Se connecter Inscription gratuite
Justiweb – Assistant juridique IA

Cour de cassation, 1ère chambre civile, 6 mai 2026 — n° 24-21.876

Rejet Publication : b ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:C100301

Synthèse de la décision

Question juridique

Dans quelle mesure un traité bilatéral d'investissement peut-il être interprété sans recourir à d'autres règles du droit international public en cas de silence sur la double nationalité des investisseurs ?

Principe retenu

Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.

Faits clés

  • Existence d'un traité bilatéral d'investissement entre deux Etats
  • Stipulations claires délimitant le champ d'application du traité
  • Silence du traité concernant la double nationalité des investisseurs
  • Absence d'intention explicite des Etats-parties sur ce point

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 27 juin 2023), rendu sur renvoi après cassation (1re Civ., 1er décembre 2021, pourvoi n° 20-16.714) M. [P] [W] et sa fille, Mme [P] [Y] (les consorts [P]) indiquent avoir acquis, en 2001 et 2006, de Mmes [V] et [A] [P] les parts de deux sociétés vénézuéliennes, Transporte Dole et Alimentos Frisa. 2. Les consorts [P], qui n'ont respectivement retrouvé et acquis la nationalité espagnole qu'en 2004 et 2003, ont introduit en 2012 une procédure d'arbitrage à l'encontre de la République bolivarienne du Venezuela sur le fondement des dispositions concernant le règlement des différends du Traité bilatéral pour la promotion et la protection réciproque des investissements, conclu entre le Royaume d'Espagne et la République bolivarienne du Venezuela le 2 novembre 1995 (le TBI). 3. La sentence sur la compétence rendue à Paris le 15 décembre 2014 a fait l'objet d'un recours en annulation par la République bolivarienne du Venezuela.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 6. En matière de protection des investissements transnationaux, le consentement de l'État à l'arbitrage procède de l'offre permanente d'arbitrage formulée dans un traité, adressée à une catégorie d'investisseurs que ce traité délimite pour le règlement des différends touchant aux investissements qu'il définit. 7. Conformément au droit international coutumier, tel que reflété par les articles 31 et 32 de la Convention de Vienne sur le droit des traités du 23 mai 1969, un traité doit être interprété de bonne foi suivant le sens ordinaire à attribuer à ses termes dans leur contexte, et à la lumière de son objet et de son but. Aux fins d'interprétation, il peut être fait appel à des moyens complémentaires d'interprétation en vue, soit de confirmer le sens résultant de l'application de l'article 31 précité, soit de déterminer le sens lorsque l'interprétation donnée conformément à l'article 31, laisse, notamment, le sens ambigu ou obscur. 8. En présence de stipulations rédigées en termes clairs permettant de délimiter le champ d'application d'un traité bilatéral d'investissement, lequel constitue une loi spéciale (lex specialis) entre les Etats-parties, il ne peut être fait appel à d'autres règles du droit international public, et notamment celles propres à la protection diplomatique pour combler le silence du traité sur l'incidence de la double nationalité des investisseurs, sauf à ce que soit établie l'intention des Etats-parties en ce sens. 9. Après avoir relevé, d'abord, que l'article I.1 du TBI retient pour seule exigence le fait pour l'investisseur d'avoir la nationalité d'une des parties contractantes en vertu de leur loi nationale et que le sens ordinaire attribué aux termes employés par ce texte n'exclut pas la possibilité pour l'intéressé d'avoir également la nationalité de l'État sur le territoire duquel l'investissement est réalisé, ensuite, que les règles générales d'interprétation de la Convention de Vienne du 23 mai 1969, qui s'imposent au juge français au titre de la coutume du droit international, ne conduisent pas à distinguer là où le texte ne distingue pas et que l'objet et le but du traité, qui vise à créer des conditions favorables pour les investissements réalisés par les investisseurs de chacune des parties contractantes dans le territoire de l'autre afin de renforcer la coopération économique au bénéfice réciproque des deux pays, n'excluent pas davantage l'investisseur binational de la protection instituée par le traité, l'arrêt, qui a également pris en compte le contexte tenant aux travaux préparatoires ayant présidé à la signature de cette convention et la nature de l'arbitrage offert aux parties, retient que les termes comme l'économie générale du TBI sont dénués d'ambiguïté sur le fait que les parties contractantes n'ont pas entendu réserver un sort particulier aux binationaux en les écartant du bénéfice de sa protection. 10. De ces constatations et appréciations souveraines, la cour d'appel a exactement déduit que l'interprétation du TBI ne pouvait conduire à exclure les binationaux de son champ d'application, sauf à ajouter au texte une condition qui n'avait pas été stipulée, et qu'il n'y avait donc pas lieu de recourir aux règles propres à la protection diplomatique et de se livrer à une appréciation sur la nationalité dominante et effective de l'investisseur, pour admettre la compétence du tribunal pour connaître du différend opposant les parties. 11. Le moyen n'est fondé en aucune de ses branches.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne la République bolivarienne du Venezuela aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par la République bolivarienne du Venezuela et la condamne à payer à M. [P] [W] et Mme [P] [Y] la somme globale de 5 000 euros ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé publiquement le six mai deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile et signé par Mme Champalaune, présidente, Mme Tréard, conseillère rapporteure et Mme Babut, greffière de chambre, qui a assisté au prononcé de l'arrêt, conformément aux dispositions des articles 452, 456 et 1021 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Comment interpréter un traité bilatéral d'investissement en cas de silence sur la double nationalité ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.
Quelles sont les conséquences d'un silence dans un traité d'investissement ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.
Peut-on invoquer d'autres règles internationales pour interpréter un traité bilatéral ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.
Quel est le rôle de l'intention des Etats-parties dans l'interprétation d'un traité ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.
Comment la double nationalité des investisseurs est-elle traitée dans les traités bilatéraux ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.
Qu'est-ce qu'un traité bilatéral d'investissement ?
Un traité bilatéral d'investissement, en tant que loi spéciale, doit être interprété selon ses stipulations claires. Les règles du droit international public ne peuvent être invoquées pour combler un silence du traité, sauf preuve de l'intention des Etats-parties.

Une question similaire ? Posez-la à Justiweb

Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.

Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif. Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique, consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.