Cour d'appel, retentions, 13 mai 2026 — n° 26/03656
Synthèse de la décision
Question juridique
La décision de prolongation de la rétention administrative d'un étranger est-elle justifiée en l'absence de circonstances nouvelles ?
Principe retenu
La prolongation de la rétention administrative d'un étranger doit être justifiée par des éléments nouveaux de fait ou de droit. En l'absence de tels éléments, la décision de prolongation peut être confirmée.
Faits clés
- M. [U] [H] a été condamné à une interdiction du territoire français pendant cinq ans.
- Le préfet du Puy-de-Dôme a ordonné le placement de M. [U] [H] en rétention administrative.
- M. [U] [H] a contesté la régularité de sa rétention administrative.
- Le juge a prolongé la rétention administrative pour une durée de 26 jours.
- M. [U] [H] a interjeté appel de l'ordonnance de prolongation.
Articles cités
article L.342-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.342-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.743-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.741-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme
Dispositif
Déclarons recevable l'appel formé par [U] [H],
Confirmons l'ordonnance déférée.
Le greffier, La conseillère déléguée,
Insaf NASRAOUI Perrine CHAIGNE
Exposé du litige
FAITS ET PROCÉDURE
Une décision du tribunal correctionnel de Lyon en date du 3 mars 2026 a condamné [U] [H] à une interdiction du territoire français pendant cinq ans.
Le 7 mai 2026, le préfet du Puy-de-Dôme a ordonné le placement d'[U] [H] en rétention dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire afin de permettre l'exécution de la mesure d'éloignement à compter du 7 mai 2026.
Par requête en date du 9 mai 2026 réceptionnée par le greffe et enregistrée le même jour à 15h22, [U] [H] a contesté la régularité de la décision de placement en rétention administrative.
Par requête en date du 10 mai 2026 réceptionnée par le greffe et enregistrée le même jour à 15 heures 02, l'autorité administrative a saisi le juge du tribunal judiciaire de Lyon aux fins de prolonger la rétention administrative d'[U] [H] pour une durée de 26 jours.
Dans son ordonnance du 11 mai 2026 à 16 heures 10, le juge du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la jonction des procédures, a déclaré recevable la requête d'[U] [H] , déclaré la décision prononcée à son encontre régulière, déclaré la requête en prolongation de la rétention administrative d'[U] [H] recevable et ordonné la prolongation de sa rétention dans les locaux du centre de rétention administrative de [Etablissement 1] pour une durée de vingt-six jours.
Par déclaration au greffe le 12 mai 2026 à 09 heures 53, [U] [H] a interjeté appel de cette ordonnance dont il demande l'infirmation outre sa mise en liberté aux visas des articles L 741-6 et L 741-1 du CESEDA et de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en reprenant les moyens soumis au premier juge relatif à l'insuffisance de motivation et au défaut d'examen individuel et sérieux de la situation du retenu, à l'atteinte à la vie privée et familiale du retenu et à l'erreur manifeste d'appréciation de la menace pour l'ordre public.
Par courriel adressé le 12 mai 2026 à 10 heures 21 les parties ont été informées que le magistrat délégué par le premier président envisageait de faire application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 743-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et les a invitées à faire part, le 13 mai 2026 à 9 heures au plus tard, de leurs observations éventuelles sur l'absence de circonstance nouvelle de fait ou de droit depuis le placement en rétention administrative, ou sur l'absence d'éléments fournis à l'appui de la requête d'appel permettant de justifier qu'il soit mis fin à la rétention.
Motivations de la décision
MOTIVATION
L'appel d' [U] [H] relevé dans les formes et délais légaux prévus par les dispositions des articles L. 743-21, R. 743-10 et R. 743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) est déclaré recevable.
Aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 743-23 du CESEDA, le premier président ou son délégué peut, lorsqu'il est saisi d'un appel contre une décision rendue par le juge du tribunal judiciaire dans les cas prévus aux articles L. 741-10 et L. 742-8, rejeter la déclaration d'appel sans avoir préalablement convoqué les parties s'il apparaît qu'aucune circonstance nouvelle de fait ou de droit n'est intervenue depuis le placement en rétention administrative ou son renouvellement, ou que les éléments fournis à l'appui de la demande ne permettent manifestement pas de justifier qu'il soit mis fin à la rétention.
Sur le moyen tiré de l'absence de motivation de l'ordonnance du JLD sur la question de l'examen d'office de tous moyens susceptibles d'emporter la mainlevée de la rétention.
[U] [H] soutient au visa d'un arrêt rendu par la cour de justice de l'union européenne le 8 novembre 2022 que le juge judiciaire doit relever d'office tout moyen tendant à mettre fin à la rétention administrative et qu'il ne ressort pas de la motivation de l'ordonnance du JLD qu'il a procédé à l'examen d'office de tous moyens susceptibles d'emporter la mainlevée de la rétention.
Il convient de rappeler que la CJUE a uniquement rappelé solennellement dans cette décision que le contrôle de la légalité de la rétention administrative devait pouvoir être exercé à tout moment par le juge judiciaire, à charge pour lui, le cas échéant, de relever d'office une illégalité relevant de son pouvoir d'appréciation et découlant de l'application du droit de l'union mais ne fait nullement obligation au juge des libertés et de la détention de relever d'office toute violation des formes prévues par la loi à peine de nullité.
En l'espèce, le premier juge n'a pas spécialement motivé son ordonnance sur ce point mais n'était pas obligé conformément à la jurisprudence susvisée.
Ce moyen est en conséquence inopérant.
Sur les moyens de fond tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté de placement en rétention, du défaut d'examen individuel et sérieux de la situation du retenu, d'une erreur manifeste d'appréciation de ses garanties de représentation, du caractère disproportionné de son placement en rétention administrative et d'un défaut d'examen individuel et sérieux de sa situation de vulnérabilité.
La requête d'appel d'[U] [H] est une réplique au mot près de la requête en contestation déposée devant le premier juge en ce qu'elle a repris exactement les mêmes termes s'agissant des moyens soulevés. Elle ne comprend aucune pièce nouvelle ;
Par ailleurs l'appelant n'apporte aucune critique à l'ordonnance déférée et à la motivation retenue par le premier juge sauf à indiquer que le retenu bénéficie d'un suivi médical et qu'aucune fiche de vulnérabilité n'a été régularisée alors qu'il ressort des éléments du dossier comme l'a pertinemment relevé le premier juge que le médecin qui l'a examiné le 7 mai 2026 a jugé son état de santé compatible avec une mesure de placement en rétention administrative et à formuler son désaccord sur son analyse en relevant appel et en sa remise en liberté en indiquant que le principe d'assignation à résidence n'aurait pas été respecté alors d'une part que le retenu n'a pas remis en original aux autorités compétentes son passeport et ne dispose pas d'une adresse stable en France contrairement à ce qu'il affirme.
En l'absence de moyen nouveau et d'une discussion de leur contenu, les motifs particulièrement clairs, circonstanciés, complets et pertinents développés par le premier juge sont adoptés purement et simplement ;
En conséquence, ces moyens seront rejetés.
Il y a lieu en conséquence de considérer que les éléments invoqués par [U] [H] ne permettent pas de justifier qu'il soit mis fin à sa rétention administrative tandis qu'il n'invoque ni ne justifie d'aucune circonstance nouvelle de droit ou de fait depuis son placement en rétention.
Son appel doit dès lors être rejeté sans audience et l'ordonnance entreprise est confirmée.
PAR CES MOTIFS
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