Tribunal judiciaire, chambre 1/section 5, 16 juin 2026 — n° 26/00489
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les modalités de désignation et de rémunération d'un expert judiciaire dans le cadre d'une procédure de référé en matière de construction ?
Principe retenu
La désignation d'un expert judiciaire est soumise à des règles précises, notamment en ce qui concerne la consignation des frais d'expertise et les délais de réalisation des rapports. En cas de non-respect de ces modalités, la mesure d'expertise peut être déclarée caduque.
Faits clés
- La société SCCV SAINT OUEN ARAGO a demandé la désignation d'un expert judiciaire.
- Une provision de 10.000 euros a été fixée pour couvrir les frais d'expertise.
- La partie demanderesse doit consigner la provision au plus tard le 10 septembre 2026.
- L'expert doit informer de la fin du chantier dans le mois suivant la réception de l'ouvrage.
- Des délais spécifiques ont été fixés pour le dépôt des pré-rapports et du rapport définitif.
Articles cités
article 450 du code de procédure civile
articles 155 et 155-1 du code de procédure civile
articles 232 à 255, 263 à 284-1 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
La SCCV [Localité 5] [Adresse 33], qui va assurer la maîtrise d’ouvrage d’une opération d’édification d’un ensemble immobilier sur les parcelles Q12, Q173, Q179, Q180, Q24 et Q244 au [Adresse 34] à [Localité 6], a, par acte des 12, 13, 16, 17, février et 9 mars 2026, assigné en référé la société Cabinet Racine, la société Derdega Déconstruction, la société MCH Building Enginering, la société Atlas Géotechnique, la société ICF La Sablière , M. [Z] [K], Mme [V] [B], Mme [X] [G], M. [N] [E], M. [U] [C], le syndicat des copropriétaires de l’immeuble du [Adresse 8] à [Localité 6], la société Mousquetaires, le syndicat des copropriétaires de l’immeuble du [Adresse 19] à [Localité 6], Mme [D] [W], M. [A] [MA], M. [EW] [FU] [SO], M. [IU] [OJ], M.. [DB] [BZ] [BV], Mme [GN] [DM], Mme [M] [Y], le syndicat des copropriétaires de l’immeuble du [Adresse 11] à [Localité 6], le syndicat des copropriétaires de l’immeuble du [Adresse 21] à [Localité 6], Mme [QL] [Q], Mme [O] [H], M. [I] [NQ], M. [S] [J], la commune de [Localité 6], la société GRDF, la société ENEDIS, la société ORANGE, la société française du radiotéléphone (SFR), la société Franciliane, le conseil départemental de Seine-[Localité 7], l’établissement [Localité 2] Commune, la société Compagnie Parisienne de chauffage Urbain, la société SNCF Réseau, pour obtenir, sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, la désignation d’un expert avec pour mission de dresser un état descriptif des immeubles riverains et ouvrages voisins du site avant les travaux projetés.
A l'audience, la SCCV [Localité 8] maintient sa demande dans les termes de l'acte introductif d'instance.
La société Franciliane ainsi que les syndicats des copropriétaires de l’immeuble du [Adresse 8] à [Localité 6], de l’immeuble du [Adresse 19] à [Localité 6] et de l’immeuble du [Adresse 11] à [Localité 6] formulent les protestations et réserves d’usage.
Régulièrement assignés, les autres défendeurs n’ont pas comparu.
Conformément à l’article 446-1 du code de procédure civile, pour plus ample informé de l’exposé et des prétentions des parties, il est renvoyé à l'assignation introductive d’instance et aux écritures déposées et développées oralement à l’audience.
Motivations de la décision
MOTIFS
Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, lorsque le défendeur ne comparaît pas, le juge ne fait droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Aux termes de l’article 145 du code de procédure civile, s’il existe un motif légitime de conserver et d’établir avant tout procès la preuve des faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, des mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, notamment en référé.
Il existe un motif légitime dès lors qu'il n'est pas démontré que la mesure sollicitée serait manifestement insusceptible d'être utile lors d'un litige ou que l'action au fond n'apparaît manifestement pas vouée à l'échec.
