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Cour de cassation, 1ère chambre civile, 17 juin 2026 — n° 24-16.004

Rejet ECLI : ECLI:FR:CCASS:2026:C100402

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conditions pour obtenir l'exequatur d'une décision de justice étrangère en France ?

Principe retenu

Pour qu'une décision de justice étrangère soit reconnue et exécutée en France, elle doit respecter l'ordre public international, notamment en garantissant un procès équitable. L'absence de motivation suffisante dans la décision étrangère peut justifier le refus d'exequatur.

Faits clés

  • M. [J] a été agent commercial pour la société Coopérative agricole et vinicole La Goutte d'or et la société CH. & A. Prieur.
  • Les sociétés ont suspendu les expéditions de champagne en raison de factures impayées.
  • M. [J] a obtenu un verdict favorable d'un jury américain pour rupture de contrat et a été condamné à des dommages et intérêts.
  • Les sociétés ont été condamnées par un juge américain à payer des dommages et intérêts avec intérêts.
  • M. [J] a demandé l'exequatur des décisions américaines en France.

Exposé du litige

Faits et procédure 1. Selon l'arrêt attaqué (Reims, 23 janvier 2024), M. [J] a exercé pendant plusieurs années une activité d'agent commercial aux États-Unis pour la marque de champagne « Paul Goerg » au profit de la société Coopérative agricole et vinicole La Goutte d'or (la coopérative) et la société CH. & A. Prieur (la société productrice). 2. En février 2016, la coopérative et la société productrice l'ont informé qu'elles suspendaient les expéditions de champagne à son profit jusqu'à ce qu'il s'acquitte des factures qu'elles estimaient impayées. 3. Le 21 mars 2016, M. [J] a assigné la coopérative et la société productrice devant la « District Court » de New York (États-Unis) pour rupture brutale du contrat et manquement à l'obligation fiduciaire, ingérence dans les relations contractuelles, concurrence déloyale et enrichissement sans cause. 4. À la requête de M. [J], ses demandes ont été jugées dans le cadre d'un procès devant un jury, au cours duquel des témoignages de tiers ont été entendus à l'appui de la cause. Le 3 mars 2022, le jury composé de huit membres a rendu un verdict unanime en faveur de M. [J] et a accordé à ce dernier une certaine somme à titre de dommages et intérêts. 5. Par jugement du 29 mars 2022, un juge de cette même juridiction a confirmé le verdict du jury et a condamné la coopérative et la société productrice à payer à M. [J], avec intérêts, la somme déterminée par le jury. 6. Par jugement du 5 décembre 2022, il a été confirmé que les sommes auxquelles étaient condamnées les sociétés défenderesses portaient intérêts au taux de 9 % à compter du 12 février 2016. 7. Le 24 février 2023, M. [J] a assigné la coopérative et la société productrice en exequatur de ces décisions.

Motivations de la décision

Réponse de la Cour 9. Aux termes de l'article 509 du code de procédure civile, les jugements rendus par les tribunaux étrangers et les actes reçus par les officiers étrangers sont exécutoires sur le territoire de la République de la manière et dans les cas prévus par la loi. 10. Pour accorder l'exequatur, le juge français doit, en l'absence de toute convention internationale, s'assurer que trois conditions sont remplies, à savoir la compétence indirecte du juge étranger, fondée sur le rattachement du litige au juge saisi, la conformité à l'ordre public international de fond et de procédure ainsi que l'absence de fraude. Il lui est interdit de réviser au fond le jugement. 11. Est contraire à la conception française de l'ordre public international de procédure la reconnaissance d'une décision étrangère non motivée lorsque ne sont pas produits des documents de nature à servir d'équivalent à la motivation défaillante. Pour effectuer son contrôle, le juge de l'exequatur prend en considération l'ensemble des documents versés, sans devoir exclure les pièces de procédure et sans se limiter aux seules pièces de fond. Il peut s'agir notamment de l'acte introductif d'instance devant la juridiction étrangère, de la transcription des débats, des réquisitions du ministère public, des écritures des parties ou des témoignages. Il incombe au demandeur de produire de tels documents. 12. Après avoir indiqué que c'était à la requête de M. [J] que ses demandes avaient été jugées dans le cadre d'un procès devant un jury, l'arrêt constate, d'abord, par motifs propres et adoptés, qu'aucune motivation ne ressort du jugement initial du 29 mars 2022 énonçant le verdict après délibération du jury en faveur de M. [J], et que le jugement révisé du 5 décembre 2022, qui n'est que le prolongement du premier, n'est pas davantage motivé que le précédent, ces jugements ne mentionnant aucun acte de saisine en visa, ni les principales étapes de la procédure, ni la nature des condamnations prononcées, ni les motifs permettant de connaître les considérations de droit et de fait ayant conduit aux condamnations prononcées. 13. L'arrêt relève, ensuite, par motifs propres et adoptés, que le document lacunaire intitulé « Verdict Form », sur lequel il ne peut être constaté que la mention d'une réclamation faite au titre de la rupture du contrat et le droit accordé à M. [J] de percevoir à ce titre des dommages et intérêts à hauteur de 1 500 000 dollars, s'il permet de connaître la nature de la condamnation prononcée, n'éclaire pas davantage sur les considérations de droit et de fait retenues pour justifier l'octroi de dommages et intérêts et ne permet pas de s'assurer que le déroulement du procès a permis aux défenderesses de connaître les motifs de la condamnation, ainsi que les critères retenus pour fixer le montant de celle-ci. Il en déduit que M. [J] ne produit aucun document de nature à éclairer les décisions américaines, de sorte que la juridiction n'est pas en mesure de s'assurer que la coopérative a eu connaissance des motifs de sa condamnation et a bénéficié d'un procès équitable, au sens de l'article 6, § 1er, de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. 14. En l'état de ces constatations et appréciations souveraines, c'est hors toute dénaturation dès lors que l'imprécision du « Verdict Form » rendait son interprétation nécessaire, que la cour d'appel a retenu, à bon droit, que les décisions américaines non motivées n'étaient pas conformes à l'ordre public international de procédure. 15. Dès lors qu'il ne ressort pas des conclusions d'appel que M. [J] ait soutenu que le refus d'exequatur portait une atteinte disproportionnée à son droit d'accès au juge, la troisième branche, nouvelle et mélangée de fait et de droit, est irrecevable. 16. Pour partie irrecevable, le moyen n'est pas fondé pour le surplus.

Dispositif

PAR CES MOTIFS, la Cour : REJETTE le pourvoi ; Condamne M. [J] aux dépens ; En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé publiquement le dix-sept juin deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'exequatur d'une décision étrangère ?
L'exequatur est la procédure par laquelle une décision de justice rendue à l'étranger est reconnue et peut être exécutée en France.
Pourquoi ma demande d'exequatur a-t-elle été rejetée ?
Votre demande d'exequatur peut être rejetée si la décision étrangère ne respecte pas l'ordre public international ou si elle manque de motivation suffisante.
Quels sont les critères pour qu'une décision étrangère soit reconnue en France ?
Pour qu'une décision étrangère soit reconnue, elle doit respecter l'ordre public, garantir un procès équitable et être rendue par une juridiction compétente.
Comment prouver qu'un procès a été équitable dans une décision étrangère ?
Il faut démontrer que les parties ont eu la possibilité de présenter leurs arguments et que la décision a été prise selon des règles de droit équitables.
Quelles sont les conséquences d'un refus d'exequatur ?
Un refus d'exequatur signifie que la décision étrangère ne peut pas être exécutée en France, ce qui peut empêcher le créancier d'obtenir satisfaction.

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