Cour d'appel, chambre 8 section 1, 9 avril 2026 — n° 25/02432
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences du non-respect de l'obligation de communication simultanée des pièces dans le cadre d'une procédure d'appel ?
Principe retenu
Le non-respect de l'obligation de communication simultanée des pièces peut entraîner l'irrecevabilité des conclusions présentées. La communication tardive des pièces ne régularise pas le défaut de communication initial.
Faits clés
- La SA BNP Paribas a interjeté appel d'un jugement concernant un crédit à la consommation.
- Monsieur [E] [T] a saisi le magistrat de la mise en état pour demander la clôture partielle pour défaut de communication des pièces.
- L'appelante a procédé à deux significations successives de conclusions avec un écart de 3 pages dans les pièces.
- Aucune pièce n'a été communiquée à Monsieur [E] [T] malgré plusieurs relances.
- Les conclusions d'incident de Monsieur [E] [T] ont été déclarées irrecevables pour être tardives.
Articles cités
Dispositif
- Déclarons irrecevable la demande de M. [E] [T] tendant au prononcé de la clôture partielle à l'égard de la SA BNP PARIBAS,
- Déboutons les parties du surplus de leurs demandes,
- Disons n'y avoir lieu à application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile,
- Disons que les dépens afférents à la présente procédure d'incident suivront le même sort que ceux de l'instance d'appel au fond.
Le greffier, Le magistrat de la mise en état,
Exposé du litige
- PROCÉDURE, PRÉTENTIONS ET MOYENS DES PARTIES:
Par déclaration enregistrée au greffe de la cour le 7 mai 2025, la SA BNP PARIBAS a interjeté appel d'un jugement du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Valenciennes en date du 7 janvier 2025 intervenu dans le cadre d'un litige afférent à un crédit à la consommation et où la SA BNP PARIBAS avait la qualité de demanderesse et où M. [E] [T] avait quant à lui la qualité de défendeur.
Par conclusions d'incident en date du 6 janvier 2026, M. [E] [T] a saisi le magistrat de la mise en état de la 8ème chambre civile section 1 de cette cour d'appel afin de voir:
' ORDONNER la clôture partielle à l'égard de BNP PARIBAS pour défaut persistant d'accomplissement des actes de procédure tenant à la communication effective de ses pièces annoncées,
' RAPPELER que, postérieurement à l'ordonnance de clôture ainsi prononcée, aucune pièce ne pourra être produite par BNP PARIBAS.
' DIRE que la communication ultérieure des pièces par BNP PARIBAS ne saurait régulariser le défaut de communication simultanée ni porter atteinte aux droits de la défense ;
' RÉSERVER expressément au profit de Monsieur [T] [E] la possibilité de soulever tous moyens tirés d'un manquement aux délais ou aux formalités applicables à la communication des pièces, si celles-ci venaient à être communiquées ultérieurement.
Dans ses dernières conclusions d'incident en date du 12 janvier 2026, M. [E] [T] a maintenu ses demandes initiales.
Il fait valoir au soutien de ses prétentions que:
' Sur le non respect par l'appelante de l'obligation de communication simultanée des pièces:
' en application des dispositions des articles 132, 915-1, 954 du code de procédure civile l'appelant doit communiquer simultanément aux conclusions les pièces visées au soutien de ses prétentions ou à tout le moins en assurer la transmission en temps utile afin de garantir le principe du contradictoire,
' or, en l'espèce a procédé à deux significations successives de conclusions avec s'agissant des pièces un écart matériel de 3 pages en moins entre les deux significations; cet écart démontre que les pièces n'ont pas été communiquées lors de la première signification,
' de plus malgré la constitution de l'intimé du 19 novembre 2025 plusieurs relances à l'appelante pour communication sont demeurées sans réponse et aucune pièce n'a jamais été adressée à ce jour,
' Sur l'impossibilité matérielle pour l'intimé de conclure utilement en l'absence totale de 'temps utile'.
