Tribunal judiciaire, référés cabinet 3, 19 juin 2026 — n° 26/01371
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour ordonner une expertise en référé dans le cadre d'un accident de la circulation ?
Principe retenu
L'article 145 du code de procédure civile permet d'ordonner des mesures d'instruction avant tout procès si un motif légitime existe. L'absence d'instance au fond est une condition de recevabilité de la demande, mais des contestations sérieuses ne font pas obstacle à l'application de cet article.
Faits clés
- Monsieur [P] [W] a été victime d'un accident de la circulation en tant que passager.
- L'accident a eu lieu le [Date décès 1] 2026 à [Localité 1].
- Le véhicule impliqué était une Renault appartenant à Madame [E] [M].
- Monsieur [P] [W] a subi des blessures, dont des cervicalgies-dorsalgies et un stress post-traumatique.
- Un constat amiable a été rédigé par les conductrices impliquées.
Articles cités
article 145 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Monsieur [P] [W] a été victime d’un accident de la circulation, survenu le [Date décès 1] 2026, à [Localité 1], en qualité de passager transporté par Madame [N] [F]. En effet, il a été percuté par un véhicule Renault, immatriculé [Immatriculation 1], appartenant à Madame [E] [M] et assuré auprès de la compagnie d’assurances GMF.
Les deux conductrices ont rédigé et signé un constat amiable, la présence de Monsieur [P] [W] est relaté au verso de ce dernier.
Selon certificat médical établi le lendemain de l’accident, Monsieur [P] [W] a présenté des cervicalgies-dorsalgies et stress post-traumatique. Ce constat a été réitéré par certificat du 02 février 2026.
La radiographie réalisée le 03 février 2026 met en évidence une contracture post-traumatique de C2 à C6 avec une très légère réduction de l’épaisseur somatique postérieure C6-C7 et une altération de la lordose sagittale.
Aucune démarche amiable ne semble avoir été engagée par l’une ou l’autre partie.
Suivant actes de commissaire de justice en date du 11 mars 2026, Monsieur [P] [W] a assigné la SA MATMUT et la Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône (CPAM) en référé aux fins de voir ordonner une expertise, d’obtenir une provision de 6.000 € et 1.000 € au titre des frais irrépétibles, outre les dépens.
A l’audience du 10 avril 2026, Monsieur [P] [W], par l’intermédiaire de son avocat, a maintenu ses demandes, faisant valoir ses moyens tels qu’exprimés dans l’assignation à laquelle il convient de se reporter.
En défense, la SA MATMUT, par l’intermédiaire de son avocat, faisant valoir ses moyens tels qu’exprimés dans ses conclusions auxquelles il convient de se reporter, ne s’oppose ni au droit à réparation ni à l’instauration d’une mesure d’expertise et demande au juge de réduire la provision accordée à 1.000 € ainsi que de rejeter le reste des demandes.
La Caisse primaire d’assurance maladie des Bouches-du-Rhône assignée à personne morale, n’a pas comparu ni fait connaître le montant de ses débours.
L’affaire a été mise en délibéré au 05/06/2026, prorogé au 19/06/2026.
Motivations de la décision
MOTIFS
Sur l’expertise
L’article 145 du code de procédure civile dispose : « S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »
L’absence d’instance au fond, qui constitue une condition de recevabilité de la demande formée en application de l’article 145 du Code de procédure civile, doit s’apprécier à la date de la saisine du juge.
L'existence de contestations, même sérieuses, ne constitue pas un obstacle à la mise en œuvre des dispositions de l'article précité. Il appartient uniquement au juge des référés de caractériser le motif légitime d'ordonner une mesure d'instruction, sans qu’il soit nécessaire de procéder préalablement à l'examen de la recevabilité d'une éventuelle action, non plus que de ses chances de succès sur le fond.
Il suffit de constater qu'un tel procès est possible, qu'il a un objet et un fondement suffisamment déterminés, que sa solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée et que celle-ci ne porte aucune atteinte illégitime aux droits et libertés fondamentaux d'autrui.
En l’espèce, Monsieur [P] [W] produit aux débats des pièces médicales attestant de blessures.
Par ailleurs, le principe de l’expertise n’est pas contesté.
Il convient donc d’y faire droit.
Sur les demandes provisionnelles
Aux termes de l’article 835 du code de procédure civile, le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d'une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s'imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite.
Dans les cas où l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l'exécution de l'obligation même s'il s'agit d'une obligation de faire.
En l’espèce, le droit à indemnisation du demandeur n’est pas contesté.
Le montant de la provision devant être allouée au demandeur ne peut excéder le montant d’indemnisation au-delà duquel celui-ci devient aléatoire ou incertain compte tenu de l’appréciation du juge du fond notamment.
Au regard des pièces médicales, le montant doit dès lors être justement fixé à la somme de 1.000 €.
Sur les demandes accessoires
Il résulte des dispositions combinées des articles 696 et 700 du Code de procédure civile que les dépens sont à la charge de la partie succombant et que les frais irrépétibles en suivent le sort, sauf considérations tirées de l’équité ou de la différence de situation économique entre les parties.
En l’espèce, Monsieur [P] [W] n’a pas laissé à l’assureur le délai légal de trois mois pour mettre en place un processus d’indemnisation amiable et a fait le choix d’un traitement judiciaire des conséquences de cet accident.
