Tribunal judiciaire, rétention admin étrangers, 18 juin 2026 — n° 26/03201
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de légalité d'une mesure de rétention administrative ?
Principe retenu
Le juge judiciaire est compétent pour se prononcer sur la légalité de la rétention administrative, indépendamment des recours contre la décision de placement. La régularité de la procédure doit être vérifiée, notamment en ce qui concerne l'information du procureur et les conditions de placement.
Faits clés
- Placement en rétention administrative de M. [H] [G] [B] le 13 juin 2026
- Recours de M. [H] [G] [B] pour contester la décision de rétention
- Demande de prolongation de la rétention par le Préfet de la Seine-Saint-Denis
- M. [H] [G] [B] est de nationalité algérienne
- Absence de certificat médical dans le dossier
Articles cités
article 66 de la Constitution
article L 741-3 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
article L 742-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
article L 744-2 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
Exposé du litige
Dossier N° RG 26/03195 - N° Portalis DB2Y-W-B7K-CEQIC
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MEAUX
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CONTENTIEUX DE LA RETENTION ADMINISTRATIVE
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Annexe du palais de Justice de Meaux - [Adresse 1]
Ordonnance statuant sur la contestation de l’arrêté de placement en rétention et sur la première requête en prolongation d’une mesure de rétention administrative
Ordonnance du 18 Juin 2026
Dossier N° RG 26/03201
Nous, Claire ESCARAVAGE-CHARIAU, magistrat du siège au tribunal judiciaire de Meaux, assisté de Anastasia CALIXTE, greffier ;
Vu l’article 66 de la Constitution ;
Vu la loi n° 2025-796 du 11 août 2025 visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d'une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive ;
Vu les articles L 741-3, L742-1 à L 742-3, L 741-10, R 741-3, R 742-1, R743-1 à R 743-10 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Vu l’arrêté d’expulsion pris le 20 mars 2025 par le Préfet dePolice de [Localité 1] envers le M. [H] [G] [B];
Vu la décision de placement en rétention administrative prise le 13 juin 2026 par le PREFET DE LA SEINE-[Localité 2] à l’encontre de M. [H] [G] [B], notifiée à l’intéressé le 13 juin 2026 à 17h25 ;
Vu le recours de M. [H] [G] [B] daté du 17 juin 2026, reçu et enregistré le 17 juin 2026 à 15h07 au greffe du tribunal, par lequel il demande au tribunal d’annuler la décision de placement en rétention administrative pris à son encontre
Vu la requête du PREFET DE LA SEINE-SAINT-DENIS datée du 17 juin 2026, reçue et enregistrée le 17 juin 2026 à 08h59 au greffe du tribunal, tendant à la prolongation de la rétention administrative pour une durée de vingt six jours de :
Monsieur [H] [G] [B], né le 16 Février 1992 à [Localité 3],
de nationalité Algérienne
Vu l’extrait individualisé du registre prévu par l’article L. 744-2 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Dossier N° RG 26/03201
En l’absence du procureur de la République régulièrement avisé par le greffier, dès réception de la requête, de la date, de l’heure, du lieu et de l’objet de la présente audience ;
Après avoir, en audience publique, rappelé à la personne retenue les droits qui lui sont reconnus par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, puis entendu en leurs observations, moyens et arguments :
- Me Ruben GARCIA, avocat au barreau de Paris, choisi par la personne retenue pour l’assister, régulièrement avisé ;
- Me ZERAD (Cabinet ADAM-CAUMEIL) avocat représentant le PREFET DE LA SEINE-[Localité 2] ;
- M. [H] [G] [B] ;
Dossier N° RG 26/03201
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
SUR LA JONCTION DES PROCEDURES
Il convient en application de l’article 367 du code de procédure civile et pour une bonne administration de la justice de joindre les deux procédures à savoir, celle introduite par la requête du PREFET DE LA SEINE-[Localité 2] enregistrée sous le N° RG 26/03195 - N° Portalis DB2Y-W-B7K-CEQIC et celle introduite par le recours de M. [H] [G] [B] enregistré sous le N° RG 26/03201 ;
Il incombe au juge judiciaire de se prononcer en tant que gardien de la liberté individuelle sur la légalité de la rétention, indépendamment de tout recours contre la décision de placement.
