Tribunal judiciaire, juge libertés & détention, 16 juin 2026 — n° 26/00802
Synthèse de la décision
Question juridique
Dans quelles conditions peut-on ordonner la mainlevée d'une hospitalisation complète sans consentement ?
Principe retenu
Une personne atteinte de troubles psychiques peut faire l'objet de soins psychiatriques sans son consentement, mais le maintien de cette mesure doit être justifié par la nécessité de soins. Si la personne est hospitalisée ailleurs et ne nécessite plus cette mesure, la mainlevée doit être ordonnée.
Faits clés
- Mme [V] [J] a été hospitalisée sans son consentement depuis le 12 décembre 2024.
- Elle a été en fugue depuis le 5 mars 2025 et a été retrouvée en Pologne le 31 mars 2025.
- Le directeur de l'établissement a demandé la poursuite de l'hospitalisation le 29 mai 2026.
- Le procureur de la République a soutenu la nécessité de maintenir l'hospitalisation.
- Les médecins n'ont pas pu se prononcer sur l'état de santé de la patiente.
Articles cités
article L 3212-1 du Code de la santé publique
article L 3211-1 du Code de la santé publique
article L 3211-12-1 du Code de la santé publique
article R 3211-7 du Code de la santé publique
Exposé du litige
EXPOSÉ DE LA SITUATION :
Mme [V] [J] a été admise en hospitalisation complète sans son consentement sur décision du représentant de l’Etat dans le département selon la procédure prévue aux articles L.3213-1 et L.3213-2 du Code de la santé publique, une mesure provisoire municipale étant intervenue la veille en raison d’un danger imminent pour la sûreté des personnes, à compter du 12 décembre 2024 avec maintien en date du 13 décembre 2024.
Le juge a autorisé la poursuite de l’hospitalisation sans consentement par ordonnances des 19 décembre 2024, 17 juin 2025 - malgré la fugue de la patiente dès le 5 mars 2025 - puis enfin le 16 décembre 2025.
Par requête reçue au greffe le 29 mai 2026, le directeur de l’établissement a saisi le juge aux fins de poursuite de la mesure d’hospitalisation complète à l’égard de Mme [V] [J].
Les parties ont été convoquées à l’audience et les avis adressés.
Le procureur de la République, par observations écrites en date du 15 juin 2026, s’en rapporte quant à la nécessité de maintenir l’hospitalisation complète de Mme [J], rappelant par ailleurs que celle-ci a déjà fait l’objet d’une procédure de disparition inquiétante-fugue qui a été classée sans suite le 15 avril 2025 après que Mme [J] ait été découverte en Pologne le 31 mars 2025.
L’établissement de santé a rappelé qu’il n’était pas possible pour les médecins de se prononcer sur l’état de santé de la patiente.
Mme [V] [J], en fugue depuis le 5 mars 2025, n’a pas comparu.
Le conseil de Mme [V] [J] ne soulève aucune irrégularité de la procédure et s’en rapporte, sur le fond, à l’appréciation du juge.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Selon l’article L.3213-1 du Code de la santé publique, une personne atteinte de troubles psychiques ne peut faire l’objet de soins psychiatriques sur la décision du représentant de l’Etat dans le département que lorsque deux conditions sont réunies :
- ses troubles psychiques nécessitent des soins,
- ils compromettent la sûreté des personnes ou portent atteinte, de façon grave, à l'ordre public.
Les dispositions de l’article L.3211-12-1 du même Code exigent que la poursuite, au-delà de 6 mois après la dernière décision du juge, de l’hospitalisation sans son consentement d’un patient fasse l’objet d’un examen par le Juge saisi par le représentant de l’Etat dans le département.
L’article R.3211-24 dispose d’ailleurs que l’avis médical joint à la saisine du juge doit décrire avec précision les manifestations des troubles mentaux dont est atteinte la personne qui bénéficie de soins psychiatriques et les circonstances particulières qui, toutes deux, rendent nécessaire la poursuite de l'hospitalisation complète au regard des conditions posées par l'article L. 3213-1 précité.
Le juge contrôle donc la régularité formelle de l’ensemble de la procédure de soins psychiatriques sans consentement sous la forme de l’hospitalisation complète et la réunion des conditions de fond de cette dernière au regard de sa nécessité et de la proportionnalité de la privation de liberté ainsi imposée à la personne hospitalisée.
1. Sur la régularité de la procédure :
L'ensemble des certificats médicaux (notamment mensuels), arrêtés d'admission et de maintien, et les notifications étant produits aux débats, la procédure est régulière en la forme et cette régularité n'a pas été discutée en défense.