Qu’en conséquence, aucune considération d’équité ne commande de faire application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et Monsieur [P] [W] sera condamné aux dépens.
Il convient de rappeler que la présente ordonnance est, de plein droit, exécutoire par provision.
PAR CES MOTIFS, JUGEANT PAR ORDONNANCE PRONONCÉE PAR MISE A DISPOSITION AU GREFFE, RÉPUTÉE CONTRADICTOIRE ET EN PREMIER RESSORT,
Vu l’article 145 du code de procédure civile,
Dispositif
ORDONNONS une expertise médicale de Monsieur [P] [W] ;
COMMETTONS pour y procéder :
Docteur [H] [Z]
[Adresse 4]
[Localité 2]
Tél : [XXXXXXXX01]
Courriel : [Courriel 1]
Expert inscrit auprès de la cour d’appel d’[Localité 3], avec pour mission de :
- convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l'occasion de l'exécution des opérations ou de la tenue des réunions d'expertise,
-examiner Monsieur [P] [W], décrire les lésions causées par l’accident après s’être fait communiquer le dossier médical et toutes pièces médicales relatives aux examens, soins et interventions pratiquées et ce par la victime ou tout tiers à l’instance détenteur, mais dans ce cas avec l’accord de la victime, indiquer les traitements appliqués, l’évolution et l’état actuel des lésions et dire si elles sont en relation directe et certaine avec l’accident,
- en cas d’état antérieur le décrire en ne retenant que les antécédents pouvant avoir une incidence sur les lésions ou séquelles, dire son incidence sur l’état de la victime,
- dire la date à laquelle la consolidation des blessures a été obtenue,
En l’absence de consolidation dire à quelle date il conviendra de revoir la victime, préciser si possible dans une fourchette minima/maxima les dommages prévisibles pour l’évaluation d’une éventuelle provision,
- Pertes de gains professionnels actuels
Indiquer les périodes pendant lesquelles Monsieur [P] [W] a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l’incapacité d’exercer totalement ou partiellement son activité professionnelle, et en cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée, préciser la durée des arrêts de travail retenus par l’organisme social au vu des justificatifs produits (ex : décomptes de l’organisme de sécurité sociale), et dire si ces arrêts de travail sont liés au fait dommageable ;
- Déficit fonctionnel temporaire
Indiquer les périodes pendant lesquelles Monsieur [P] [W] a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire dans l’incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles et en cas d’incapacité partielle, préciser le taux et la durée ;
- Fixer la date de consolidation et, en l’absence de consolidation, dire à quelle date il conviendra de revoir Monsieur [P] [W] ; préciser, lorsque cela est possible, les dommages prévisibles pour l’évaluation d’une éventuelle provision ;
- Déficit fonctionnel permanent
Indiquer si, après la consolidation, Monsieur [P] [W] subit un déficit fonctionnel, et en évaluer l’importance et en chiffrer le taux ; dans l’hypothèse d’un état antérieur préciser en quoi l’accident a eu une incidence sur cet état antérieur et décrire les conséquences ;
- Assistance par tierce personne
Indiquer le cas échéant si l’assistance constante ou occasionnelle d’une tierce personne (étrangère ou non à la famille) est ou a été nécessaire pour effectuer les démarches et plus généralement pour accomplir les actes de la vie quotidienne ou apporter, le cas échéant, un soutien à la parentalité, et préciser la nature de l’aide à prodiguer et sa durée quotidienne ;
- Dépenses de santé futures
Décrire les soins futurs et les aides techniques compensatoires au handicap de Monsieur [P] [W] (prothèses, appareillages spécifiques, véhicule) en précisant la fréquence de leur renouvellement ;
- Frais de logement et/ou de véhicules adaptés
Donner son avis sur d’éventuels aménagements nécessaires pour permettre, le cas échéant, à Monsieur [P] [W] d’adapter son logement et/ou son véhicule à son handicap ;
- Pertes de gains professionnels futurs
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne l’obligation pour Monsieur [P] [W] de cesser totalement ou partiellement son activité professionnellement ou de changer d’activité professionnelle ;
- Incidence professionnelle
Indiquer, notamment au vu des justificatifs produits, si le déficit fonctionnel permanent entraîne d’a…
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une provision dans le cadre d'un accident de la circulation ?
Une provision est un paiement anticipé accordé à la victime pour couvrir ses frais en attendant la réparation définitive de son préjudice.
Comment se déroule une expertise judiciaire après un accident ?
L'expertise judiciaire consiste à faire évaluer les dommages par un expert désigné par le tribunal, qui établira un rapport sur l'état des blessures et les conséquences.
Quels sont mes droits en tant que passager dans un accident de la circulation ?
En tant que passager, vous avez le droit d'être indemnisé pour vos blessures et préjudices, même si vous n'êtes pas le conducteur du véhicule.
Que faire si l'assureur ne répond pas à ma demande d'indemnisation ?
Vous pouvez saisir le tribunal pour obtenir une décision sur votre demande d'indemnisation, notamment en référé si une expertise est nécessaire.
Quels types de préjudices peuvent être indemnisés après un accident ?
Les préjudices corporels, les frais médicaux, les pertes de revenus et le préjudice moral peuvent être indemnisés après un accident de la circulation.
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