MOTIFS
A titre liminaire
La cour constate que, bien qu'il sollicite l'infirmation « du jugement dans sa totalité », M. [S] ne présente pas, dans le dispositif de ses dernières conclusions d'appel qui saisissent la cour, de demande d'indemnité pour travail dissimulé et de rappel de rémunération variable et congés payés afférents dans ses dernières conclusions signifiées le 17 octobre 2024.
Les chefs du jugement qui ont déclaré M. [S] irrecevable en sa demande d'indemnité pour travail dissimulé et en sa demande de rappel de rémunération variable et congés payés afférents pour la période du 21 mai 2013 au 28 mai 2017 et qui ont débouté M. [S] de sa demande de rappel de rémunération variable et congés payés afférents pour la période du 29 mai 2017 au 29 mai 2020 sont donc irrévocables.
Sur le harcèlement moral
Aux termes de l'article L. 1152-1 du code du travail, 'aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel'.
En application de l'article L.1154-1 du même code, lorsque survient un litige relatif à l'application de l'article L.1152-1, le salarié concerné présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement, et au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
En l'espèce, le contrat de travail du salarié prévoit qu'il est engagé en qualité de directeur général adjoint, ce qui recouvre notamment les attributions suivantes :
« Volet financier :
. Participe à la définition des objectifs de la stratégie d'ingénierie financière à moyen et long terme.
. S'assure de la production comptable et fiscale dans le respect des obligations légales et est l'interface privilégiée auprès des tiers et des institutions.
. Supervise la comptabilité et les finances, gère les flux de trésorerie, les outils de contrôle et de reporting en vue d'assurer la fiabilité des données financières et être apporteur d'outils d'aide à la décision.
. Analyse les résultats par rapport à la politique générale de l'entreprise, propose le cas échéant, les mesures de régulation nécessaire.
Volet administratif et personnel :
. Conception et orientation, dans le cadre d'un projet d'entreprise globale, des actions des directions spécialisées dont il assume la responsabilité (gestion des ressources financières, techniques et humaines),
. Gère les ressources humaines, les services généraux, le service juridique et informatique.
. Organise et coordonne l'ensemble des services afin d'optimiser l'efficacité de l'entreprise.
Les fonctions confiées à M. [S] sont par nature évolutive et pourront être modifiées par la société en fonction de ses nécessités. »
A l'appui du harcèlement moral allégué, le salarié invoque les faits suivants :
Une mise à l'écart : le salarié produit différents courriels échangés au sein du groupe montrant selon lui une mise à l'écart de ses attributions sur le volet financier et également sur le volet administratif et personnel :
- du 3 mai 2019 de M. [I], responsable des systèmes d'information et des données à M. [S], indiquant que les données du groupe ont été migrées sur un serveur dédié à l'occasion du déménagement à [Localité 2] et que M. [F] [O], fils de M. [T] [O], président de la société, gère l'accès à toutes les données.
- du 7 août 2019 de M. [F] [O] à M. [Z], contrôleur de gestion, et M. [X], directeur comptable, les informant qu'il est en charge de valider les facturations de management fees pour l'ensemble du personnel et qu'il procède à la validation sur l'année 2019.
- du 3 septembre 2019 de M. [F] [O] à trois interlocuteurs du [9], se présentant comme leur interlocuteur privilégié, proposant une réunion de travail avec M. [S] et M. [Z], et les invitant à une visite des ateliers.
- du 7 octobre 2019 de M. [C], chargé d'affaires, du cabinet [10], à M. [S] lui demandant un entretien afin de préparer une étude de garanties « Homme Clé » sur la personne de M. [F] [O].
- du 22 octobre 2019 de M. [F] [O] à Mme [Q], Mme [A], M. [S], Mme [J], Mme [E], directrice juridique : annonçant la nomination de [T] [O] comme président ou directeur général d'[11] à compter de novembre 2019, les discussions se faisant directement avec le service juridique, M. [S] étant toutefois destinataire ou en copie des échanges sur cette réorganisation.
- du 23 octobre 2019 de M. [F] [O] à M. [S], Mme [M], M. [X] : demandant à M. [S] de régler une facture du cabinet Peltier pour les honoraires liés à l'ouverture du capital d'[6].
- du 22 octobre 2019 de Mme [Q], responsable des ressources humaines, à M. [S], le sollicitant en sa qualité de responsable hiérarchique suite à plusieurs interrogations à son retour de congé maternité, notamment le fait qu'un plan de licenciement économique serait en cours de préparation et que M. [F] [O] serait le prochain président du CSE de Ligier alors qu'il n'a pas d'expérience et qu'il lui a demandé une délégation de pouvoir en ce sens. M. [S] lui répond en retour qu'il n'est pas informé de plusieurs sujets.
- du 11 décembre 2019 de Mme [E], directrice juridique, lui indiquant de faire ce qu'il peut pour la prime de Mme [J], du 11 décembre 2019 de Mme [Q], responsable des ressources humaines, lui faisant un retour sur quatre entretiens annuels de fin d'année (Mme [E], directrice juridique, Mme [Q], responsable des ressources humaines, M. [X], directeur comptable, M. [Z], contrôle de gestion) et de Mme [A] menés par elle-même et Ms. [T] et [F] [O], M. [T] [O] validant le versement de la rémunération variable et d'une prime exceptionnelle, ainsi qu'une promotion et une augmentation de salaire à cette dernière sans le consulter.
- du 23 octobre 2019 de Mme [J], juriste corporate, à M. [F] [O] et Mme [B], M. [S] étant en copie et informé de cette façon d'un projet de convention de mise à disposition d'espace de travail entre la société [5] et [4], M. [S] étant mandataire social de ces deux sociétés.
- du 17 avril 2020 de M. [F] [O] à M. [N] de la banque [12] l'informant qu'il est signataire de tous les ordres de virement de la société [13].
- du 21 avril 2020 de M. [T] [O] à Mme [E], directrice juridique, lui demandant de faire évoluer la nature des prestations de service [13] à [1] relatives à la politique fiscale intra-groupe.
- du 17 avril 2020 de Mme [A], responsable ressources humaines, à M. [S], l'informant d'une consigne d'activité partielle pour chaque collaborateur transmise par [F] [O], M. [S] lui répondant qu'il a des doutes sur l'application envisagée de ce dispositif.
- du 20 avril 2020 de M. [T] [O] à M. [S] l'informant de son placement en activité partielle à hauteur de trois jours par semaine à compter du 20 avril 2020.
Le salarié verse également aux débats une photographie noir et blanc d'un bureau installé dans un « open space » qui lui a été dédié en avril 2019 suite au déménagement de l'entreprise. Il explique avoir préféré s'installer dans une salle de réunion, les conditions de travail n'étant selon lui pas appropriées pour le traitement de dossiers confidentiels et stratégiques alors qu'il passait du temps en réunion et en conversations téléphoniques.
Au vu de l'ensemble de ces éléments, il est établi qu'à compter d'octobre 2019, certaines des taches du salarié ont été reprises notamment par M. [F] [O].
La dégradation de ses conditions de travail : le salarié indique avoir perdu en crédibilité aussi bien auprès de ses interlocuteurs professionnels comme le [9] qu'en interne auprès de ses équipes. Il verse aux débats un seul courriel relatif aux interlocuteurs externes du 26 octobre 2019 à M.