Tribunal judiciaire, 6ème chambre civile, 16 juin 2026 — n° 25/02509
Synthèse de la décision
Question juridique
La jonction de deux instances est-elle justifiée lorsque les fautes de gestion alléguées sont liées à la demande de libération du prix de vente d'un bien immobilier ?
Principe retenu
La jonction d'instances est justifiée lorsque les litiges sont liés et qu'il est dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice de les juger ensemble.
Faits clés
- La SCI [C] a voté la vente d'un bien immobilier pour 65 000€.
- La SCI [C] a assigné la SELARL [J] & [L] pour obtenir le versement de 60 024,22€.
- Mesdames [K] [A] et [B] [A] ont dénoncé des fautes de gestion de Monsieur [W] [V], gérant de la SCI [C].
- Une demande de jonction a été faite entre deux procédures liées aux fautes de gestion et à la libération du prix de vente.
- Le tribunal a ordonné la jonction des instances pour une meilleure administration de la justice.
Exposé du litige
EXPOSÉ DU LITIGE
Par procès-verbal d'assemblée générale du 03 juillet 2023, la société civile immobilière [C] (ci-après dénommée la " SCI [C] ") a voté la vente du bien immobilier constitué du lot n°2 situé dans un ensemble en copropriété au [Adresse 6] au profit de Monsieur [S] [R] moyennant le versement de la somme de 65 000.00€.
Par acte de commissaire de justice du 22 avril 2025 (RG n°25/2509), la SCI [C], représentée par son gérant en exercice, Monsieur [W] [V], a fait assigner la société d'exercice libéral à responsabilité limitée [J] & [L] (ci-après dénommée la " SELARL [J] & [L] ") devant le tribunal judiciaire de Grenoble à l'effet d'obtenir notamment la condamnation de cette dernière à lui verser la somme de 60 024.22€ correspondant à la somme disponible sur le prix de vente du bien immobilier en application de l'article 1231-1 du code civil.
Par attestations des 26 et 28 avril 2025, Mesdames [B] [A] et [K] [A] ont indiqué avoir donné l'ordre à Maître [L] de consigner les fonds issus de la vente de la SCI [C].
Par acte de commissaire de justice des 24 novembre et 11 décembre 2025 (RG n°25/6831), la SELARL [J] & [L] a fait assigner Mesdames [K] [A] et [B] [A] devant le tribunal judiciaire de Grenoble à l'effet d'obtenir notamment la jonction de la présente procédure avec celle enrôlée sous le RG n°25/2509.
Par ordonnance du 13 février 2026, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Grenoble a ordonné la jonction de l'instance inscrite sous le RG n°25/6831 avec celle inscrite sous le RG n°25/2509 sous ce dernier numéro.
Par acte de commissaire de justice du 29 mars 2026 (RG n°26/1647), Mesdames [K] [A] et [B] [A] ont fait dénoncer à Monsieur [W] [V] l'assignation du 24 novembre 2025 et l'ont assigné en intervention forcée devant le tribunal judicaire de Grenoble à l'effet d'obtenir notamment la jonction de la présente procédure avec celle enrôlée sous le RG n°25/2509 sous ce dernier numéro.
Par conclusions d'incident notifiées par RPVA le 12 mai 2026, et auxquelles il y a lieu de se référer pour un plus ample exposé de ses prétentions et moyens, la SCI [C], représentée par son gérant en exercice, Monsieur [W] [V], sollicite de :
- rejeter la demande de jonction de la présente procédure RG 25/02509 avec la procédure RG 26/1647,
- ordonner la clôture de la présente procédure RG 25/02509 et son renvoi pour être examinée par le Tribunal afin qu'il soit statué sur le fond dans les meilleurs délais,
- fixer la date d'audience à laquelle le Tribunal statuera sur les demandes formulées par la SCI [C].
Au soutien de ses prétentions, elle indique s'opposer à la demande de jonction puisque l'instance enrôlée sous le RG n°25/2509 a pour objet la libération d'un produit de la vente par la SELARL [J] & [L] et que celle enrôlée sous le RG n°26/1647 concerne un litige entre associés. Par ailleurs, elle précise que Mesdames [K] [A] et [B] [A] ne justifient pas de leur qualité d'associées au sein de la SCI [C] conformément aux stipulations de l'article 15 des statuts de la SCI [C]. En outre, elle soutient que la présence des associés à la présente procédure n'est pas nécessaire et qu'il n'existe aucun contentieux entre ces dernières et Monsieur [W] [V].
Par conclusions d'incident notifiées par RPVA le 18 mai 2026, et auxquelles il y a lieu de se référer pour un plus ample exposé de ses prétentions et moyens, la SELARL [J] & [L] sollicite de :
- prononcer la jonction entre la présente procédure et celle enrôlée sous le RG n° 26/01647.
- débouter la SCI [C] de sa demande de clôture de la mise en état dans le cadre de la présente procédure.
- renvoyer l'affaire à une prochaine audience de mise en état.
Au soutien de ses prétentions, elle indique être séquestre du prix de vente du bien appartenant à la SCI [C] et que suite à la vente de ce dernier Mesdames [A] se sont opposées à la libération du prix de vente au motif que Monsieur [W] [V] aurait commis des fautes dans la gestion de la SCI [C].
