Cour d'appel, pôle 1 - chambre 11, 29 mai 2026 — n° 26/03045
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de recevabilité d'une demande de recours suspensif par le ministère public dans le cadre d'une décision de remise en liberté ?
Principe retenu
Le ministère public doit respecter des délais stricts et des exigences de notification pour que sa demande de recours suspensif soit recevable. En l'absence de ces conditions, la demande doit être rejetée.
Faits clés
- Le procureur de la République a interjeté appel d'une ordonnance de remise en liberté.
- La demande de recours suspensif a été faite sans joindre l'ordonnance initiale.
- Aucun justificatif de notification de l'appel n'a été fourni par le ministère public.
- Le conseil de l'intéressée n'a pas pu transmettre d'observations en raison de l'absence de notification.
- La demande de suspension a été rejetée pour non-respect des exigences légales.
Articles cités
article L. 342-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article R. 342-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article R. 342-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Dispositif
ORDONNONS la remise immédiate au procureur général d'une expédition de la présente ordonnance.
Fait à [Localité 2] le 29 mai 2026
LE GREFFIER,
LE PRÉSIDENT,
LA PRÉSENTE DÉCISION N'EST PAS SUSCEPTIBLE DE RECOURS.
Exposé du litige
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
COUR D'APPEL DE PARIS
Pôle 1 - Chambre 11
L. 340-1 et suivants du Code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile
ORDONNANCE DU 29 mai 2026
RECOURS SUSPENSIF
( 1 pages)
Numéro d'inscription au numéro général : Q N° RG 26/03045 - N° Portalis 35L7-V-B7K-CNJTA
Décision déférée : ordonnance du 28 mai 2026, à 15h23, du magistrat du siège du tribunal judiciaire de Bobigny,
Nous, Marie-Sygne Bunot-Rouillard, conseillère à la cour d'appel de Paris, agissant par délégation du premier président de cette cour, assistée de Marie Bounaix, greffière au prononcé de l'ordonnance,
APPELANT :
M. LE PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE PRÈS LE
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BOBIGNY,
INTIMÉ :
[T] [D] [Q] (mineure représentée par Mme [Q] [F])
né le 17 Mai 2021 à [Localité 1], de nationalité vénézuélienne
ayant pour conseil, en première instance, Me Oznur Apaydin, avocat au barreau de SEINE-SAINT-DENIS,
ORDONNANCE : contradictoire
-
Vu la notification de l'ordonnance au procureur de la République du tribunal judiciaire de Bobigny, le 28 mai 2026 , à 15h36 ;
-
Vu l'appel de ladite ordonnance interjeté le 28 Mai 2026, à 18h51, par ledit procureur de la République, avec demande d'effet suspensif ;
-
Vu les pièces complémentaires reçues par courriel en date du 26 mai 2026 à 08h47 par la police aux frontières de l'aéroport de [Etablissement 1] ;
-
Vu l'absence de notification reçue par le greffe de la cour d'appel de Paris, pour le préfet de Police et pour l'avocat de première instance ;
-
Vu les notifications du recours suspensif du 229 mai 2026, faites à :
- [T] [D] [Q] (mineure représentée par Mme [Q] [F]) à 07h11,
- En l'absence d'observations suite aux notifications ;
Motivations de la décision
SUR QUOI,
Aux termes de l'article L. 342-13 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, "(') le ministère public peut demander au premier président de la cour d'appel ou à son délégué de déclarer son recours suspensif. Dans ce cas, l'appel, accompagné de la demande, est formé dans un délai de dix heures à compter de la notification de l'ordonnance au procureur de la République et transmis au premier président de la cour d'appel ou à son délégué. Celui-ci décide, sans délai, s'il y a lieu, au vu des pièces du dossier, de donner à cet appel un effet suspensif. Il statue par une ordonnance motivée rendue contradictoirement qui n'est pas susceptible de recours.
L'intéressé est maintenu à la disposition de la justice jusqu'à ce que cette ordonnance soit rendue et, si elle donne un effet suspensif à l'appel du ministère public, jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond."
Il résulte de la combinaison des articles R. 342-12 et 13 du même code qu'en cas de demande d'effet suspensif, le ministère public doit interjeter appel dans les 10 heures à compter du prononcé de la décision et qu'il fait notifier immédiatement et par tous moyens sa déclaration d'appel à l'autorité administrative, l'étranger et, le cas échéant, à son avocat, qui en accusent réception, cette notification devant mentionner " que des observations en réponse à la demande de déclaration d'appel suspensif peuvent être transmises par tout moyen au secrétariat du premier président ou de son délégué dans un délai de deux heures ".
En l'espèce, il s'avère :
- que l'ordonnance dont appel n'a pas été jointe par le ministère public, en sorte qu'il ne pouvait pas être procédé, dès réception, à la vérification du délai de 10 heures susvisé ;
- qu'aucun justificatif de la notification exigée à la charge du ministère public n'a été communiqué, en sorte que le conseil de l'intéressée notamment n'a pu transmettre d'observations.
Il en résulte une double violation des exigences propres à la demande de suspension des effets d'une décision de remise en liberté qui impose de rejeter la demande du ministère public sans examen plus ample de cette dernière, laquelle ne développe, au surplus, aucun argument propre à la suspension sollicitée.
PAR CES MOTIFS
REJETONS la demande du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bobigny de voir déclarer son appel suspensif,
INFORMONS [T] [D] [Q] (mineure représentée par Mme [Q] [F]), de ce qu'il sera statué au fond, à l'audience du Samedi 30 mai 2026 à 10h00,
DISONS que la présente ordonnance vaut convocation à ladite audience,
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