SUR CE,
La société Eden Lux étant un société de droit luxembourgeois et étant située au Luxembourg elle bénéficie d'un délai de deux mois supplémentaires pour faire appel. Dès lors, en adressant son recours à l'encontre de la décision du Bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris du 31 juillet 2025 par lettre recommandée avec accusé de réception du 17 septembre 2025, la société Eden Lux a agi dans le délai de trois mois imparti et son recours sera déclaré recevable au regard des dispositions de l'article 176 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat.
Sur la demande d'annulation de la décision du bâtonnier du 31 juillet 2025
La société Eden Lux fonde sa demande sur les dispositions de l'article 175 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat et sur les dispositions de l'article 447 du code de procédure civile au motif que le Bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris a convoqué les parties devant M. Antoine Genty, rapporteur désigné alors que la décision a été rendue par le bâtonnier qui, n'ayant pas été présent aux débats, ne pouvait statuer.
En l'espèce, l'article 175 du décret du 27 novembre 1991 concernant le rôle du bâtonnier à la suite d'une réclamation relative au contentieux des honoraires d'avocat dispose notamment que' ... Le bâtonnier ou le rapporteur qu'il désigne, recueille préalablement les observations de l'avocat et de la partie. Il prend sa décision dans les quatre mois...' ce dont il se déduit qu'aucune disposition n'impose explicitement que ce soit celui qui a entendu les parties qui prenne la décision.
En conséquence, la société Eden Lux sera déboutée de sa demande d'annulation de la décision du 31 juillet 2025.
Sur le fond
Il convient de rappeler que la procédure de recours contre les décisions du bâtonnier en matière d'honoraires est une procédure spéciale régie par les articles 174 et suivants du décret précité qui nes'applique qu'aux contestations relatives au montant et au recouvrement des honoraires des avocats.
Il en résulte que le bâtonnier et, sur recours, le premier président ou son délégataire, n'ont pas à connaître, même à titre incident, de la responsabilité de l'avocat à l'égard de son client résultant d'un manquement à son devoir d'information sur les conditions de sa rémunération ou, plus généralement, à son obligation de conseil.
Dès lors, si la société Eden Lux estime que l'Eurl Alan a manqué à son obligation de conseil, il lui appartient de saisir le juge de droit commun au titre de ce manquement.
En application des dispositions des articles 174 et suivants du décret n° 91-1117 du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat, de l'article 10 de la loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques tel que modifié par la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 et les articles 10 et suivants du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats, sauf en cas d'urgence ou de force majeure ou lorsqu'il intervient au titre de l'aide juridictionnelle totale ou de la troisième partie de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, l'avocat conclut par écrit avec son client une convention d'honoraires qui précise, notamment, le montant ou le mode de détermination des honoraires couvrant les diligences prévisibles ainsi que les divers frais et débours envisagés, sachant que les honoraires tiennent compte, selon les usages, de la situation de fortune du client, de la difficulté de l'affaire, des frais exposés par l'avocat, de sa notoriété et des diligences de celui-ci.
Toutefois l'absence de convention d'honoraires ne prive pas l'avocat du droit de percevoir des honoraires pour ses diligences, dès lors que celles-ci sont établies, honoraires qui doivent être fixés selon les critères définis à l'article 10 alinéa 2 de la loi du 31 décembre 1971 tel que modifié par la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, c'est-à-dire en tenant compte, selon les usages, de la situation de fortune du client, de la difficulté de l'affaire, des frais exposés par l'avocat, de sa notorité et des diligences de celui-ci.
Sur l'existence et la régularité des lettres de mission
En l'espèce, figurent dans la procédure deux lettres de mission signées entre les gérants de la société Eden Lux et l'AARPI [Q] Manzo Pichot Saint Quentin, représentée par Me [T] [Q], agissant en tant que représentant de la société Alan Sarl, associée de l'AARPI, à savoir :
- une lettre de mission du 27 janvier 2022 signée électroniquement le 3 juin 2022 par les deux gérants de la société Eden Lux concernant l'avis de rectification émis par les services fiscaux pour un montant de 5,893 millsions d'euros au terme de laquelle :
- Me [Q] sera en charge du dossier,
- la mission de l'avocat est, notamment, de négocier avec l'administration fiscale incluant un rendez-vous avec le supérieur hiérarchique, un recours devant le Comité des abus de droit et si nécessaire un recours devant le tribunal administratif,
- il est proposé un budget ainsi libellé:
'rédaction de nos commentaires à l'avis d'imposition fournissant nos arguments contestant la position de l'administration fiscale française entre 18.000 et 23.000 € (hors TVA et débours),
- négociation avec l'administration fiscale française y compris la rencontre avec le supérieur hiérarchique: entre 8.000 € et 21.000 € (hors TVA et débours)
- un honoraire de résultat sera appliqué en cas de succès: l'honoraire de résultat sera égal à 10% HT des sommes (principal, pénalités et intérêts) qui seraient déchargées par l'administration fiscale française.
Le montant de l'honoraire fixe sera déduit du montant de l'honoraire de résultat le cas échéant'
- les taux horaires applicables sont les suivants :
** 650 € pour l'associé principal,
** 450 € pour le collaborateur,
** de 400 à 250 € pour les avocats entre 7ème et 1ère année d'expérience,
** 150 € pour les stagiaires.
Il est mentionné que les honoraires et frais seront versés sur le compte CARPA de l'AARPI.
Une seconde lettre de mission concernant l'avis d'imposition d'un montant de 7,5 millions d'euros auxquels s'ajoutent 3,2 millions d'euros de pénalité a été adressée le 10 mai 2022 et signée électroniquement par les deux gérants d'Eden Lux le même jour, soit le 3 juin 2022. Elle comporte des mentions identiques à celles ci-dessus exposées.
S'agissant du moyen soulevé par la société Eden Lux tiré de l'absence de signature des lettres de mission avec la société Alan Sarl, les pièces établissent que Me [T] [Q], en charge du dossier, est associé unique de la société Alan Sarl, associée de la AARPI [Q] Manzo Pichot Saint Quentin.
Il convient de rappeler que l'AARPI ou l'Association d'Avocats à Responsabilité Professionnelle Individuelle est une forme de société d'exercice libéral réservée aux avocats qui permet à ses membres de conserver une responsabilité professionnelle individuelle tout en bénéficiant d'une structure collective pour exercer leur activité.
L'AARPI se caractérise par le fait qu'elle ne dispose pas de la personnalité morale et que les avocats peuvent mutualiser les ressources et leurs moyens. Elle tient une comptabilité qui lui est propre pour les recettes et dépenses communes.
Dès lors, au vu des caractéristiques de l'AARPI et du fait que Me [T] [Q] était en charge du dossier, c'est en toute régularité que les lettres de mission ont été établies par l'AARPI, représentée par la société Alan Sarl et que le cabinet Alan Sarl, a diligenté une procédure devant le bâtonnier et est défendeur au recours lors de la présente procédure.
En conséquence, le moyen soulevé par la société Eden Lux tiré de l'absence de lettres de mission entre elle-même et la Sarl Alan sera rejetée.