Tribunal judiciaire, juge libertés détention, 14 juin 2026 — n° 26/02900
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions légales pour prolonger une rétention administrative d'un étranger ?
Principe retenu
La prolongation de la rétention administrative d'un étranger doit respecter le cadre légal prévu par le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en justifiant la nécessité de cette prolongation.
Faits clés
- Monsieur [O] [L] est de nationalité algérienne et a été placé en rétention administrative.
- Une interdiction de territoire français a été prononcée à son encontre le 21 mars 2023.
- La demande de prolongation de rétention a été faite par le Préfet des Alpes Maritimes.
- Monsieur [L] n'a pas reçu de réponse des autorités algériennes concernant son éloignement.
- Il n'a pas dissimulé son identité ni refusé des auditions.
Articles cités
article L. 743-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Exposé du litige
COUR D'APPEL DE NÎMES
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NÎMES
MAGISTRAT DU SIEGE DU TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NIMES
Requête: N° RG 26/02900 - N° Portalis DBX2-W-B7K-LS4D
ORDONNANCE DU 14 Juin 2026 SUR LA DEMANDE DE TROISIEME PROLONGATION DE RÉTENTION ADMINISTRATIVE
Nous, Nina MILESI, vice-présidente, magistrat du siège du tribunal judiciaire de NIMES, assisté de Aurélie ROUBINEAU, siégeant publiquement conformément à l’article L. 743-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
Vu les articles L. 742-1 à L. 743-25 et les articles R. 743-1 à R. 743-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu l'article L. 743-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
En vertu de l'article L. 743-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une visio-conférence a été organisée entre le tribunal judiciaire de Nîmes et le centre de rétention de Nîmes pour la tenue de l'audience.
Les avis prévus par les articles R. 743-3 et R . 743-4 du CESEDA ayant été donnés par le greffier ;
Vu la requête reçue au greffe le 13 Juin 2026 à 08h35 enregistrée sous le numéro N° RG 26/02900 - N° Portalis DBX2-W-B7K-LS4D présentée par Monsieur LE PREFET DES ALPES MARITIMES concernant :
Monsieur [O] [L]
né le 20 Mars 1978 à [Localité 1]
de nationalité Algérienne ;
Vu l'interdiction de territoire français prononcée le 21 mars 2023 par le tribunal correctionnel de NICE en date du 21 mars 2023 et notifié le 21 mars 2023 ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 14 avril 2026 notifiée le même jour à 10h47 ;
Vu les conclusions de Me [A] en date du 14/04/2026 ;
Attendu que Monsieur le Préfet requérant, régulièrement avisé, ne s'est pas fait représenter;
* * *
Attendu que la personne concernée par la requête est assistée de Me Raphaël BELAICHE , avocat commis d'office, désigné par Madame le Bâtonnier du Barreau de NÎMES, qui a pris connaissance de la procédure et s'est entretenu librement avec son client ;
Attendu qu'en application de l'article L. 141-2 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la personne étrangère présentée a déclaré au début de la procédure comprendre et savoir lire la langue arabe et a donc été entendue avec l'assistance d'un interprète en cette langue, Monsieur [E] [S]
- ayant préalablement prêté serment ;
- inscrit sur une des listes des experts de la Cour d'Appel
DEROULEMENT DES DEBATS
La personne étrangère déclare:
Me [F] [A] ne soulève aucune nullité de procédure mais l'irrecevabilité de la requête faute des pièces justificatives suffisantes ;
Sur le fond, Me [F] [A] plaide le non renouvellement de la rétention administrative de son client pour les motifs suivant : Monsieur soulève qu'il a été placé en recherche approfondie par les autorités algériennes, il y a eu deux relances, mais après plus de 40 jours, rien n'arrive. Il n'y a pas de représentation formelle de la part des autorités algériennes, il n'y a pas de laissé-passer, ni de routing organisé. Tout se flou empêche de voir à quel moment la reconduite pourrait se faire.
