MOTIFS :
La société Haussmann Famille fonde ses demandes sur l'article 1641 du code civil aux termes duquel, « le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l'usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise, ou n'en aurait donné qu'un moindre prix, s'il les avait connus ».
Elle soutient que le 26 août 2019, lors de la mise en bouteille, elle a prélevé six bouteilles et a constaté une inhabituelle difficulté d'extraction des bouchons. Elle indique qu'elle a, le lendemain, sollicité l'arrêt de la production, puis demandé le blocage des conteneurs destinés à être embarqués pour la Chine ; qu'en accord avec la société Cordier Excel Trilles, le 27 août 2019, la mise en bouteille avec le lot de bouchons n° 1932 a été arrêtée et reprise avec un autre lot de bouchons n° 1934 ; que la société Cordier Excel Trilles lui a ensuite assuré de la conformité des autres lots, de sorte que les marchandises ont été expédiées vers la Chine, mais qu' elle a néanmoins fait réaliser un rapport d'expertise amiable le 6 septembre 2019, qui a confirmé des « forces d'extraction extrêmement élevées bien au-delà de la norme professionnelle » pour certaines bouteilles », et que dans cette situation, elle a décidé de faire revenir les 130 000 bouteilles en cours d'acheminement vers la Chine.
La société Cordier Excel Trilles lui oppose que le vice était apparent, puisque le défaut d'extraction des bouchons a été constaté dès le 26 août 2019 par la société Haussmann Famille elle-même mais que cette dernière a malgré tout décidé de poursuivre la production et de faire expédier les bouteilles vers la Chine. Elle ajoute qu'en toute hypothèse, il ne résulte nullement du rapport d'expertise judiciaire que le vin ou les bouteilles elles-mêmes seraient impropres à leur usage.
La société Amorim France fait valoir pour sa part que l'expert judiciaire n'a en réalité constaté aucun désordre, un tel désordre ne pouvant consister dans des difficultés d'extraction pour seulement 8 % des bouteilles ; que les vins sont loyaux et marchands, et qu'en tout état de cause le vin peut être récupéré. Elle ajoute que la norme NF B 57 101 invoquée lors des opérations d'expertise judiciaire n'est pas adaptée à la situation puisqu'elle est simplement une norme de méthode d'essais mécaniques et physiques des bouchons de liège, et non pas une norme d'extraction des bouchons sur des bouteilles. Elle indique que les bouteilles sont parfaitement commercialisables, de sorte que le produit n'était pas impropre à l'usage auquel il était destiné, et que la société Haussmann Famille avait parfaitement connaissance de la situation de sorte que s'il y avait un vice, il ne serait pas caché, la société Haussmann Famille n'ayant en outre jamais demandé l'arrêt de la mise en bouteille.
SUR CE, la cour
En premier lieu, la société Haussmann Famille soutient à bon droit que si elle a elle-même effectivement constaté lors des opérations de mise en bouteille, le 26 août 2019, des difficultés dans le débouchage de certaines bouteilles, difficultés qui ont donné lieu immédiatement à des échanges et à discussions avec la société Cordier Excel Trilles, et si les expertises amiables qui ont ensuite été réalisées ont confirmé l'existence de ces difficultés, ce n'est que
par les résultats de l'expertise judiciaire qu'elle a connu précisément le vice
allégué dans son ampleur, notamment au regard du taux de « débouchage forcé » déterminé par l'expert judiciaire.
En second lieu, il ressort du rapport d'expertise judiciaire, fruit d'un travail sérieux, circonstancié et techniquement étayé, qu'au débouchage des bouteilles, l'expert a constaté (p.20) :
- 17,3 % de débouchage très aisé,
- 52,7 % de débouchage dit normal,
- 22 % de débouchage avec accroche
- 8 % de débouchage forcé.
L'expert judiciaire a indiqué que « les forces d'extraction anormalement élevées majoritairement sur le lot 1932 A entouré confirm[ent] un problème de qualité des bouchons livrés » (p.23).
Il a cependant conclu au final (p. 25) que « devant les résultats des contrôles réalisés par le laboratoire ICV et malgré des débouchages majoritairement estimés normaux, certains utilisateurs pourraient avoir des difficultés au débouchage par manque d'expérience, ou par manque de force, ou à cause d'un tire-bouchon non adapté ».
L'expert judiciaire a par ailleurs également constaté (p.20) que 100 % des bouteilles ont été dégustées sans défaut, et que « les bouteilles de vin faisant l'objet du litige contiennent des vins qui, après dégustation du 9 décembre 2021, ne présentnte pas d'altération sensorielle.
A cette date, les vins sont loyaux et marchands, conformes à ce qu'il est raisonnable d'attendre de ce type de produit » (p.25).
Il en résulte dès lors, comme des constatations des rapports d'expertise amiables, contradictoires ou non, que si certaines bouteilles présentent un certain degré de difficulté au débouchage, celui-ci est dans tous les cas possible, rendu seulement plus difficile pour une part mineure, de manière conditionnelle et nullement insurmontable, de sorte que les bouteilles de vin litigieuses ne sont pas impropres à leur usage au sens de l'article 1641 précité.
En conséquence, la société Haussmann Famille sera encore déboutée de l'intégralité de ses demandes dirigées contre la société Cordier Excel Trilles, et les demandes en garantie formées par cette dernière contre la société Amorim France ne peuvent dès lors prospérer.
Le jugement sera confirmé par substitution des présents motifs à ceux des premiers juges.