MOTIFS
En application des dispositions de l'article 954 du code de procédure civile, la cour ne statue que sur les prétentions énoncées au dispositif des dernières conclusions des parties. La cour ne statue pas sur des demandes indéterminées, trop générales ou non personnalisées, qui relèvent parfois de la reprise dans le dispositif des conclusions d'une partie de l'argumentaire contenu dans les motifs. Ainsi, la cour ne statue pas sur les demandes de constat, de donner acte ou de rappel de textes qui ne correspondent pas à des demandes précises, exécutables ou exécutoires.
Sur la demande de la carte mobilité inclusion
En application des dispositions des articles L241-3, R241-12 à R241-15 du code de l'action sociale et des familles, dans leurs versions ne vigueur à la date du présent litige, la carte mobilité inclusion confère aux personnes handicapées des avantages essentiellement destinés à faciliter l'accomplissement de certains actes ou démarches dans l'espace public, notamment les déplacements.
Il existe trois catégories distinctes de carte mobilité inclusion, chacune étant assortie d'une mention : 'invalidité', 'priorité' et 'stationnement'. Les conditions d'octroi de chacune de ces trois cartes diffèrent.
La mention " invalidité " est attribuée à toute personne dont le taux d'incapacité permanente est au moins de 80 % ou aux invalides qui, étant absolument incapables d'exercer une profession, sont, en outre, dans l'obligation d'avoir recours à l'assistance d'une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie. Cette mention permet notamment d'obtenir une priorité d'accès aux places assises dans les transports en commun, dans les espaces et salles d'attente ainsi que dans les établissements et les manifestations accueillant du public, tant pour son titulaire que pour la personne qui l'accompagne dans ses déplacements. Elle permet également d'obtenir une priorité dans les files d'attente. Cette disposition doit être rappelée par un affichage clair et visible dans les lieux dans lesquels ce droit s'exerce.
La mention " priorité " est attribuée à toute personne atteinte d'une incapacité inférieure à 80 % rendant la station debout pénible. Elle permet d'obtenir une priorité d'accès aux places assises dans les transports en commun, dans les espaces et salles d'attente ainsi que dans les établissements et les manifestations accueillant du public. Elle permet également d'obtenir une priorité dans les files d'attente.
La carte mobilité inclusion est attribuée à compter de la date de la décision du président du conseil départemental. En cas de renouvellement des droits, la carte est attribuée à compter de la date de la demande ou de la date de fin de validité des droits si cette date est postérieure à la demande.
La carte mobilité inclusion peut être attribuée à titre définitif ou à durée déterminée, dans ce cas cette dernière ne peut être inférieure à un an, ni excéder vingt ans.
La carte mobilité inclusion mention ' invalidité ' est attribuée sans limitation de durée à toute personne qui présente un taux d'incapacité permanente d'au moins 80 % et dont les limitations d'activité ne sont pas susceptibles d'évolution favorable, compte tenu des données de la science. Un arrêté du ministre chargé des personnes handicapées fixe les modalités d'appréciation de ces situations.
L'évaluation doit être réalisée à la date de la demande, au vu des éléments médicaux contemporains de celle-ci.
En l'espèce, Mme [L] soutient que son état de santé est suffisamment handicapant pour prétendre à la carte mobilité inclusion et pour qu'on lui reconnaisse la station debout pénible. Elle fait valoir ses difficultés de déplacements nécessitant d'être debout de manière prolongée du fait de son ulcère à la jambe, d'un problème d'hernie discale, outre un diabète et deux infarctus en 2017 et 2019.
La MDPH du Puy-de-Dôme soutient que l'aggravation de l'état de santé de Mme [L], postérieure à sa demande du 19 mars 2021, ne peut être prise en compte pour apprécier ses droits à cette date. Elle expose que le certificat médical du 18 mars 2021 ayant servi à l'évaluation de la situation de Mme [L] par l'équipe pluridisciplinaire ne mentionne pas de station debout pénible et fait état d'un périmètre de marche de 2 kilomètres sans aide technique ni humaine. Elle considère qu'au moment de l'évaluation, les problèmes de Mme [L] ne présentaient pas de limitation de son autonomie et qu'il n'y avait pas d'abolition de fonction. Elle relève en revanche qu'au moment du recours, le périmètre de marche de Mme [L] a été réévalué à 200 mètres sans aide humaine et qu'en raison des certificats médicaux produits établissant des séquelles dues à la station debout prolongé, son état de santé a justifié la décision du 18 octobre 2022 de lui octroyer pour deux ans la carte mobilité inclusion mention « priorité ».
Il ressort des pièces produites que :
Mme [L] a déposé, le 19 mars 2021, à l'accueil de la MDPH du Puy-de-Dôme un formulaire, enregistré par la MDPH le 8 septembre 2021, aux termes duquel Mme [L] a demandé « un renouvellement de ses droits à l'identique, estimant que sa situation n'avait pas changé ». Elle a alors déclaré exercer l'activité professionnelle d'aide à domicile en CDI depuis le 7 juin 2019 et que les difficultés liées à son handicap étaient deux infarctus depuis 2016. Il a été joint à ce formulaire un courrier du service médical de l'assurance maladie aux termes duquel le médecin conseil a informé le Dr [S] que suite à un examen de sa patiente Mme [L], effectué le 16 septembre 2020, il a émis un avis défavorable à la prescription d'arrêt de travail du Dr [S] au motif que l'état de Mme [L] est « stabilisé et relève d'une invalidité catégorie 1 à compter du 1er novembre 2020 ».
Il ressort de la notification du 16 mars 2022, que la MDPH du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de Mme [L] d'attribution d'une CMI mention « invalidité » ou « priorité ». La MDPH a informé Mme [L] qu'après évaluation, il lui est reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 % et 79 %, déterminé en application du guide barème pour l'évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées (annexe 2-4 du code de l'action sociale et des familles) et que l'équipe d'évaluation ne lui a pas reconnu la station debout pénible.
Mme [L] produit un compte rendu de Doppler de sa jambe droite établi le 3 janvier 2022 par le Dr [D] [T], angiologue qui mentionne en conclusion de son examen : « pas d'anomalie vasculaire très significative, minime reflux poplité séquellaire, poursuivre la contention 2 simple (pas d'urgo K2 qui ne semble pas pouvoir améliorer), essai de prélèvement local en attendant la consultation dermatologique ». Elle produit aussi un certificat médical du 30 mars 2022 du Dr [E], médecin remplaçant le Dr [Q], qui certifie que Mme [L] « présente même après la cicatrisation de son ulcère veineux à la jambe droite des douleurs neuropathiques résistantes au traitement. Ces douleurs lui sont particulièrement douloureuses lorsqu'elle est en position debout de manière prolongée. »
Dans son rapport, le Dr [X] indique avoir examiné Mme [L] le 6 avril 2023. L'expert mentionne notamment : « le certificat de demande MDPH du 18 mars 2021 du Dr [A] et les documents médicaux étudiés mentionnent que Mme [L] souffrait, à cette période, d'un ulcère veineux chronique du membre inférieur droit évoluant depuis 2016. Elle avait subi des infarctus du myocarde en 2016 et 2019 traités notamment par pose de stents. Toutes ces affections lui occasionnaient des douleurs à la marche et une dyspnée stade 2 (périmètre de marche limitée à 2 km). Mme [L] était astreinte à un traitement par Kardégic, Atorvastatine, Bisoce, avait des pansements quotidiens par une infirmière à domicile, un suivi cardiologique annuel. Le certificat du Dr [A] ne fait pas mention d'aide pour les actes essentiels de la vie, ni les courses ou la préparation des repas .../...