Tribunal judiciaire, juge libertés & détention, 21 juin 2026 — n° 26/01241
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions de prolongation d'une mesure de rétention administrative ?
Principe retenu
La prolongation d'une mesure de rétention administrative doit être justifiée par des éléments concrets relatifs à la situation de l'intéressé et à l'ordre public. La décision doit être prise dans le respect des dispositions du CESEDA.
Faits clés
- M. X, de nationalité marocaine, est né à Casablanca en 1996.
- Il a été placé en rétention administrative le 22 mai 2026.
- Une demande de prolongation de la rétention a été faite le 20 juin 2026.
- M. X a refusé de donner ses empreintes lors de son placement en rétention.
- La décision de prolongation a été rendue le 21 juin 2026 pour une durée de trente jours.
Articles cités
article L.614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.743-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
article L.743-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Par décision en date du 22 mai 2026 notifiée le 23 mai 2026 à 8h58, l’autorité administrative a ordonné le placement de X se disant [O] [T] né le 21 octobre 1996 à Casablanca (Maroc) de nationalité marocaine en rétention dans des locaux ne relevant pas de l’administration pénitentiaire.
Par décision rendue le 29 mai 2026, le premier président de la Cour d’appel de DOUAI a ordonné la prolongation de la rétention administrative de X se disant [O] [T] pour une durée maximale de vingt-six jours suite à l’appel de l’ordonnance prononcée le 27 mai 2026 par le magistrat du siège du tribunal judiciaire de Lille.
Par requête en date du 20 juin 2026, reçue au greffe le même jour à 8h04, l’autorité administrative a saisi le juge aux fins de voir ordonner la prolongation de la rétention pour une durée de trente jours.
Le conseil de X se disant [O] [T] ne soulève aucun moyen pour s’oposer à la prolongation de la rétention.
Le représentant de l’administration soutient la requête et demande la prolongation de la rétention au visa de la menace à l’ordre public compte tenu de ses nombreuses condamnations et de l’obstruction de l’intéressé. Il indique que les diligences ont été faites et précise que la CPAM et la CAF ont été saisies pour savoir s’il aurait donné sa carte d’identité car il se revendique de la nationalité tunisienne.
X se disant [O] [T] a exposé sa situation personnelle. Il indique qu’il a déjà donné ses empreintes à la sortie de prison et qu’on ne lui a pas expliqué les conséquences du refus de donner ses empreintes.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
L’article L742-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose :
Le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours.
La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours.
Il est rappelé qu’il suffit que le retenu réponde à l’une des situations préues par le texte pour autoriser la prolongation, s’agissant de critères alternatifs et non cumulatifs.
Cependant, indépendamment des critères visés à l’article L. 742-4 du CESEDA, il ressort de l’article L. 741-3 qu’« un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L’administration exerce toute diligence à cet effet ».
En l’espèce, il apparaît que X se disant [O] [V] [R] a fait l’objet de plusieurs condamnations sur le territoire français :
- le 9 mars 2020 par le tribunal correctionnel de Saint Quentin à 6 mois d’emprisonnement pour refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, recel de vol, vols aggravés, rebellion, escroquerie, refus de se prêter aux prises d’empreintes digitales ou de photographies lors d’une vérification d’identité
le 19 avril 2022 par le tribunal correctionnel de Reims à 6 mois d’emprisonnement pour vol par effracton et rebellion
- le 10 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Reims à 1 an d’emprisonnement et une interdiction définitive du territoire français pour vol aggravé et tentative de vol aggravé
- le 7 mai 2024 par la cour d’appel de Colmar à 6 mois d’emprisonnement pour récidive de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit et récidive de refus de se soumettre aux opération de relevé signalétiques par étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement
- le 5 novembre 2025 par le tribunal correctionnel de Saint Quentin à 8 mois d’emprisonnement pour violence avec arme.
Il a été placé au centre de rétention à sa sortie de détention.
Ces différentes condamnations établissent que X se disant [O] [T] représente une menace pour l’ordre public.
