte également, de plein droit, interdiction de payer toute créance née après le jugement d'ouverture, non mentionnée au I de l'article L. 622-17. Ces interdictions ne sont pas applicables au paiement des créances alimentaires.
Par ailleurs, en vertu de l'article L. 622-24 du code de commerce, à partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat.
Enfin, conformément à l'article L. 625-6 du même code, les relevés des créances résultant d'un contrat de travail, visés par le juge-commissaire, ainsi que les décisions rendues par la juridiction prud'homale sont portés sur l'état des créances déposé au greffe. Toute personne intéressée, à l'exclusion de celles visées aux articles L. 625-1 à L. 625-4, peut former une réclamation ou une tierce opposition dans les conditions prévues par décret en conseil d'état.
Suivant lettre recommandée avec accusé de réception en date du 3 janvier 2019, la société [Z] [2], mandataire judiciaire de la société [1], a informé les salariés que l'état des créances salariales déposé au greffe de la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Metz ne mentionne pas celles pouvant résulter de l'accord de participation litigieux et leur précise qu'ils disposent d'un délai de deux mois, conformément aux articles L. 625-4 et R. 625-6 du code de commerce, pour saisir le conseil des prud'hommes de Metz d'une réclamation sur tout ou partie d'une créance.
Le 15 mars 2019, M. [N] a saisi la juridiction prud'homale d'une demande de fixation de sa créance de participation à l'état des créances salariales.
La société [1] ne discute pas la nature salariale de la créance de M. [N]. Elle sollicite même dans ses conclusions d'appel l'inscription du solde restant à l'état des créances salariales.
Du fait de l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire antérieure à sa saisine, le conseil des prud'hommes de Metz ne pouvait condamner la société [1] au paiement de la créance due au titre de l'exécution de l'accord de participation dérogatoire du 20 septembre 1990, dans la mesure où il est manifeste que celle-ci est née antérieurement au jugement en date du 6 janvier 2016.
La créance concernée résulte en effet des résultats financiers des exercices des années 2010 à 2015, puis 2016 et a été intégrée au plan homologué le 13 juillet 2016 par le tribunal de grande instance de Metz. L'article 6 de ce dernier prévoit en effet que les créances non-mentionnés aux articles 1 à 5 « seront réglées à 100% de leur montant en dividendes annuelles progressifs », ce qui inclut toutes les autres créances de la société [1], non visées aux articles 1 à 5, au jour de leur fixation.
Il est constant par ailleurs que la société coopérative et participative (SCOP) a changé de forme sociale pour devenir la société par actions simplifiée (SAS) [1] au cours de l'exécution du plan qui a été homologué par le tribunal de grande instance de Metz. Ce changement n'a opéré cependant aucun transfert du passif entre ces deux entités. La société [1], en redressement judiciaire, reconnaît être tenue personnellement au passif constitué par les dettes, nées des créances de participation des salariés, sollicitant même l'inscription de celles-ci sur le relevé des créances salariales.
En conclusion, la créance de participation du salarié est soumise au principe de l'arrêt des poursuites.
Il convient par conséquent d'infirmer le jugement entrepris, de fixer au passif de la société [1] la créance actualisée de M. [N] à hauteur de 17 233 euros et d'ordonner son inscription à l'état des créances salariales des créances salariales établi par le mandataire judiciaire conformément à l'article L.3253-19 du code du travail.
Sur les demandes de l'Unedic délégation GS CGEA de [Localité 3]
Selon les dispositions de l'article L.3253-10 du code du travail, lorsqu'elles revêtent la forme d'un droit de créance sur l'entreprise, les sommes dues au titre de l'intéressement ou de la participation des salariés aux fruits de l'expansion ou d'un fonds salarial sont couvertes par l'AGS.
En application de l'article L 3253-12 du même code, les créances de participation mentionnées à l'article L. 3253-10 sont garanties lorsqu'elles sont exigibles à la date du jugement d'ouverture de la procédure, lorsque, si un plan organisant la sauvegarde ou le redressement judiciaire de l'entreprise intervient à l'issue de la procédure, elles deviennent exigibles du fait de la rupture du contrat de travail, dans les délais prévus au 2° de l'article L. 3253-8 ou lorsque intervient un jugement de liquidation judiciaire ou un jugement arrêtant le plan de cession totale de l'entreprise.
M. [N] satisfait en l'espèce aux conditions édictées par ces articles dès lors que sa créance précédemment fixée est exigible au jour de la rupture de son contrat de travail et que l'article 6 du plan de continuation qui a été homologué le 13 juillet 2016 prévoit formellement son intégration à celui-ci au jour de sa fixation définitive.
Par ailleurs, conformément aux articles L 3253-6 et suivants du code du travail, les créances en cause antérieures au jugement d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire en date du 06 janvier 2016 entrent dans le champ de la garantie de l'AGS, le plan de continuation homologué le 13 juillet 2016 ayant pour seul effet de rendre cette garantie subsidiaire. La garantie de l'AGS ne trouvera donc à s'appliquer que si le commissaire à l'exécution du plan justifie de l'absence de fonds disponibles.
Il convient par conséquent de débouter l'Unedic délégation AGS-CGEA de [Localité 3] de sa demande de mise hors de cause et de déclarer que le présent arrêt lui est opposable dans les limites de la garanties légale et des plafonds applicables selon les dispositions des articles L 143-11-1 et suivants et D 143-2 devenus L 3253-6 et D 3253-5 et suivants du code du travail.
Sur les demandes accessoires
Les dépens de première instance et d'appel sont fixés au passif de la procédure collective.
M. [N] est débouté de ses demandes formées en première instance et en cause d'appel au titre de l'application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS
La cour, statuant publiquement par arrêt contradictoire,
Infirme le jugement entrepris sauf en ce qu'il a dit qu'il était commun et opposable à l'AGS ;
Statuant à nouveau sur les chefs infirmés et y ajoutant :
Fixe au passif de la société [1] et ordonne son inscription à l'état des créances salariales établi par le mandataire judiciaire conformément à l'article L.3253-19 du code du travail la créance de participation de M. [A] [N] actualisée à la somme de 17 233 euros ;
Déboute M. [A] [N] de ses demandes formées devant le conseil des prud'hommes et devant la cour au titre de l'application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile ;
Dit que le présent arrêt est opposable à l'Unedic délégation AGS CGEA de [Localité 3] dans les limites de la garantie légale et des plafonds applicables selon les dispositions des articles L 143-11-1 et suivants et D 143-2 devenus L 3253-6 et 8 et D 3253-5 et suivants du code du travail ;