SUR LA REGULARITE DE LA PROCEDURE et L’IRRECEVABILITE DE LA REQUÊTE
Le conseil de M. [H] [G] [B] soulève in limine litis l’irrégularité de la procédure aux motifs de :
- l’information tardive au procureur de la République du placement en rétention ;
- le contrôle d’identité irrégulier en ce qu’il apparait discriminatoire ;
- le cumul de la garde à vue et de la rétention administrative à partir du 13 juin 2026 à 12h ;
- l’absence de certificat médical au dossier.
Le conseil de M. [H] [G] [B] soulève l’irrecevabilité de la requête aux motifs de :
- l’absence de pièces justifiant de la réitération des rétentions sur la base du même titre d’éloignement;
- l’absence de registre actualisé à défaut de la mention du recours contre l’arrêté d’expulsion.
Sur le moyen tiré de l’information tardive au parquet du placement en rétention :
Le conseil de la personne retenue soutient que la procédure serait irrégulière en ce que l’avis au procureur de la République du placement en rétention serait tardif.
Il y a lieu de rappeler que la rétention administrative est une mesure privative de liberté de sorte que le législateur a prévu, parmi les garanties entourant une telle mesure, l'information immédiate du procureur de la République, conformément à l’article L. 741-8 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Le procureur de la République à aviser peut être celui du lieu de décision de cette mesure ou celui du lieu de rétention (1re Civ., 8 novembre 2005, pourvoi n° 04-50.126). Un seul procureur de la République doit être immédiatement avisé de la décision de maintien en rétention prise par le représentant de l’État dans le département (1re Civ., 8 novembre 2005, pourvoi n° 04-50.144).
Le juge doit rechercher à quel moment le procureur de la République a été informé du placement en rétention administrative, pour que la Cour de cassation puisse exercer son contrôle (2e Civ., 9 janvier 2003, pourvoi n° 01-50.065, 2e Civ., 27 mars 2003, pourvoi n° 01-50.086).
La cour de cassation a par ailleurs considéré que lorsqu'il ne résultait pas des pièces du dossier que le procureur de la République avait été informé du placement en rétention, la procédure se trouvait entachée d'une nullité d'ordre public, sans que l'étranger qui l'invoque ait à démontrer l'existence d'une atteinte portée à ses droits (1re Civ., 14 octobre 2020, pourvoi n° 19-15.197 publié). Il en est de même du retard dans cette information (1re Civ., 17 mars 2021, pourvoi n° 19-22.083, publié).
Lorsque le moyen est soutenu, il appartient au juge de vérifier aussi bien l'existence de l'information (2e Civ., 10 octobre 2002, pourvoi n°00-50.121) que de son heure exacte (2e Civ., 9 janvier 2003, pourvoi n°01-50.065).
Les modalités de cette information ne sont pas précisées et elle peut donc être délivrée par tout moyen.
En l’espèce l’intéressé a été placé en rétention le 13 juin 2026 à 17h25. Le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Meaux a été avisé du placement le 16 juin 2026 à 15h01. De cette tardiveté il ne peut qu’être conclu à l’irrégularité de la procédure, l’avis d’admission au procureur le 13 juin 2026 à 18h45 à l’arrivée au centre ne pouvant par ailleurs être tenu pour “immédiatement” après le placement, de sorte que la procédure se trouve irrégulière.
A titre superfétatoire, le tribunal relève une seconde nullité qui cause grief à l’intéressé dès lors que le procès-verbal de fin de garde à vue fait état d’un examen médical réalisé par l’intéressé sans que ne soit rapportée la compatibilité de l’état de santé de l’intéressé avec la garde à vue ni communiqué le certificat médical lui-même,
Le moyen sera accueilli également, sans examen plus avant des autres moyens.
SUR LA CONTESTATION DE L’ARRETE DE PLACEMENT
Il est acté du désistement à l’audience du recours en contestation formulé par le conseil de l’intéressé.
SUR LA DEMANDE EN PROLONGATION
La procédure étant irrégulière, il n’y a pas lieu de se prononcer sur la demande en prolongation.
PAR CES MOTIFS,
ORDONNONS la jonction de la procédure introduite par la requête du PREFET DE LA SEINE-[Localité 2] enregistré sous le N°N° RG 26/03195 - N° Portalis DB2Y-W-B7K-CEQIC et celle introduite par le recours de M. [H] [G] [B] enregistrée sous le N° RG 26/03201;
DÉCLARONS le recours de M. [H] [G] [B] recevable ;
DISONS faire droit aux moyens de nullité ;
DISONS n’y avoir lieu à statuer sur les autres moyens ;
DECLARONS la procédure irrégulière ;
CONSTATONS le désistement du recours formulé par M. [H] [G] [B] ;
REJETONS la requête du PREFET DE LA SEINE-[Localité 2] ;
Dispositif
ORDONNONS en conséquence, la mise en liberté de M. [H] [G] [B], sous réserve de l’appel suspensif du procureur de la République ;
RAPPELONS à M. [H] [G] [B] qu’il devra se conformer à la mesure d’éloignement.