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
L'article 789 du code de procédure civile, dans sa version en vigueur au 1er septembre 2024, dispose que " le juge de la mise en état est, à compter de sa désignation et, jusqu'à son dessaisissement, seul compétent, à l'exclusion de toute autre formation du tribunal, pour :
1° Statuer sur les exceptions de procédure, les demandes formées en application de l'article 47 et les incidents mettant fin à l'instance ;
2° Allouer une provision pour le procès ;
3° Accorder une provision au créancier lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Le juge de la mise en état peut subordonner l'exécution de sa décision à la constitution d'une garantie dans les conditions prévues aux articles 514-5,517 et 518 à 522;
4° Ordonner toutes autres mesures provisoires, même conservatoires, à l'exception des saisies conservatoires et des hypothèques et nantissements provisoires, ainsi que modifier ou compléter, en cas de survenance d'un fait nouveau, les mesures qui auraient déjà été ordonnées ;
5° Ordonner, même d'office, toute mesure d'instruction ;
6° Statuer sur les fins de non-recevoir.
Par dérogation au premier alinéa, s'il estime que la complexité du moyen soulevé ou l'état d'avancement de l'instruction le justifie, le juge de la mise en état peut décider que la fin de non-recevoir sera examinée à l'issue de l'instruction par la formation de jugement appelée à statuer sur le fond.
Dans le cas visé au précédent alinéa, la décision du juge de la mise en état, qui constitue une mesure d'administration judiciaire, est prise par mention au dossier. Avis en est donné aux avocats. Les parties sont alors tenues de reprendre la fin de non-recevoir dans les conclusions adressées à la formation de jugement. "
Sur la demande de jonction
En application de l'article 367 du code de procédure civile, " le juge peut, à la demande des parties ou d'office, ordonner la jonction de plusieurs instances pendantes devant lui s'il existe entre les litiges un lien tel qu'il soit de l'intérêt d'une bonne justice de les faire instruire ou juger ensemble.
Il peut également ordonner la disjonction d'une instance en plusieurs. "
Conformément à l'article 368 du code de procédure civile, " les décisions de jonction ou disjonction d'instances sont des mesures d'administration judiciaire. "
En l'espèce, il est constant et non contesté par les parties que par acte authentique du 12 octobre 2023, régularisé par Maître [J] de la SELARL [J] & [L], la SCI [C] a vendu à Monsieur [S] [R] le lot n°02 situé [Adresse 7] lui appartenant moyennant le versement de la somme de 65 000€.
Il est également constant que suite à la vente Mesdames [K] [A] et [B] [A] ont sollicité de Maître [L] qu'elle consigne les sommes issues de la vente (pièce 2 de la SELARL [J] & [L]).
Tout d'abord, il convient d'écarter le moyen soulevé par la SCI [C] tiré de l'absence de justification de la qualité d'associé de Mesdames [K] [A] et de [B] [A] dans la mesure où Monsieur [W] [V], gérant de la SCI demanderesse, a signé le procès-verbal d'assemblée générale du 03 juillet 2023 aux termes duquel il était expressément stipulé que celles-ci disposaient de la qualité d'associées indivisaires (pièce 1 de la SELARL [J] & [L]).
Par ailleurs, si la SCI [C], représentée par son gérant, Monsieur [W] [V], sollicite la libération de la somme issue de la vente du bien immobilier survenue le 12 octobre 2023 par la SELARL [J] & [L], il convient toutefois de constater qu'aux termes de leurs conclusions Mesdames [K] [A] et [B] [A] font état de fautes commises par Monsieur [W] [V] en sa qualité de gérant de la SCI [C] pour justifier leur demande de séquestre.
Dès lors, au regard de ces éléments, il existe un lien tel qu'il est de l'intérêt d'une bonne administration de la justice de les faire juger ensemble, dans la mesure où les fautes de gestion alléguées par Mesdames [K] [A] et [B] [A] à l'égard de Monsieur [W] [V] en sa qualité de gérant de la SCI [C] sont liées à la demande de libération du prix de la vente survenue le 12 octobre 2023.
Ainsi, il convient d'ordonner la jonction de la présente instance avec celle inscrite sous le RG 25/2509 sous ce dernier numéro.
Sur les autres demandes
Les dépens et frais irrépétibles suivront le sort de l'instance au fond.
L'affaire et les parties seront renvoyées à l'audience de mise en état du 17 septembre 2026 date à laquelle il est fait injonction à Me [T] d'avoir conclu au fond.
PAR CES MOTIFS
Nous, Juge de la mise en état, statuant par ordonnance réputée contradictoire et en premier ressort,
Dispositif
ORDONNONS la jonction de l'instance inscrite sous le RG n°26/1647 avec celle inscrite sous le RG n°25/2509 ;
DISONS que les dépens et frais irrépétibles suivront le sort de l'instance au fond ;
RENVOYONS l'affaire et les parties à l'audience de mise en état du 17 septembre2026 date à laquelle il est fait injonction à Me [T] d'avoir conclu au fond ;
Prononcée publiquement par mise à disposition de l'ordonnance au greffe du tribunal judiciaire, les parties en ayant été avisées préalablement dans les conditions prévues par l'article 450 du code de procédure civile.
LE GREFFIER LE JUGE DE LA MISE EN ETAT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une jonction d'instances ?
La jonction d'instances est une procédure qui permet de regrouper plusieurs affaires judiciaires lorsque celles-ci sont liées, afin de les juger ensemble.
Pourquoi la SCI [C] a-t-elle demandé la jonction des instances ?
La SCI [C] a demandé la jonction des instances car les fautes de gestion alléguées par les défenderesses étaient directement liées à la demande de libération du prix de vente du bien immobilier.
Quels sont les effets d'une jonction d'instances sur le procès ?
La jonction d'instances permet d'éviter des décisions contradictoires et d'assurer une meilleure administration de la justice en traitant les litiges connexes ensemble.
Comment prouver des fautes de gestion dans une SCI ?
Les fautes de gestion peuvent être prouvées par des documents comptables, des témoignages d'associés ou des actes de gestion qui montrent une négligence ou une mauvaise administration.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.