Tribunal judiciaire, pole civil - fil 6, 19 juin 2026 — n° 25/01570
Synthèse de la décision
Question juridique
La restitution d'un chèque peut-elle être ordonnée en cas de non-exécution d'une obligation contractuelle par le créancier ?
Principe retenu
Le juge de la mise en état peut ordonner la restitution d'un chèque émis en garantie d'une obligation contractuelle lorsque celle-ci n'est pas exécutée. En cas de non-respect des délais d'exécution, le créancier peut être condamné aux dépens et à indemniser le débiteur pour les frais engagés.
Faits clés
- Monsieur [E] [J] est locataire d'un véhicule accidenté.
- Le coût des réparations a été évalué à 38 207,45 euros.
- Monsieur [J] a laissé un chèque de ce montant à la S.A [R].
- La S.A [R] a tenté d'encaisser le chèque sans avoir été réglée par l'assureur.
- Le juge a ordonné la restitution du chèque à Monsieur [J].
Exposé du litige
EXPOSÉ DU LITIGE
Monsieur [E] [J] est locataire d’un véhicule de marque BMW modèle 420i immatriculé [Immatriculation 1].
Ce véhicule a été accidenté le 15 juin 2024.
Ce sinistre a fait l’objet d’une procédure relative aux véhicules gravement endommagés. Dans ce cadre, le rapport d’expertise a été déposé le 10 octobre 2024 avec des réparations évaluées à la somme de 38 207,45 euros qui ont été réalisées par la S.A [R].
Monsieur [J] a laissé un chèque de ce montant à la S.A [R] dans l’attente de la perception d’une indemnité de son assureur, MAAF ASSURANCES.
Faute d’avoir être réglée du coût des réparations effectuées, la S.A [R] a tenté d’encaisser le chèque de Monsieur [J] le 12 février 2024.
Par acte de commissaire de justice du 3 avril 2025, la S.A [R] a fait assigner Monsieur [E] [J] devant le tribunal judiciaire de Toulous en paiement.
Par assignation du 15 mai 2025, Monsieur [J] a appelé en la cause son assureur, MAAF ASSURANCES, qui n’a pas constitué avocat.
Par ordonnance du 27 juin 2025, le juge de la mise en état a prononcé la jonction des procédures.
Par ordonnance du 9 janvier 2026, le juge de la mise en état a :
- débouté Monsieur [E] [J] de son exception de nullité de l’assignation délivrée par la S.A [R] le 3 avril 2025 ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité à agir de la S.A [R] ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa demande de provision au titre de la restitution de l’indû ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa demande de provision au titre des préjudices subis ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa demande de provision au titre de la défense et résistance abusive ;
- condamné la S.A [R] à restituer à Monsieur [E] [J] le chèque n°2677511 émis par la banque CIC Sud-Ouest d’un montant de 38 207,45 euros, à titre de mesure conservatoire, dans le délai d’un mois à compter de la présente décision ;
- débouté de Monsieur [E] [J] tendant à assortir la condamnation de restitution d’une astreinte ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa demande tendant à voir la prescription de l’action cambiaire constatée et l’interdiction bancaire levée ;
- débouté la S.A [R] de sa demande de provision ;
- débouté la S.A [R] de sa demande aux fins d’injonction de communication de pièce sous astreinte ;
- dit que les dépens du présent incident seront joints à ceux de l’instance au fond ;
- débouté la S.A [R] de sa demande formée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
- débouté Monsieur [E] [J] de sa demande formée au titre de l’article 700 du code de procédure civile ;
- ordonné le renvoi du dossier à l’audience de mise en état électronique du 27 mars 2026 à 08h30 pour conclusions au fond de la partie défenderesse et indiquer au juge de la mise en état l’effectivité de la remise du chèque ordonnée.
Dans ses conclusions d’incident devant le juge de la mise en état notifiées par RPVA le 25 mars 2026, Monsieur [J] demande au juge de la mise en état de :
- CONDAMNER la S.A [R] à lui restituer le chèque n°2677511 émis par la Banque CIC Sud-Ouest, agence [Localité 1] Minimes, d’un montant de 38 207,45 euros sous astreinte définitive de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir et sur simple présentation de ladite décision ;
- CONDAMNER la S.A [R] aux entiers dépens de l’incident et à lui payer la somme de 2 400 euros au même titre sur le fondement des articles 696, 699 et 700 du code de procédure civile.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Il ressort de l’article 789 du code de procédure civile que “Le juge de la mise en état est, à compter de sa désignation et, jusqu'à son dessaisissement, seul compétent, à l'exclusion de toute autre formation du tribunal, pour :
1° Statuer sur les exceptions de procédure, les demandes formées en application de l'article 47 et les incidents mettant fin à l'instance ;
2° Allouer une provision pour le procès ;
3° Accorder une provision au créancier lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Le juge de la mise en état peut subordonner l'exécution de sa décision à la constitution d'une garantie dans les conditions prévues aux articles 514-5,517 et 518 à 522 ;
4° Ordonner toutes autres mesures provisoires, même conservatoires, à l'exception des saisies conservatoires et des hypothèques et nantissements provisoires, ainsi que modifier ou compléter, en cas de survenance d'un fait nouveau, les mesures qui auraient déjà été ordonnées ;
5° Ordonner, même d'office, toute mesure d'instruction ;
6° Statuer sur les fins de non-recevoir.