En outre, il apparaît que l’administration a effectué toutes diligences pour obtenir la délivrance d’un document de voyage puisqu’une demande de laissez passer consulaire a été faite auprès des autorités marocaines les 15 avril et 12 juin 2026. Une demande a également été faite auprès de la CPAM et de la CAF pour savoir si elles disposent d’un document d’identité concernant X se disant [O] [T] alors qu’il apparaît qu’il aurait un numéro de sécurité sociale, qu’il résiderait à Saint Quentin et qu’il serait de nationalité tunisienne et non marocaine. Une demande de routing a été faite le 24 mai. En outre, X se disant [O] [T] a refusé de donner ses empreintes le 15 juin 2026 alors qu’il lui a bien été rappelé, en présence d’un interprète, que ce refus était constitutif d’un délit.
Ainsi, il apparaît que X se disant [O] [T] fait obstruction à la mesure d’éloignement et que celui-ci n’a pu être exécuté en raison de l’absence de délivrance des documents de voyage malgré les diligences de l’administration.
Par conséquent, il sera fait droit à la requête du préfet du Nord sollicitant la prolongation pour 30 jours supplémentaires de la rétention administrative de X se disant [O] [T].
PAR CES MOTIFS :
Statuant publiquement en premier ressort, par décision assortie de l’exécution provisoire,
DÉCLARONS recevable la requête en prolongation de la rétention administrative ;
Dispositif
ORDONNONS LA PROLONGATION DE LA RETENTION de M. X se disant [O] [T] pour une durée de trente jours à compter du 21 juin 2026 à 8h58.
Fait à LILLE, le 21 Juin 2026
Notifié ce jour à h mn
LE GREFFIER LE MAGISTRAT DELEGUE
NOTIFICATION DE L’ORDONNANCE AUX PARTIES
DOSSIER : N° RG 26/01241 - N° Portalis DBZS-W-B7K-25DE -
Mme [W] [X] / M. [O] [T] alias [M]
DATE DE L’ORDONNANCE : 21 Juin 2026
NOTIFIONS sur le champ la présente ordonnance aux parties, qui en émargeant ci-après, attestent en avoir reçu copie et les avisons de la possibilité de faire appel, devant le Premier président de la cour d’appel ou son délégué, de la présente ordonnance dans les vingt-quatre heures de son prononcé ; les informons que la déclaration d’appel doit être motivée et peut être transmise par tout moyen (notamment par mail via la boîte structurelle : libertes.ca-douai@justice.fr); leur indiquons que seul l’appel formé par le ministère public peut être déclaré suspensif par le Premier président de la cur d’appel ou son délégué si celui-ci est formé dans les six heures de la décision.
Information est donnée à M. [O] [T] alias [M] qu’il est maintenu à disposition de la justice pendant un délai de six heures à compter de la notification de la présente ordonnance au procureur de la République, lorsqu’il est mis fin à sa rétention ou lors d’une assignation à résidence. Durant cette période, l’intéressé peut, s'il le souhaite, contacter son avocat et un tiers, rencontrer un médecin et s'alimenter.
Traduction orale faite par l’interprète.
LE REPRESENTANT DU PREFET L’INTERESSE
Par mail Par visioconférence
L’INTERPRETE LE GREFFIER
L’AVOCAT
Par mail
______________________________________________________________________________
RÉCÉPISSÉ
M. [O] [T] alias [M]
retenu au Centre de Rétention de LESQUIN
reconnait avoir reçu notification de ladite ordonnance en date du 21 Juin 2026
date de remise de l’ordonnance :
le :
signature de l’intéressé
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une rétention administrative ?
La rétention administrative est une mesure qui permet de maintenir un étranger en détention pour des raisons liées à son statut migratoire, souvent en attendant une expulsion.
Comment se passe la prolongation d'une rétention administrative ?
La prolongation d'une rétention administrative nécessite une demande de l'autorité administrative, qui doit être justifiée par des éléments concrets et est soumise à l'examen d'un magistrat.
Quels sont les droits d'un étranger en rétention ?
Un étranger en rétention a le droit d'être informé de la raison de sa détention, de contacter un avocat, et de bénéficier de soins médicaux si nécessaire.
Pourquoi ma rétention administrative peut-elle être prolongée ?
La prolongation peut être décidée si des éléments justifient que la situation de l'intéressé nécessite un maintien en rétention, notamment pour des raisons d'ordre public.
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