MOTIFS DE LA DECISION
Sur la demande d'indemnisation formée par M. [V]
Selon les articles 1103 et 1104 du code civil, les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits et les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi, cette disposition étant d'ordre public.
L'article 1231-1 du code civil, le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure.
Par ailleurs, conformément à l'article 1353 du code civil, celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver et réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation.
Ainsi, il appartient à celui qui invoque un manquement contractuel de l'établir ; il doit rapporter la preuve de la faute alléguée, du préjudice subi et d'un lien de causalité entre la faute et le préjudice.
En l'espèce, M. [V] justifie avoir conclu avec la SA La Poste le 5 novembre 2020 un contrat de réexpédition temporaire nationale du 7 novembre 2020 au 6 février 2021, ce service étant défini par l'article 1 des conditions spécifiques de vente comme permettant de « faire suivre les envois du client, ainsi que le cas échéant celui des personnes physiques qu'il re présente, de son domicile vers une adresse temporaire », soit de son adresse [Adresse 3] à [Localité 6] vers sa nouvelle adresse chez Mme [X] [I] [Adresse 1] à [Localité 1].
M. [V] expose que la SA La Poste a manqué à son obligation de réexpédition de son courrier à sa nouvelle adresse à quatre reprises, soit trois courriers de son employeur, la société [D], et un courrier de la société Natixis.
M. [V] produit principalement aux débats :
en pièce n° 2, la copie d'un courrier de la société [D] daté du 17 novembre 2020 envoyé en recommandé avec accusé réception et en courrier simple à l'adresse fixée à [Localité 6] l'informant de la décision du médecin du travail à l'issue d'une visite médicale de reprise du 8 octobre 2020 de le déclarer inapte au poste qu'il occupait mais apte à une autre poste, lui proposant un poste de reclassement à [Localité 7] (62) et l'informant qu'à défaut de réponse avant le 27 novembre 2020 il serait considéré comme refusant l'offre de reclassement, ainsi que la copie de l'enveloppe,
en pièce n° 3, la copie d'un courrier de la société [D] daté du 1er décembre 2020 envoyé en recommandé avec accusé réception et en courrier simple à l'adresse fixée à [Localité 6] l'informant qu'elle envisageait de rompre son contrat de travail pour inaptitude et le convoquant à un entretien préalable devant se tenir le 11 décembre 2020 et la copie de l'enveloppe,
en pièce n° 4, la copie d'un courrier du 15 décembre 2020 envoyé en recommandé avec accusé réception et en courrier simple à l'adresse fixée à [Localité 6] l'informant de son licenciement, la copie de l'enveloppe avec l'étiquette de réexpédition à son adresse chez Mme [I] [Adresse 1] à [Localité 1] et le suivi de ce courrier,
en pièce n° 8, un courriel de la société Natixis du 2 juin 2021 selon lequel un courrier qui lui a été récemment adressé et a été retourné de sorte que son adresse postale est considérée comme invalide,
en pièces n° 5 à 7 et 9, le récépissé par la SA La Poste du 18 décembre 2020 de sa réclamation, la mise en demeure de son conseil du 8 mars 2021, la réponse de la SA La Poste du 29 mars 2021 et la réponse de la SA La Poste du 1er juin 2021,
en pièce n° 12 le reçu pour solde de tout compte signé le 15 décembre 2020.
En premier lieu, la cour observe que M. [V] a signé son reçu pour solde de tout compte le 15 décembre 2020, soit à la date de la lettre de licenciement qu'il a reçue le 23 décembre 2020, ce qui démontre qu'il avait connaissance de la procédure de licenciement et de la date à laquelle son licenciement devait intervenir, et qu'il était nécessairement en contact avec son employeur.
En ce qui concerne le courrier du 17 novembre 2020, M. [V] produit une enveloppe qui n'est pas celle correspondant à un envoi de son employeur en lettre recommandée avec accusé réception mais en lettre simple puisqu'il y apparaît la mention « lettre prioritaire ».
A défaut de tout autre élément, notamment tout document de la société [D] comme une attestation selon laquelle le courrier recommandé avec accusé réception lui aurait été retourné, la copie de l'enveloppe retournée à la société [D] avec la mention de la raison de sa non distribution ou le suivi de la lettre recommandée comme celui produit aux débats pour le courrier du 15 décembre 2020, M. [V] échoue à rapporter la preuve que la lettre recommandée avec accusé réception datée du 17 novembre 2020 ne lui a pas été réexpédiée.
Pour la lettre du 1er décembre 2020 le convoquant à un entretien préalable à une rupture de son contrat de travail, M. [V] produit une copie d'une enveloppe et l'avis de réception établi à l'adresse [Adresse 4] à [Localité 6] ne portant aucune référence quant à une réception contre signature de ce courrier de la part de celui-ci.
Cependant, une mention manuscrite sur la copie de l'enveloppe produite par M. [V] indique « courrier remis en boîte aux lettres sans contre-signature il m'a été remis comme tel dans la boite aux lettre ' la souche n'a même pas était détachée ' aucune date du lendemain pour récupérer cette lettre ' aucune poste dédiée ' aucune date de distribution ' joint courrier qui était à l'intérieur » (sic).
Ainsi, conformément à cette mention manuscrite qui émane de M. [V], celui-ci a eu connaissance de la teneur du courrier du 1er décembre 2020 et de la date fixée par son employeur pour l'entretien préalable à une rupture de son contrat de travail pour inaptitude.
Ayant eu connaissance de la date de l'entretien préalable, son absence à cet entretien est étrangère à la question de la réexpédition ou non de la SA La Poste de ce courrier.
Ainsi, à supposer que ce courrier n'ait pas été réexpédié par la SA La Poste à l'adresse temporaire indiquée dans le contrat de réexpédition et que la SA La Poste ait manqué à son obligation de réexpédition, M. [V] échoue à démontrer un lien de causalité entre la faute de la SA La Poste dans la réexpédition de ce courrier et le préjudice allégué en lien avec la perte de son emploi.
S'agissant de la lettre de son licenciement, contrairement à l'affirmation de M. [V], ce courrier daté du 15 décembre 2020 lui a été réexpédié par la SA La Poste en exécution du contrat de réexpédition temporaire.
Les éléments produits par M. [V] lui-même démontrent en effet qu'il a réceptionné ce courrier le 23 décembre 2020 puisque, d'une part, la copie de l'enveloppe produite par M. [V] porte la mention manuscrite : « courrier réceptionné le 23/12/20 en réexpédition envoyé le 15/12/20 » et, d'autre part, le résumé de prise en charge des services de la SA La Poste mentionne la remise du courrier par l'expéditeur le 15 décembre 2020 et la distribution à son destinataire contre signature le 23 décembre 2020.
Enfin, si le courriel de la société Natixis fait état de ce qu'elle a envoyé à M. [V] un courrier qui lui a été retourné, la cour observe, comme le premier juge, que ce courriel date du 2 juin 2021, que la société Natixis fait état d'un courrier « adressé récemment », sans précision de date, et que les termes de ce courriel ne permettent pas de démontrer qu'un envoi serait intervenu avant le 6 février 2021, soit la date de fin du contrat de réexpédition temporaire.
M. [V] ne rapporte dans ces conditions pas la preuve d'une faute de la SA La Poste dans la réexpédition d'un courrier de la société Natixis, étant au surplus observé qu'il n'allègue aucun préjudice en lien avec l'absence de réception de ce courrier.
Au regard de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu de confirmer le jugement du 31 août 2023 du tribunal judiciaire de Metz en ce que M.