Par dérogation au premier alinéa, s'il estime que la complexité du moyen soulevé ou l'état d'avancement de l'instruction le justifie, le juge de la mise en état peut décider que la fin de non-recevoir sera examinée à l'issue de l'instruction par la formation de jugement appelée à statuer sur le fond.
Dans le cas visé au précédent alinéa, la décision du juge de la mise en état, qui constitue une mesure d'administration judiciaire, est prise par mention au dossier. Avis en est donné aux avocats. Les parties sont alors tenues de reprendre la fin de non-recevoir dans les conclusions adressées à la formation de jugement.”
I- Sur la demande de Monsieur [J] de restitution du chèque sous astreinte.
Pour rappel, par ordonnance du 9 janvier 2026, le juge de la mise en état a condamné la S.A [R] à restituer à Monsieur [E] [J] le chèque n°2677511 émis par la banque CIC Sud-Ouest d’un montant de 38 207,45 euros à titre de mesure conservatoire dans le délai d’un mois à compter de la présente décision. La demande d’astreinte présentée par Monsieur [J] avait été rejetée car elle apparaissait prématurée et excessive à ce stade de la procédure, la S.A [R] n’ayant jamais fait preuve de résistance dans le cadre de ce litige.
Cependant, la décision du juge de la mise en état dont copie a été adressée aux conseils des parties le 16 janvier 2026 et qui, étant exécutoire de plein droit, aurait dûe être exécutée au plus tard le 16 février 2026, n’avait manifestement pas été respectée par la S.A [R] au 25 mars 2026, conduisant Monsieur [J] à saisir de nouveau le juge de la mise en état pour solliciter l’instauration d’une astreinte.
Si le conseil de Monsieur [J] a indiqué lors de l’audience que le chèque lui a finalement été restitué cela a été fait par courrier daté du 2 avril 2026 soit postérieurement à l’incident soulevé par Monsieur [J] devant le juge de la mise en état.
Par conséquent, eu égard à la restitution effective du chèque par la S.A [R] à Monsieur [J], sa demande est devenue sans objet et n’y a plus lieu à statuer dessus.
VI- Sur les frais de l’incident.
Aux termes de l’article 790 du code de procédure civile, le juge de la mise en état peut statuer sur les dépens et les demandes formées au titre de l’article 700 du code de procédure civile.
La nouvelle saisine du juge de la mise en état résulte uniquement de l’absence d’exécution correcte de la première ordonnance du juge de la mise en état par la S.A [R] engendrant de nouveaux frais pour Monsieur [J] dont il convient de l’indemniser à hauteur de 700 euros. Les dépens du présent incident seront également à la charge de la S.A [R].
Le dossier sera renvoyé à la mise en état électronique selon les modalités prévues au dispositif de la présente ordonnance, afin d’en assurer le suivi.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le juge de la mise en état, statuant publiquement, par ordonnance réputée contradictoire, et en premier ressort, prononcée par mise à disposition au greffe,
DIT n’y avoir plus lieu à statuer sur la demande de restitution sous astreinte du chèque n°2677511 émis par la banque CIC Sud-Ouest d’un montant de 38 207,45 euros ;
CONDAMNE la S.A [R] aux entiers dépens du présent incident de mise en état ;
CONDAMNE la S.A [R] à payer à Monsieur [E] [J] la somme de 700 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile ;
ORDONNE le renvoi du dossier à l’audience de mise en état électronique du 11 septembre 2026à 08h30 pour conclusions au fond de la partie demanderesse.
LE GREFFIER LE JUGE DE LA MISE EN ETAT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une obligation contractuelle ?
Une obligation contractuelle est un engagement pris par une partie envers une autre dans le cadre d'un contrat, qui doit être exécuté selon les termes convenus.
Comment se déroule la restitution d'un chèque ?
La restitution d'un chèque peut être ordonnée par un juge lorsque le créancier n'a pas respecté ses obligations contractuelles, et doit être effectuée dans un délai imparti.
Quels sont les frais de justice en cas de litige ?
Les frais de justice, appelés dépens, incluent les coûts liés à la procédure judiciaire, qui peuvent être à la charge de la partie perdante.
Peut-on demander des dommages et intérêts pour frais engagés ?
Oui, il est possible de demander des dommages et intérêts pour couvrir les frais engagés en raison de la non-exécution d'une obligation par l'autre partie.
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