Tribunal judiciaire, juge libertés détention, 18 juin 2026 — n° 26/00440
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions légales pour une hospitalisation sans consentement en raison de troubles mentaux ?
Principe retenu
Une personne atteinte de troubles mentaux ne peut être admise en soins psychiatriques sans son consentement que si ses troubles rendent impossible son consentement et que son état impose des soins immédiats nécessitant une surveillance médicale constante.
Faits clés
- Monsieur [V] [T] a été hospitalisé sans consentement depuis le 10/06/2026.
- Un certificat médical a attesté de son agressivité et de son incapacité à communiquer.
- Les médecins ont jugé que son état nécessitait une hospitalisation complète.
- L'avis motivé du 15/06/2026 a confirmé la persistance de ses troubles mentaux.
- La mesure d'hospitalisation a été maintenue par le tribunal.
Articles cités
article L 3212-1 du code de la santé publique
Exposé du litige
ORDONNANCE DU : 18 Juin 2026
DOSSIER N° : N° RG 26/00440 - N° Portalis DBX2-W-B7K-LS7U
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE NIMES
magistrat du siège du tribunal judiciaire
ORDONNANCE
En matière de soins sans consentement
Nous, Amandine ABEGG, vice-président, magistrat du siège du tribunal judiciaire de NIMES, siégeant à l’annexe du Tribunal au Centre Hospitalier [Adresse 1], assisté de Madame STERLE, Greffier ,
Vu la procédure concernant :
Monsieur [V] [T]
né le 25 Février 1967 à
[Adresse 2]
[Localité 1]
actuellement hospitalisé sans consentement au CHSP D’[Localité 2] depuis le 10/06/2026 ;
Vu la décision portant admission en soins psychiatriques prise le 10/06/2026 en urgence par Monsieur le Directeur de l’Etablissement à la demande d’un tiers ;
Vu la saisine en date du 16 Juin 2026 de Monsieur le Directeur de l’Etablissement hospitalier
tendant au contrôle de la mesure d’hospitalisation complète ;
Vu le dossier prévu à l’article R 3211-12 du Code de la Santé Publique ;
Vu la convocation adressée, à [T] [B] tuteur/curateur du patient;
Vu l’audience publique en date du 18 Juin 2026 tenue à l’annexe du Tribunal au Centre Hospitalier Le Mas Careiron [Adresse 3] à laquelle a comparu le patient
Monsieur [V] [T], dûment avisé, assisté par Me Marion TOUZELLIER, avocat commis d’office ;
Vu les observations écrites de Monsieur le Procureur de la République, favorable à la poursuite de la mesure, absent à l’audience ;
Motivations de la décision
MOTIFS
Selon l’article L.3212-1 du Code de la Santé publique, une personne atteinte de troubles mentaux ne peut être admise en soins psychiatriques sans son consentement sur la décision du directeur d’un établissement psychiatrique que si :
1° Ses troubles rendent impossible son consentement ;
2° son état impose des soins immédiats assortis soit d’une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète, soit d’une surveillance médicale régulière justifiant une prise en charge sous une autre forme.
Monsieur [V] [T] a été hospitalisé sous contrainte, au vu du certificat médical établi par le Docteur [P] [F] en date du 10/06/2026 faisant état de “Le patient est devenu agressif au foyer depuis une semaine, il se montre menaçant depuis 48 heures avec menaces directes. Il nous insulte dans le bureau et l’ambiance est assez tendue “con de ta race”....Le patient n’est pas abordable et inaccessible. Aucune communication possible. Le fait de maintenir le lien fait monter le patient. Pas de propos délirant exprimés. La thymie est difficile à évaluer. Patient devant être admis pour des soins spécialisés. Ces troubles rendent impossible son consentement. Son état impose des soins immédiats et une surveillance constante en milieu hospitalier..” état nécessitant une prise en charge médicale.
Monsieur [V] [T] a été maintenu en hospitalisation complète au regard du certificat médical établi par le docteur [R] [M] en date du 13/06/2026 ;
Aux termes de l’avis motivé en date du 15/06/2026 le docteur [P] [F] indique:
“Représenté par sa sœur et sur certificat médical du Dr [F] pour : « Le patient est devenu agressif au foyer depuis une semaine, il se montre menaçant depuis 48 heures avec menaces directes. II nous insulte dans le bureau et l'ambiance assez tendue « con de ta race... ››. Le patient n 'est pas abordable et inaccessible. Aucune communication possible. Le fait de maintenir le lien fait monter le patient. Pas de propos délirants exprimés. La thymie est difficile à évaluer: Patient devant être admis pour des soins spécialisés ››. Ce jour, le patient présente un contact de qualité médiocre. Le contenu du discours ne tient pas vraiment compte des éléments de réalisé et Mr [T] ne critique pas les propos qu”il a tenu avant l’hospitalisation envers l'équipe éducative et l’agressivité présentée au Foyer [O] [E]. Mr [T] présente un sentiment de toute puissance ayant nécessité une mise à
l'abri en hospitalisation, mise à l'abri de lui-même mais aussi des autres résidents du Foyer. Le patient était menaçant, insultant, il présentait aussi des éléments interprétatifs. En entretien, Mr [T] ne présente pas d'agressivité mais il n'est pas en capacité dïntrojecter ses difficultés et la problématique de ses comportements. En conséquence, la mesure de soins psychiatriques sans consentement à la demande d'un tiers en urgence avec hospitalisation à temps complet reste médicalement justifiée.” et qu’en conséquence, la mesure de soins psychiatriques sans consentement avec hospitalisation à temps complet doit se poursuivre.