La dernière relance aux autorités n'a pas obtenu de retour. On est sur un éloignement dont les possibilités de réalisation restent très floues. On ne démontre pas le fait que l'administration ait besoin de 30 jours supplémentaires. Le cadre légal de cette nouvelle prolongation n'est pas respecté, il faut rejeter la demande de prolongation de la préfecture.
Monsieur n'est pas à l'origine de ce non départ, il n'a pas dissimulé son identité, il n'a pas refusé des auditions. Le fait qu'il n'ait pas de passeport ne suffit pas à caractériser sa volonté de ne pas repartir. Sachant que les relations avec les autorités algériennes sont compliqués actuellement.
La privation de liberté doit avoir un sens par rapport aux démarches réalisés et à la nécessité de la reconduite.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Sur la recevabilité de la requête
Attendu que l’article R.743-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose qu’à peine d'irrecevabilité, la requête est motivée, datée, signée et accompagnée de toutes pièces justificatives utiles, notamment une copie du registre prévu à l'article L. 744-1 de ce même code;
Que la mesure qui fonde le placement en rétention, l’ensemble des pièces relatives à la procédure de garde-à-vue ou de la retenue ou encore l’arrêté de placement en rétention et sa notification peuvent recevoir un tel qualificatif;
Attendu qu’il n'est pas précisé quelle pièce justificative ferait défaut ; qu'en l'espèce, les pièces justificatives essentielles permettant au juge d'exercer son contrôle ont bien été jointes à la requête de prolongation ; qu'il est soutenu que le juge doit pouvoir vérifier, pièce à l'appui, si l'éloignement est réalisable dans le délai sollicité ; qu'il est produit le mail de relance auprès des autorités consulaires algériennes du 10 juin 2026 ; que la requête est donc recevable ;
Sur le fond
Attendu que le dernier alinéa de l’article L. 742-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, prévoit que le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de soixante jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
Qu'en lespèce il ressort de la procédure que l'administration a justifié avoir effectué des diligences depuis la dernière prolongation ; qu'elle a relancé les autorités consulaires algériennes ; que l'administration française n'a aucun pouvoir de contrainte à l'égard de ces autorités consulraires ; qu'il est donc démontré que la décision d'éloignement n'a pas été exécutée en raison du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève M. [L] ; qu'en outre, ce dernier est défavorablement connu pour avoir été condamné le 2 juillet 2021 pour des faits de détention de faux document administratif, le 6 février 2023 pour violences avec arme et le 21 mars 2023 pour violence avec arme ayant entraîné une ITT supérieure à 8 jours ; qu'il est ainsi établi que la présence de M. [L] sur le territoire national est constitutif d'une menace pour l'ofer public ; qu'il y a lieu d'autoriser la mesure de rétention dont il fait l'objet ;
PAR CES MOTIFS
DECLARONS la requête recevable ;
Dispositif
ORDONNONS pour une durée maximale de 30 jours commençant à l’expiration du délai de 30 jours précédemment accordé par le magistrat du siège du tribunal judiciaire, le maintien dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire de Monsieur [O] [L]
né le 20 Mars 1978 à [Localité 1]
de nationalité Algérienne
et DISONS que la mesure de rétention prendra fin à l’expiration d’un délai de 30 jours ;
RAPPELONS à la personne étrangère que, pendant toute la période de la rétention, elle peut demander l’assistance d’un interprète, d’un conseil ainsi que d’un médecin et communiquer avec son consulat et avec une personne de son choix et qu’un espace permettant aux avocats de s’entretenir confidentiellement avec les étrangers retenus est prévu au Centre de Rétention de [Localité 2] ;
AVISONS cette personne de ce que la présente décision est susceptible d'être frappée d'appel devant le Premier Président de la Cour d'Appel de Nîmes, dans les 24 heures de son prononcé, que ce délai est susceptible d'être prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant s'il expire normalement un samedi, un dimanche, ou un jour férié ou chômé ;
AVISONS cette personne que l'appel doit être formé par une déclaration motivée transmise par tout moyen au Greffe de la Cour d'Appel de Nîmes (mail : [Courriel 1])
AVISONS la personne concernée que la même faculté appartient à Monsieur le [Etablissement 1] demandeur et à Monsieur le Procureur de la République près ce Tribunal ;
LUI INDIQUONS en outre que Monsieur le procureur de la République a seul la possibilité, dans un délai de 6 heures à compter de la notification de demander la suspension de l’exécution de la présente ordonnance et à cette fin de la maintenir à la disposition de la justice pendant ce délai et jusqu’à décision de Monsieur le Premier Président ou si celui-ci donne un effet suspensif à l’appel du ministère public, jusqu’à ce qu’il soit statué sur le fond.