En l’espèce, l'incidence possible du projet de construction sur l'état des bâtiments voisins justifie le recours à une mesure d'instruction dans les termes indiqués ci-dessous au contradictoire des différents intervenants aux opérations de démolition et de construction et des propriétaires des immeubles avoisinants ainsi que des sociétés de distribution de fluides et les opérateurs téléphoniques dont les installations avoisinent l'immeuble.
Il sera donc fait droit à la demande dans les termes du dispositif ci-dessous.
La partie demanderesse conservera la charge des dépens.
PAR CES MOTIFS
Statuant par ordonnance de référé, par mise à disposition au greffe le jour du délibéré, après débats en audience publique, par décision réputée contradictoire et en premier ressort ;
Ordonnons une expertise judiciaire ;
Désignons en qualité d’expert :
[OL] [AU]
[Adresse 35]
[Localité 9]
Tél. portable : [XXXXXXXX01]
E-mail : [Courriel 1]
Expert près la cour d'appel de Versailles
avec mission de :
prendre connaissance du projet immobilier présenté dans un dossier technique suffisant comportant notamment les procédés de démolition et de construction permettant d’évaluer les impacts potentiels des travaux sur les avoisinants. À défaut de communication de ce dossier, l’expert déposera une note récapitulant les pièces communiquées, les éléments absents ou insuffisants, les conséquences sur la conduite de sa mission, permettant aux parties de saisir le juge si elles l’estiment nécessaire ;
donner son avis sur les impacts potentiels des travaux sur les avoisinants et proposer la délimitation des états des lieux à réaliser chez les avoisinants ;
visiter les immeubles constituant la propriété des défendeurs, du demandeur s’il y a lieu ;
État des existants :
indiquer l'état d'avancement des travaux lors des réunions successives d’analyse et description des existants ;
dresser tous états descriptifs et qualitatifs nécessaires de la totalité des immeubles voisins visités, de la propriété du demandeur, afin de déterminer et dire si, à son avis, ces immeubles présentent ou non des dégradations et désordres inhérents à leur structure, leur mode de construction, ainsi qu’à leur mode de fondation ou leur état de vétusté ou, encore, consécutifs à la nature du sous-sol sur lequel ils reposent ou consécutifs aux travaux qui auraient pu être entrepris au moment de l'expertise pour le compte du demandeur ;
dresser un état précis de ces premières constatations sous forme d'un pré-rapport dont l’expert pourra demander la rémunération ou une avance de son montant ;
Constatations de désordres rattachables aux travaux :
procéder, sur demande des intéressés, à de nouveaux examens des avoisinants après démolition, après terrassement et après gros œuvre et ce jusqu’à la réception au cas où il serait allégué de nouveaux désordres, expressément décrits par les parties requérantes, ou l’aggravation des anciens ;
dresser, le cas échéant, à la demande des parties, un pré-rapport relatant les constatations effectuées et les causes des dommages, dont l’expert pourra demander la rémunération ou une avance de son montant ;
fournir, dans son rapport définitif, tous éléments techniques ou de fait de nature à permettre à la juridiction du fond, éventuellement saisie, de se prononcer sur les responsabilités encourues et les préjudices subis ;
Disons que pour procéder à sa mission l’expert devra :
lors de la première réunion, dire quel est l’avancement des travaux si le chantier a déjà débuté ;
en concertation avec les parties, définir un calendrier prévisionnel de ses opérations à l’issue de la première réunion d’expertise ; l’actualiser ensuite dans le meilleur délai :en fixant aux parties un délai pour procéder aux interventions forcées ;en les informant de la date à laquelle il prévoit de leur adresser son document de synthèse ;
adresser dans le même temps le montant prévisible de sa rémunération, qu’il actualisera, s’il y a lieu, procédant parallèlement aux demandes de provisions complémentaires ;