Lors de l’audience, Monsieur [V] [T] s’est exprimé. Il indique être bien en hospitalisation et s'occuper. Il espère sortir lundi ou mardi.
Son conseil soulève deux difficultés :
- l'absence de reproduction des mentions manuscrites par le tiers
- l'absence d'éléments médicaux circonstanciés dans le certificat de 72h justifiant le maintien
L'article L3212-1 impose la rédaction de mentions manuscrites par le tiers sollicitant l'hospitalisation.
En l'espèce les mentions ont été dactylographiées.
Néanmoins, la demande porte une signature manuscrite et est accompagnée de la production d'une pièce d'identité du tiers ayant demandé l'hospitalisation ce qui permet de vérifier la validité de cette demande.
Par conséquent, aucun grief ne peut être relevé à ce titre.
S'agissant de l'absence d'éléments circonstanciés motivant le maintien dans le certificat de 72 heures, il convient de constater que si le certificat précise que le comportement et le discours semblent plus cohérents et adaptés, le médecin a souligné l'absence de « franche critique » des actes hétéro agressifs ayant justifié l'hospitalisation.
En outre, l'avis motivé du 15 juin 2026 souligne un contact de qualité médiocre, un contenu de discours sans éléments de réalité, la persistance de sa difficulté à remettre en question ses actes.
Aucun grief ne peut être justifié à ce titre tenant l'état du patient.
Il résulte des éléments médicaux versés au soutien de la requête et des débats que les troubles mentaux décrits aux certificats médicaux rappelés ci-dessus sont persistants à ce jour et rendent impossible son consentement sur la durée.
L’état de la personne nécessite une surveillance médicale constante justifiant une hospitalisation complète.
P A R C E S M O T I F S
Statuant publiquement et en premier ressort ;
Vu les articles L 3212-1 et suivants du code de la santé publique;
Disons que les conditions légales de l’hospitalisation sans consentement de Monsieur [V] [T] sont remplies depuis son admission et demeurent remplies à ce jour.
Disons n’y avoir lieu à ordonner la mainlevée de cette mesure.
Dispositif
Ordonnons la poursuite de la mesure sous la forme d’une hospitalisation complète.
La présente ordonnance est susceptible d’appel dans les 10 jours de sa notification devant le Premier Président de la Cour d’Appel de [Localité 3]. Cet appel ne suspend pas l’exécution de la présente décision sauf demande expresse de Monsieur le Procureur de la République formulée dans le délai de 6 h.
Fait à l’annexe du Tribunal dans l’enceinte de l’hôpital du [Etablissement 1] le 18 Juin 2026.
Le Greffier La Présidente
Copie de la présente ordonnance a été adressée par mail à Monsieur le Directeur de l’Etablissement
Copie de la présente ordonnance a été portée à la connaissance de Monsieur [V] [T] par notification et remise d’une copie par l’intermédiaire du Directeur de l’Etablissement
Copie de la présente Ordonnance a été adressée par mail à l’avocat
Copie de la présente Ordonnance a été adressée par mail au tuteur/tiers demandeur
Monsieur le Procureur de la république a été avisé par mail de la présente décision
Le 18 Juin 2026
Le Greffier
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une hospitalisation sans consentement ?
C'est une mesure qui permet d'admettre une personne en soins psychiatriques sans son accord, lorsque son état mental le justifie.
Quels sont les critères pour une hospitalisation sans consentement ?
Les critères incluent l'impossibilité pour le patient de donner son consentement et la nécessité de soins immédiats.
Comment se passe le contrôle judiciaire d'une hospitalisation ?
Le contrôle judiciaire permet de vérifier si les conditions d'hospitalisation sans consentement sont toujours remplies, et peut être demandé par le patient ou ses proches.
Peut-on contester une hospitalisation sans consentement ?
Oui, le patient ou ses représentants peuvent contester la décision devant le tribunal compétent dans un délai de 10 jours.
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