Prononcé publiquement au palais de justice du Mesnil-Amelot, le 18 Juin 2026 à 15h45
Le greffier, Le juge,
qui ont signé l’original de l’ordonnance.
Pour information :
- Lorsqu’une ordonnance met fin à la rétention, elle doit être notifiée au procureur de la République. A moins que ce dernier n’en dispose autrement, l’étranger est alors maintenu à la disposition de la justice pendant un délai de six heures à compter de la notification de l’ordonnance au procureur. Durant cette période, l’étranger peut, s’il le souhaite, contacter son avocat ou un tiers, rencontrer un médecin et s’alimenter. Dans le cas où, dans ce délai de six heures le procureur de la République décide de former appel en demandant que son recours soit déclaré suspensif, l’intéressé reste maintenu à la disposition de la justice jusqu’à ce le premier président de la cour d’appel ou son délégué statue sur la demande du procureur, voire sur le fond s’il apparaît justifié de donner un effet suspensif à l’appel du ministère public.
- Le préfet peut aussi faire appel, dans un délai de 24h,mais, en ce cas, son recours n’est pas suspensif.
- L’appel du procureur de la République ou du préfet est transmis par tout moyen au greffe de la Cour d’appel de [Localité 1] (Service des étrangers - Pôle 1 Chambre 11), notamment par télécopie au n° : 01.44.32.78.05. ou par courriel à l’adresse mail [Courriel 1] .
- Tant que la rétention n’a pas pris fin, la personne retenue peut demander l’assistance d’un interprète, d’un avocat ainsi que d’un médecin, et communiquer avec son consulat ou toute personne de son choix.
- La personne retenue bénéficie également du droit de contacter toute organisation et instance nationale, internationale ou non gouvernementale compétente pour visiter les lieux de rétention, notamment :
• le Contrôleur général des lieux de privation de liberté ([Adresse 2] ; www.cglpl.fr ; tél. : [XXXXXXXX01] ; fax : 01.42.38.85.32) ;
• le Défenseur des droits ([Adresse 3] ; tél. : [XXXXXXXX02]) ;
• France Terre d’Asile ([Adresse 4] ; tél. : [XXXXXXXX03]) ;
• Forum Réfugiés Cosi ([Adresse 5] ; tél. : [XXXXXXXX04]) ;
• Médecins sans frontières - MSF ([Adresse 6] ; tél. : [XXXXXXXX05]).
• La CIMADE ([Adresse 7] 01 44 18 60 50)
- France Terre d’[Adresse 8] association indépendante de l’administration présente dans chacun des centres de rétention [Localité 4] (Tél. France [Adresse 9] CRA2 : [XXXXXXXX06] / [XXXXXXXX07] - Tél. France [Adresse 10] : 09.72.41.57.14 / 01.84.16.91.22), est à la disposition des retenus, sans formalité, pour les aider dans l’exercice effectif de leurs droits, aux heures d’accueil précisées par le règlement intérieur.
- A tout moment, la personne retenue peut demander que sa privation de liberté prenne fin, par simple requête, motivée et signée, adressée au magistrat du siège par tout moyen, accompagnée de toutes les pièces justificatives.
- L’ordonnance qui met fin à la rétention ne fait pas disparaître l’obligation de quitter le territoire français imposée par l’autorité administrative tant que la personne concernée n’en est pas relevée.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une rétention administrative ?
La rétention administrative est une mesure qui permet de maintenir une personne en détention pour des raisons liées à son statut d'étranger, souvent en vue d'une expulsion.
Comment contester une décision de rétention ?
Pour contester une décision de rétention, il faut introduire un recours devant le tribunal compétent, en soulevant les irrégularités de la procédure.
Quels sont les droits d'une personne en rétention ?
Une personne en rétention a le droit d'être informée des raisons de sa rétention, de consulter un avocat et de contester la décision devant un juge.
Quelles sont les conditions pour prolonger une rétention administrative ?
La prolongation d'une rétention administrative doit être justifiée par des motifs légaux, notamment le risque de fuite ou de récidive, et doit respecter les délais prévus par la loi.
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