MOTIFS :
Le tribunal a estimé que l'inclinaison du mur litigieux avait été déclenchée par l'écoulement de terres en provenance de la propriété de Madame [C] et fortement aggravée par l'état de vétusté du mur et le creusement du trou de la piscine de Madame [S]. Il a jugé que les terres de Madame [C] avaient empiété sur la propriété de Madame [S] et que, en application des dispositions de l'article 545 du code civil, Madame [S] était en droit d'exiger de sa voisine la cessation de cet empiètement, lequel supposait la démolition et la reconstruction du mur.
S'agissant de la propriété du mur litigieux, ce point a été définitivement tranché par l'arrêt devenu définitif de la cour d'appel de Montpellier du 7 février 2019 : le mur appartient exclusivement à Madame [I] [S], la limite séparative des deux fonds se situant au pied du mur du côté de la parcelle de Madame [Y] [C].
S'agissant du devers du mur, l'expert judiciaire, Monsieur [B], considère qu'il est dû à deux facteurs : la vétusté dudit mur et le creusement de la piscine. Il a, dans son rapport, parfaitement répondu à Monsieur [E], expert privé de Madame [I] [S], qui considérait que la poussée des terres du fonds [C] avait produit le devers du mur, en ces termes : « (') les terres de Madame [C] se situent à 1m20 au dessous de la tête du mur et (') la plateforme [S] se situe à 2m60 au-dessous de la tête du mur, plus bas que les terres [C]. Ce n'est donc que sur 1m40 de hauteur qu'il faudrait affecter les problèmes de poussée puisque les 1m20 dominant le terrain de Madame [C] n'interviennent en aucune façon sur cette même poussée. Nous avons indiqué que le mur était très poreux dans sa réalisation et que les poussées de terres qui sont en général amenées par les excès d'eau (rendant fluant le terrain) peuvent être dans le cas précis considérées comme quasi inexistantes puisque cette eau peut filtrer à travers ce mur sur toute la longueur. »
Madame [I] [S] conteste l'analyse de l'expert judiciaire, faisant valoir que ce dernier aurait effectué des constatations approximatives et n'auraient pas exploité certains faits. Elle avance que :
la parcelle de Madame [Y] [C] était plantée de nombreux pins anciens le long du mur litigieux, pins dont les racines ont pu avoir des conséquences sur le mur litigieux,
la piscine du fonds [S] a été construite en 1987, alors que le mur penchait déjà,
Monsieur [U], intervenu en qualité d'expert de Madame [C], est propriétaire de diverses parcelles dans la zone concernée, et ne serait pas impartial,
une seule réunion a été organisée par l'expert judiciaire,
aucune analyse, sondage des sols ou calcul n'a été effectué par l'expert judiciaire.
La lecture du rapport d'expertise judiciaire laisse clairement apparaître que l'expert a effectué un travail sérieux, documenté, et tenant compte des observations des parties. S'il n'a organisé qu'une seule réunion et n'a effectué ou fait effectuer aucune analyse, sondage des sols ou calcul, c'est manifestement que les constatations effectuées sur place lors de la première réunion suffisaient à asseoir son analyse. S'agissant des pins, il a parfaitement évoqué ce sujet et a pu conclure que « ces pins ne sont pas de la qualité ayant des racines de surface mais des racines profondes ne s'étendant pas latéralement » de sorte qu'ils ne peuvent être à l'origine des fissures au niveau de la piscine, précisant que si des racines avaient dû avoir une action sur la piscine éloignée du mur, ce seraient les plages de la piscine au pied du mur qui auraient souffert en premier lieu, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. S'agissant de l'état du mur avant la construction de la piscine, l'expert l'explique parfaitement par la vétusté dudit mur, très ancien, la construction de la piscine ayant accentué un phénomène déjà existant. S'agissant enfin de l'intervention de Monsieur [U], d'une part les éléments du dossier ne laissent en rien apparaître qu'il aurait un quelconque intérêt personnel au présent litige, d'autre part son intervention en qualité de conseil technique de l'une des parties le dispense du devoir absolu d'impartialité incombant à l'expert judiciaire.
Ainsi, contrairement à ce qu'a retenu le tribunal, il apparaît, à la lecture du rapport d'expertise judiciaire, parfaitement argumenté et documenté, et de l'ensemble des pièces versées aux débats que le devers du mur ne résulte pas de la poussée des terres du fonds [C].
Dans ces conditions, la responsabilité de Madame [Y] [C] dans l'état du mur appartenant à Madame [I] [S] ne peut être engagée et le jugement déféré sera infirmé, Madame [I] [S] étant déboutée de ses demandes.
Sur les frais irrépétibles non compris dans les dépens et les dépens
Eu égard à l'issue du litige, le jugement sera infirmé.
Madame [I] [S], qui succombe, sera déboutée de sa demande en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.
Elle sera condamnée aux dépens comprenant les frais d'expertise judiciaire et à payer à Madame [Y] [C] la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article 700 du code de procédure civile.