' l'intimé dispose en principe d'un délai expirant le 7 janvier 2026 pour conclure en réponse aux conclusions signifiées le 7 octobre 2026,
' toutefois ce délai est vidé de sa substance au regard de la période des congés judiciaires et privés de fin décembre et de début janvier, qui entraîne la fermeture ou le fonctionnement très réduit des cabinets d'avocats et le ralentissement de l'activité judiciaire durant cette période,
' dans ces conditions il est impossible pour l'intimé de conclure dans les délais sauf à violer le principe du contradictoire et les droits de la défense,
' S'agissant des arguments en réplique aux conclusions d'incident de la BNP PARIBAS.
' aux termes de ses conclusions notifiées par RPVA le 8 janvier 2026, BNP Paribas soutient que les conclusions d'intimés de Monsieur [T] doivent être déclarées irrecevables au motif que, par suite de la dénonciation des premières conclusions d'appelant, Monsieur [T] avait 3 mois, soit jusqu'au 3 novembre 2025, pour répliquer.
Motivations de la décision
- MOTIFS DE L'ORDONNANCE:
- Sur l'irrecevabilité alléguée des conclusions d'intimé au fond et des conclusions d'incident:
L'article 909 du code de procédure civile dispose:
'L'intimé dispose, à peine d'irrecevabilité relevée d'office, d'un délai de trois mois à compter de la notification qui lui est faite des conclusions de l'appelant prévues à l'article 908 pour remettre ses conclusions au greffe et former, le cas échéant, appel incident ou appel provoqué.'
Lorsque l'intimé n'a pas constitué avocat ce délai court à compter de la signification des conclusions effectuée conformément aux dispositions de l'article 902 du code de procédure civile.
Il est dûment établi que les conclusions de l'appelante ont été régulièrement signifiées à l'intimé par acte de commissaire de justice en date du 1er août 2025 (pièce n°4 de la BNP PARIBAS).
Cet acte a fait courir le délai de trois mois prévu à l'article 909 du code de procédure civile, un tel délai expirant le 1er novembre 2025 et se trouvant prorogé à la date du 3 novembre 2025 en application des règles de computation des délais (jour férié et dimanche).
Il convient de souligner cette réalité incontestable qui veut que les conclusions d'appelant signifiées le 7 octobre 2025 n'ont pas eu pour effet de rouvrir ou de proroger ce délai dès lors qu'elles n'ont modifié ni les prétentions ni le dispositif de l'appel et qu'elles ont eu pour seule finalité de comporter un complément de motivation.
Il est dés lors incontestable que les conclusions au fond et les conclusions d'incident notifiées par l'intimé le 6 janvier 2026 - donc bien au delà du délai de trois mois de l'article 909 du code de procédure civile, sont manifestement tardives.
Il convient en conséquence de déclarer irrecevables ces deux jeux de conclusions.
- Sur la demande de clôture partielle:
La saisine par voie de conclusions d'incident du magistrat de la mise en état de cette cour d'appel étant procéduralement irrégulière puisque ces écritures ont été déclarées irrecevables, il y a lieu logiquement de déclarer irrecevable la demande de M. [E] [T] tendant au prononcé de la clôture partielle à l'égard de la SA BNP PARIBAS.
- Sur le surplus des demandes:
Au regard des considérations qui précédent, il y a lieu de débouter les parties du surplus de leurs demandes.
- Sur l'application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile:
L'équité commande de ne pas faire application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
- Sur les dépens de l'incident:
Une bonne justice commande de dire que les dépens afférents à la présente procédure d'incident suivront le même sort que ceux de l'instance d'appel au fond.
PAR CES MOTIFS
,
Statuant par ordonnance contradictoire, et rendue par mise à disposition au greffe,
- Déclarons irrecevables les conclusions notifiées par M. [E] [T] le 6 janvier 2026, tant au fond qu'au titre de la procédure d'incident,
En conséquence,
Votre situation ressemble à cette décision ? Posez votre question à l'IA
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma questionGratuit pour commencer · sans engagement
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.