MOTIFS :
Sur l'exception d'incompétence territoriale
La société [1] conclut à l'incompétence territoriale du conseil des prud'hommes de [Localité 2] sur le fondement de l'article R. 1412-1 du code du travail. Elle sollicite que le conseil des prud'hommes de [Localité 2] soit déclaré incompétent au profit de celui de [Localité 3], commune du siège social de l'entreprise ou, subsidiairement, celui de [Localité 4], qui est, selon elle, le ressort du domicile réel du salarié.
M. [M] conclut, à titre principal, au rejet de cette exception d'incompétence soulevée par la société [1] pour la première fois en cause d'appel et fait valoir, subsidiairement, que son domicile se situait à [Localité 5] chez Mme [L] lorsqu'il a saisi le conseil des prud'hommes.
L'article 73 du code de procédure civile dispose que constitue une exception de procédure tout moyen qui tend soit à faire déclarer la procédure irrégulière ou éteinte, soit à en suspendre le cours.
Selon l'article 74 du code de procédure civile, les exceptions doivent, à peine d'irrecevabilité, être soulevées simultanément et avant toute défense au fond ou fin de non-recevoir. Il en est ainsi alors même que les règles invoquées au soutien de l'exception seraient d'ordre public.
Aux termes de l'article 75 du code de procédure civile, en sa rédaction issue du décret 2017-891 du 6 mai 2017, s'il est prétendu que la juridiction saisie en première instance ou en appel est incompétente, la partie qui soulève cette exception doit, à peine d'irrecevabilité, la motiver et faire connaître dans tous les cas devant quelle juridiction elle demande que l'affaire soit portée.
En l'espèce, il ne ressort pas de l'ordonnance déférée ni des pièces de la procédure que la société ait soulevé l'exception d'incompétence territoriale du conseil de prud'hommes de Grasse devant cette juridiction et avant toute défense au fond ou fin de non-recevoir.
Cette exception d'incompétence territoriale n'ayant pas été soulevée in limine litis, elle doit être déclarée irrecevable.
Sur les limites du litige
Ni la société dans sa déclaration d'appel ni M. [M] dans ses conclusions d'intimé ne critiquent les chefs de l'ordonnance ayant déclaré le conseil de prud'hommes statuant en référé incompétent (en réalité défaut de pouvoir) pour statuer sur les demandes de M. [M] d'accès à ses données personnelles et de remise de l'attestation [5] mentionnant la prise d'acte.
La cour n'est donc pas saisie de ces chefs non critiqués qui ont acquis force de chose jugée.
Sur la demande pour retenue injustifiée
La société [1] conclut à l'infirmation de l'ordonnance en ce qu'elle l'a condamnée à verser à M. [M] la somme de 1.365,93 euros pour retenue injustifiée sur salaire et demande à la cour de condamner ce dernier à lui rembourser les frais de récupération du véhicule, soit la somme de 1.365,95 euros, en faisant valoir que M. [M] n'a pas restitué le véhicule conformément aux stipulations de son contrat de travail et aux consignes qui lui avaient été données par écrit dans un courrier recommandé du 13 janvier 2025. Elle indique qu'elle a dû engager des frais pour récupérer le véhicule laissé par le salarié devant la gendarmerie de [Localité 6] et non devant le siège social de l'entreprise à [Localité 7] ce qui a impliqué le déplacement d'un salarié et d'un commissaire de justice. La société [1] soutient que la retenue pratiquée est justifiée par la faute intentionnelle commise par le salarié qui a délibérément laissé le véhicule à 570 kilomètres du siège de la société.
M. [M] conclut à la confirmation du jugement sur ce point. Il fait valoir que l'employeur ne peut sanctionner pécuniairement le salarié que dans le cas d'une faute lourde et qu'il n'avait pas à restituer le véhicule au siège de la société. Il estime également que les justificatifs invoqués par la société [1] pour justifier le montant de la retenue sur salaire sont discutables.
L'article R.1455-6 du code du travail prévoit que : 'La formation de référé peut toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent pour prévenir un dommage imminent ou pour faire cesser un trouble manifestement illicite.'
L'article L. 1331-2 du code du travail dispose que 'les amendes ou autres sanctions pécuniaires sont interdites. Toute disposition ou stipulation contraire est réputée non écrite'.
Par ailleurs, il est constant que la responsabilité pécuniaire d'un salarié à l'égard de son employeur ne peut résulter que de sa faute lourde laquelle suppose une intention de nuire du salarié.
Selon l'article 7 du contrat d'utilisation du véhicule signé entre l'employeur et le salarié (pièce 5 employeur): 'l'employé est tenu de restituer le véhicule, propre à l'extérieur et à l'intérieur, avec son équipement et un jeu de clefs, après la fin du contrat de travail et à toute demande de l'employeur, au plus tard le deuxième jour suivant la réception de la demande de restitution du véhicule. En cas de non respect du délai, l'employé s'engage à payer une pénalité de contractuelle de (vide) par jour de retard sur la base d'une note de frais. [...]
Dans un délai de 30 jours après la restitution, l'employeur se réserve le droit de facturer les frais suivants au destinataire:
- la réparation des défauts d'équipements du véhicule [...] ;
- la réparation des dommages causés par l'employé ou sa négligence et non imputables aux risques couverts par la police d'assurance [...] ;
- la réparation des dommages au véhicule qui n'ont pas été signalés au moment de leur survenance à l'employeur [...]'.
Contrairement à ce que soutient à tort la société [6], il ne résulte nullement de l'article 7 du contrat de travail précité que M. [M] devait restituer le véhicule de fonction au siège social de l'entreprise.
Si l'employeur, dans un courrier recommandé du 13 janvier 2025, a effectivement demandé à M. [M] de restituer le véhicule professionnel au siège social de l'entreprise situé dans la [Localité 8] (86) et à plusieurs centaines de kilomètres de ses lieux d'intervention habituels, le salarié ayant en charge le secteur de l'Est de la France, il ne lui a pas précisé les conditions de prise en charge des frais inhérents à cette restitution alors qu'il lui incombait de les assumer.
En l'absence de proposition de l'employeur de prendre à sa charge les frais de restitution du véhicule, il ne peut se déduire de l'attitude de M. [M], qui a informé l'employeur par courrier recommandé qu'il mettait le véhicule et les outils professionnels à sa disposition devant la gendarmerie de [Localité 1] (les clefs du véhicule, la carte bancaire, la carte grise et la carte essence ayant été transmises dans le pli recommandé), une quelconque intention de nuire.
Par conséquent, la retenue sur salaire pratiquée par la société est constitutive d'un trouble manifestement illicite qu'il convient de faire cesser et l'ordonnance est confirmée en ce qu'elle a condamné la société à restituer à M. [M] la somme de 1.365,95 euros à titre de provision sur rappel de salaire.
Sur la demande provisionnelle pour résistance abusive
M. [M], formant appel incident, conclut à l'infirmation de l'ordonnance en ce qu'elle a rejeté sa demande de dommages et intérêts et demande à la cour de condamner la société [1] à lui payer la somme de 3.000 euros pour résistance abusive en faisant valoir que la société n'a jamais répondu à ses sollicitations concernant la restitution du véhicule, qu'elle a tardé à lui remettre les documents de fin de contrat et qu'elle a refusé de lui restituer des sommes qu'elle lui devait ce qui l'a privé d'une somme importante au moment de la rupture du contrat de travail et l'a contraint à engager une procédure prud'hommale pour obtenir le remboursement de sommes que son employeur ne pouvait sérieusement contester lui devoir.