adresser aux parties un document de synthèse, sauf exception (par exemple : réunion de synthèse, communication d’un projet de rapport) dont il s’expliquera dans son rapport, et y arrêter le calendrier de la phase conclusive de ses opérations :fixant, sauf circonstances particulières, la date ultime de dépôt des dernières observations des parties sur le document de synthèse ;appelant aux parties, au visa de l’article 276 alinéa 2 du code de procédure civile, qu’il n’est pas tenu de prendre en compte les observations transmises au-delà de ce délai ;
Disons qu’en cas d’urgence ou de péril en la demeure reconnus par l’expert, ce dernier :
en cas d’ouverture du chantier sans communication des pièces permettant d’apprécier les risques, déposera une note aux parties et au juge donnant la possibilité aux premiers de solliciter les mesures judiciaires appropriées ;
dira, s’il convient ou non, de procéder à la réalisation et à la mise en place de telles mesures de sauvegarde ou de travaux particuliers de nature à éviter toute aggravation de l'état qu'ils présentent actuellement et permettre, dans les meilleures conditions techniques possibles, la réalisation des travaux à être entrepris pour le compte du demandeur ;
pourra autoriser le demandeur à faire exécuter, à ses frais avancés, pour le compte de qui il appartiendra, les travaux qu’il estime indispensables, sous la direction du maître d'œuvre du demandeur, par des entreprises qualifiées de son choix ; dans ce cas, l’expert déposera un pré-rapport, ou une note aux parties valant pré-rapport, précisant la nature, l’importance et le coût de ces travaux ;
disons qu’en cas de besoin et pour procéder aux travaux estimés indispensables par l'expert, le demandeur pourra faire passer, sur les propriétés voisines concernées des parties, ses architectes et entrepreneurs à telles fins techniques que l'expert estimera nécessaires ou seulement utiles et qu'en cas de difficulté il en sera référé au juge chargé du contrôle des expertises ;
Disons que l’expert devra fournir de façon générale, tous éléments techniques ou de fait de nature à permettre à la juridiction du fond de se prononcer sur les responsabilités encourues et les préjudices subis ;
Fixons à la somme de 10.000 euros la provision concernant les frais d'expertise qui devra être consignée par la partie demanderesse à la régie du tribunal judiciaire de Bobigny au plus tard le 10 septembre 2026 ;
Disons que, faute de consignation de la provision dans ce délai impératif, la désignation de l'expert sera caduque et de nul effet ;
Disons qu’il appartiendra à la SCCV [Localité 8] d’informer l’expert de la fin du chantier dans le mois de la réception de l’ouvrage (avec ou sans réserve) ;
Disons qu’à défaut, et sans information à cet égard de la part des parties ou de l’expert, à la date prévue pour le rapport définitif, il sera mis fin à la mesure d’expertise et, le cas échéant, les sommes encore consignées seront restituées aux consignataires ;
Disons que l’exécution de la mesure d’instruction sera suivie par le juge du service du contrôle des expertises, spécialement désigné à cette fin en application des articles 155 et 155-1 du code de procédure civile ;
D…
Dispositif
Laissons à la partie demanderesse la charge des dépens ;
Rappelons que la présente décision est exécutoire par provision.
AINSI JUGÉ AU PALAIS DE JUSTICE DE BOBIGNY, LE 16 JUIN 2026.
LE GREFFIER
LE PRÉSIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire en matière de construction ?
L'expertise judiciaire est une procédure par laquelle un expert est désigné par le tribunal pour évaluer des éléments techniques ou factuels dans le cadre d'un litige de construction.
Quels sont les délais pour le dépôt des rapports d'expertise ?
L'expert doit déposer un pré-rapport avant le 15 avril 2027 et un rapport définitif avant le 30 novembre 2028, sauf prorogation demandée.
Que se passe-t-il si la provision pour les frais d'expertise n'est pas versée ?
Si la provision n'est pas versée dans le délai imparti, la désignation de l'expert devient caduque et sans effet.
Qui doit informer l'expert de la fin du chantier ?
C'est à la société SCCV SAINT OUEN ARAGO d'informer l'expert de la fin du chantier dans le mois suivant la réception de l'ouvrage.
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