Fait à [Localité 2], en audience publique, le 14 Juin 2026 à
LE GREFFIER LA PRESIDENTE
Reçu notification le 14 Juin 2026 à
LE PRÉFET L’INTÉRESSÉ L’AVOCAT L’INTERPRÈTE
Pris connaissance ce jour à heures
☐ de l’ordonnance de maintien en rétention de Monsieur [O] [L]
☐ de l’ordonnance ayant assigné à résidence Monsieur [O] [L]
☐ de l’ordonnance ayant mis fin à la rétention de Monsieur [O] [L]
et déclare :
☐ Faire appel de la présente ordonnance assorti d’une demande d’effet suspensif devant Monsieur le Premier Président
☐ Ne pas faire appel de la présente ordonnance
Le Procureur de la République
☐ Notification de la présente ordonnance a été donnée à Monsieur LE PREFET DES ALPES MARITIMES
le 14 Juin 2026 à par mail Le Greffier
☐ Notification de la présente ordonnance a été donnée au Centre de Rétention Administrative de [Localité 2];
le 14 Juin 2026 à par mail Le Greffier
☐ Notification de la présente ordonnance a été donnée par le Centre de Rétention Administrative de [Localité 2] au retenu, accompagnée du récépissé de notification ;
le 14 Juin 2026 à par mail Le Greffier
☐ Notification de la présente ordonnance a été donnée à Me Raphaël BELAICHE ;
le 14 Juin 2026 à par mail Le Greffier
PROCÈS VERBAL DES OPÉRATIONS TECHNIQUES
UTILISATION D’UN MOYEN DE TÉLÉCOMMUNICATION AU [Localité 3] D’UNE AUDIENCE TENUE EN MATIERE DE RETENION ADMINISTRATIVE
(art L743-7 du CESEDA)
Visio conférence tenue le 14 Juin 2026 entre le Tribunal Judiciaire de NIMES et le Centre de rétention de NIMES
dans la procédure suivie contre :
Monsieur LE PREFET DES ALPES MARITIMES contre Monsieur [O] [L]
Procès verbal établi par Aurélie ROUBINEAU greffier
La communication a été établie à 10h15
Les tests de vérification du caractère correct de la liaison ont été effectués
La communication a été interrompue à 10h25
☐ La liaison n’a pas été perturbée par un incident technique
☐ La liaison a été perturbée par l’incident technique suivant :
Fait à [Localité 2], le 14 Juin 2026
RÉCÉPISSÉ A REMPLIR PAR L’INTER…
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une rétention administrative ?
La rétention administrative est une mesure qui permet de maintenir un étranger en détention dans l'attente de son éloignement du territoire français.
Comment se passe la prolongation d'une rétention administrative ?
La prolongation doit être justifiée par des éléments concrets et respecter le cadre légal prévu par le Code de l'entrée et du séjour des étrangers.
Quels sont les droits d'un étranger en rétention administrative ?
L'étranger a le droit d'être assisté par un avocat, d'être informé des raisons de sa rétention et de contester cette mesure devant le juge.
Pourquoi ma rétention administrative peut-elle être prolongée ?
La prolongation peut être demandée si les autorités estiment que l'éloignement n'est pas réalisable dans un délai raisonnable, mais cela doit être justifié.
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