2. Sur la réunion des conditions de fond :
Il ressort des pièces du dossier que Mme [V] [J] présentait lors de son admission des troubles psychiques qui compromettaient la sûreté des personnes ou portaient atteinte de façon grave à l’ordre public ; le dernier avis médical signé le 16 décembre 2024 par le Dr [F] préconisait le maintien de l’hospitalisation complète et décrivait un contact fermé, réticent, une rationnalisation des troubles du comportement, une discordance idéoaffective et un refus de soins ; il était relevé un risque de fugue.
Au vu de ces éléments, le juge décidait, par une ordonnance en date du 19 décembre 2024, d’autoriser le maintien de l’hospitalisation complète de Mme [V] [J].
Dans son certificat mensuel du 11 février 2025, le Dr [F]rappelait que Mme [V] [J] avait été hospitalisée pour agitation hétéro agressive dans un supermarché et qu’à son arrivée la symptomatologie était marquée par une méfiance majeure avec refus de soins. Il était précisé que depuis, l’adhésion aux soins demeurait fragile mais qu’une coopération était possible autour de la régularisation de sa situation admninistrative afin de bénéficier d’une situation plus stable.
Mme [V] [J] a toutefois fugué du centre hospitalier le 04 mars 2025.
Par ordonnances en date des 17 juin 2025 et 16 décembre 2025, le juge chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés a maintenu la mesure, considérant que l’absence de Mme [J] ne permettait pas de vérifier si elle n’avait plus besoin de soins.
Suivant avis psychiatrique du 29 mai 2026 joint à la saisine, le Dr [F] rappelle que Mme [J] est une patiente de nationalité ukrainienne qui a fugué le 5 mars 2025 du service où elle était hospitalisée dans un contexte de trouble psychotique et de voyage pathologique. Elle se trouvait alors dans une situation socio-administrative très précaire et avait multiplié les déplacements en France et en Europe les mois précédant son admission. Au moment de sa fugue, l’hospitalisation était maintenue dans l’attente de l’obtention d’un titre de séjour afin de percevoir une allocation pour demandeur d’asile et éviter une marginalisation rapide à la sortie. Le psychiatre ajoute être toujours sans nouvelles de la patiene qui aux dernières nouvelles était hospitalisée à l’hôpital psychiatrique Eugeniusz Brzezicki à [Localité 4] en Pologne. Il concluait n’être pas en mesure de statuer sur l’indication à maintenir ou non la mesure de soins sous contrainte.
Il est de jurisprudence constante qu’un patient qui a pris la fuite ne peut pas être considéré comme n’ayant plus besoin des soins qui ont initialement expliqué la mesure débutée par le jeu de l’article L. 3213-1 du code de la santé publique.
Cependant, s’agissant de Mme [V] [J], il apparaît que la mesure s’est poursuivie pendant plus d’une année alors que la patiente est manifestement hospitalisée depuis cette date en psychiatrie en Pologne, ce que tendent à corroborer les réquisitions du procureur de la République qui évoque la découverte de Mme [J] en Pologne le 31 mars 2025 à la suite d’une procédure de disparition inquiétante - fugue.
Dans ces conditions, le maintien de l’hospitalisation complète de Mme [V] [J] ne se justifie plus et il convient donc d’en ordonner la mainlevée immédiate.
PAR CES MOTIFS,
Statuant publiquement, par décision rendue en premier ressort,
Ordonnons la mainlevée immédiate de l’hospitalisation complète de Mme [V] [J] au CH SPECIALISE DE [Localité 1] ;
Rappelons que cette décision peut être frappée d’appel dans un délai de 10 jours à compter du jour de réception de sa notification et que le recours doit être formé par déclaration motivée transmise par tout moyen au greffe de la cour d’appel de [Localité 5];
Disons que la présente décision est assortie de plein droit de l’exécution provisoire ;
Dispositif
Laissons les dépens à la charge du Trésor Public.
La Greffière Le Juge
Melaine GALLAND Laetitia GAILLARD-MAUDET
Copie conforme de la présente ordonnance a été délivrée le 16 Juin 2026 à :
- [V] [J]
- Le Préfet de la [Localité 2]-Atlantique
- Me Gabrielle RANGAPADEATCHY
- M. le Procureur de la République
- Monsieur le Directeur du CH SPECIALISE DE [Localité 1]
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une hospitalisation sans consentement ?
C'est une mesure qui permet de soigner une personne atteinte de troubles psychiques sans son accord, lorsque sa santé ou celle d'autrui est en danger.
Comment se déroule la procédure de mainlevée d'une hospitalisation ?
La mainlevée peut être demandée par le directeur de l'établissement ou le patient, et doit être examinée par un juge qui apprécie la nécessité de maintenir la mesure.
Quels sont les droits d'un patient hospitalisé sans consentement ?
Le patient a le droit d'être informé de sa situation, de contester la mesure et de demander une réévaluation de son état de santé.
Que se passe-t-il si un patient fugue ?
La fugue ne remet pas en cause la nécessité des soins, mais peut entraîner une réévaluation de la mesure d'hospitalisation par le juge.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.