MOTIFS DE LA DÉCISION
Sur la demande de renvoi:
Si la représentation par avocat est obligatoire en la matière, la grève du barreau constitue un obstacle insurmontable permettant au juge de statuer même en l'absence d'un avocat dès lors que le juge justifie de ne pouvoir statuer dans le délai qui lui est imparti. (Civ 1 ere 27 février 2013 n°1127273).
En l'espèce la décision doit être rendue avant le 22 avril 2026, or il ressort du communiqué du barreau que la grève est prévue pour durer, au moins dans un premier temps, jusqu' au 27 avril 2026 inclus, date à laquelle une assemblée générale est d'ores et déjà prévue et dont l'ordre du jour consistera à envisager les modalités de la poursuite du mouvement.
En conséquence au regard de l'obstacle insurmontable constitué par l'impossibilité de statuer dans le délai prévu par la loi, il ne sera pas fait droit à la demande de renvoi et l'affaire sera examinée sans avocat.
Sur la recevabilité de l'appel :
Aux termes de l'article R. 3211-18 du Code de la santé publique, le délai d'appel est de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance.
Selon l'article R. 3211-19 dudit Code, le premier président ou son délégué est saisi par une déclaration d'appel motivée transmise par tout moyen au greffe de la cour d'appel et la déclaration est enregistrée avec mention de la date et de l'heure.
En l'espèce, Mme [E] a formé le 10 avril 2026 un appel de la décision du magistrat en charge du contentieux des hospitalisations sous contrainte du tribunal judiciaire de Nantes du 02 avril 2026.
Cet appel, régulier en la forme, sera donc déclaré recevable.
Sur la régularité de la procédure :
La saisine du juge prévue par l'article L. 3211-12-1 du Code de la santé publique doit être accompagnée des avis et pièces tel que prévu par les articles R. 3211-12, -24 et -26 du même code afin de permettre au juge judiciaire de contrôler la régularité des décisions administratives et le cas échéant de statuer sur leur contestation.
Aux termes de l'article L. 3216-1 du Code de la Santé publique, la régularité des décisions administratives peut être contestée devant le juge, et en cas d'irrégularité, celle-ci n'entraîne la mainlevée de la mesure que s'il en est résulté une atteinte aux droits de la personne qui en faisait l'objet.
En l'espèce, il ressort des avis et pièces mentionnés dans l'exposé des faits et de la procédure que celle-ci est contestée.
Sur la caractérisation de l'urgence et du risque grave d'atteinte à l'intégrité de la personne :
Aux termes de l'article L. 3212-1 du Code de la santé publique, ' une personne atteinte de troubles mentaux ne peut faire l'objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d'un établissement mentionné à l'article L. 3222-1 que lorsque les deux conditions suivantes sont réunies :
1° Ses troubles mentaux rendent impossible son consentement ;
2° Son état mental impose des soins immédiats assortis soit d'une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d'une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous la forme mentionnée au 2° du I de l'article L. 3211-2-1.
Le directeur de l'établissement prononce la décision d'admission (notamment) lorsqu'il a été saisi d'une demande présentée par un membre de la famille du malade ou par une personne justifiant de l'existence de relations avec le malade antérieures à la demande de soins et lui donnant qualité pour agir dans l'intérêt de celui-ci, à l'exclusion des personnels soignants exerçant dans l'établissement prenant en charge la personne malade. Lorsqu'elle remplit les conditions prévues au présent alinéa, la personne chargée, à l'égard d'un majeur protégé, d'une mesure de protection juridique à la personne peut faire une demande de soins pour celui-ci .
L'article L. 3212-1 du Code de la santé publique dispose encore que ' la décision d'admission [à la demande d'un tiers] est accompagnée de deux certificats médicaux circonstanciés datant de moins de quinze jours, attestant que les conditions prévues aux 1° et 2° du I du présent article sont réunies.
Le premier certificat médical ne peut être établi que par un médecin n'exerçant pas dans l'établissement accueillant le malade ; il constate l'état mental de la personne malade, indique les caractéristiques de sa maladie et la nécessité de recevoir des soins. Il doit être confirmé par un certificat d'un second médecin qui peut exercer dans l'établissement accueillant le malade .
L'article L. 3212-3 dudit Code prévoit qu' ' en cas d'urgence, lorsqu'il existe un risque grave d'atteinte à l'intégrité du malade, le directeur d'un établissement mentionné à l'article L. 3222-1 peut, à titre exceptionnel, prononcer à la demande d'un tiers l'admission en soins psychiatriques d'une personne malade au vu d'un seul certificat médical émanant, le cas échéant, d'un médecin exerçant dans l'établissement. Dans ce cas, les certificats médicaux mentionnés aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 3211-2-2 sont établis par deux psychiatres distincts .
En l'espèce Mme [E] tout en indiquant qu'elle n'avait plus de contact avec sa soeur, explique qu'elle l'avait appelée car elle attendait du soutien de sa famille, dès lors il n'existe aucun élément tangible permettant de douter de la qualité de Mme [K] et de son souhait d'agir pour le bien de sa soeur.
L'hospitalisation de Mme [E] est fondée sur un certificat médical du Dr.[C] [G] lequel a clairement écrit que le péril imminent était directement lié aux troubles du jugement et à la désinhibition ainsi qu'au syndrôme de désorganisation.
De plus le certificat des 24 h décrit des troubles importants : instabilité psychomotrice majeure, désorientée dans le temps et l'espace, discours riche et décousu, propos délirants, hallucinations visuelles et auditives, insomnie massive, agitation, traduisant une décompensation psychotique aigüe ce qui a même contraint l'établissement de soins à préconiser un passage en chambre de soins intensifs comme en témoigne le certifcat dit des 72 h.
Ces éléments permettent d'établir que la procédure des soins à la demande d'un tiers en urgence pouvait se justifier.
Le moyen soulevé, inopérant, sera écarté.
Sur le fond :
Aux termes du I de l'article L. 3212-1 du Code de la santé publique, « une personne atteinte de troubles mentaux ne peut faire l'objet de soins psychiatriques sur la décision du directeur d'un établissement mentionné à l'article L. 3222-1 du même code que lorsque les deux conditions suivantes sont réunies : 1° Ses troubles mentaux rendent impossible son consentement ; 2° Son état mental impose des soins immédiats assortis soit d'une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d'une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous la forme mentionnée au 2° de l'article L. 3211-2-1 ».
Il convient de rappeler, qu'en application de l'article L3212-1 I du Code de la santé publique, le juge statue sur le bien fondé de la mesure et sur la poursuite de l'hospitalisation complète au regard des certificats médicaux qui lui sont communiqués, sans substituer sa propre appréciation des troubles psychiques du patient et de son consentement aux soins, à celle des médecins.
Il ressort de ce qui précède que Mme [E] relevait d'une hospitalisation en soins contraints en urgence et il est établi par le certificat de situation en date du 14 avril 2026 du Dr [Z] [I] laquelle a décrit la persistance d'une accélération du cours de la pensée, que la patiente jugeait habituelle, une rationnalisation des propos tenus ainsi que des troubles du comportement, une irritabilité. Il persiste des éléments de persécution dans son discours, notamment à l'encontre de son ex-conjoint et de sa soeur. Elle exprime un déni complet de tous les symptômes qu'elle a présentés. Elle exprime aussi son désaccord concernant la nécessité de traitement malgré les explications médicales en ce sens.