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Tribunal judiciaire, 3ème chambre civile, 23 juin 2026 — n° 25/04889

Fait droit à une partie des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur

Synthèse de la décision

Question juridique

Quelles sont les conséquences de la résiliation d'un contrat de crédit à la consommation en cas de défaut de paiement ?

Principe retenu

Le juge des contentieux de la protection peut constater la déchéance du terme d'un contrat de crédit et prononcer la résiliation judiciaire en cas de défaut de paiement. La décision suspend les procédures d'exécution engagées par le créancier et les majorations d'intérêts cessent d'être dues pendant le délai fixé par le jugement.

Faits clés

  • Monsieur [R] [I] a souscrit un crédit renouvelable de 2.500 euros auprès de la Société ONEY BANK.
  • La Société ONEY BANK a cédé la créance à la Société HOIST FINANCE AB (PUBL).
  • Monsieur [R] [I] a reçu une mise en demeure pour un montant de 731,10 euros.
  • Le contrat a été résilié par la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) en novembre 2024.
  • Monsieur [R] [I] a été assigné devant le juge des contentieux de la protection pour le paiement des sommes dues.

Articles cités

article R.632-1 du code de la consommation article L314-26 du code de la consommation article 700 du code de procédure civile article 514 du code de procédure civile

Exposé du litige

PROCÉDURE : Date de la première évocation : 28 Avril 2026 Date des débats : 28 Avril 2026 Date de la mise à disposition : 23 Juin 2026 EXPOSÉ DU LITIGE Selon offre préalable acceptée le 5 décembre 2021, la Société ONEY BANK a consenti à Monsieur [R] [I] un crédit renouvelable d’une durée d’un an d'un montant maximum en capital de 2.500 euros, avec intérêts au taux débiteur variable, calculé selon les sommes réellement utilisées. Suivant contrat de cession en date du 14 décembre 2023, la Société ONEY BANK a cédé à la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) un portefeuille de créances dont celle détenue à l'encontre de Monsieur [R] [I]. Cette cession de créance a été notifiée à Monsieur [R] [I] le 5 août 2024. La Société HOIST FINANCE AB (PUBL) a adressé à Monsieur [R] [I] une mise en demeure d'avoir à payer la somme de 731,10 euros au titre des échéances impayées par lettre recommandée en date du 2 octobre 2024. La Société HOIST FINANCE AB (PUBL) a prononcé la résiliation du contrat par lettre recommandée en date du 22 novembre 2024. Par acte de commissaire de justice en date du 3 décembre 2025, la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) a fait assigner Monsieur [R] [I] devant le juge des contentieux de la protection afin de : à titre principal, - constater la déchéance du terme du contrat de crédit, à titre subsidiaire, - prononcer la résiliation judiciaire du contrat de crédit, en tout état de cause, - condamner Monsieur [R] [I] au paiement des sommes suivantes : * 2.249,43 euros, avec intérêts au taux de 19,97 % l'an à compter du 7 mars 2025 jusqu'au jour du parfait paiement, * 1.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile et les entiers dépens de l'instance. A l'audience du 28 avril 2026, la Société HOIST FINANCE AB (PUBL), représentée, maintient ses demandes, et s'en rapporte à justice concernant les délais de paiement sollicités. Monsieur [R] [I] a comparu et a sollicité des délais de paiement à hauteur de 233,65 euros par mois. L’affaire a été mise en délibéré au 23 juin 2026.

Motivations de la décision

MOTIFS DE LA DÉCISION Sur la demande principale Sur l'office du juge En application de l'article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut soulever d'office toutes les dispositions de ce code dans les litiges nés de son application. L'article L314-26 du code de la consommation précise que les dispositions des chapitres II et III et des sections II à VII du chapitre IV du code de la consommation sont d'ordre public. En l'espèce, la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) a évoqué la régularité de l'offre de prêt et a pu formuler ses observations quant au respect des dispositions d'ordre public des articles L.312-1 et suivants du code de la consommation. Sur la recevabilité de la demande En application de l'article R.312-35 du code de la consommation, dans sa version applicable au contrat de prêt du 1er février 2022, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l’occasion de la défaillance de l’emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l’événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme, le premier incident de paiement non-régularisé ou encore, dans le cadre d'un contrat de crédit renouvelable, le dépassement non-régularisé du montant total du crédit consenti. En l'espèce, il ressort de l'historique de compte que le premier impayé non-régularisé est intervenu au 4 décembre 2023 et que l'assignation a été signifiée le 3 décembre 2025. Dès lors, la demande en paiement est recevable. Sur l’exigibilité de la créance Aux termes de l’article L.312-39 du code de la consommation, en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non-payés. En application des articles 1224 et 1225 du code civil, la résolution peut résulter de l'application d'une clause résolutoire, qui précise les engagements dont l'inexécution entraînera la résolution du contrat. En ce cas, la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s'il n'a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l'inexécution, qui ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. Ainsi, si le contrat de prêt peut prévoir que la défaillance de l’emprunteur non commerçant entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf disposition expresse et non-équivoque être déclarée acquise au créancier sans délivrance d’une mise en demeure restée sans effet précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle. En l'espèce, le prêt stipule qu’en cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non-payés. Il ressort des pièces communiquées que Monsieur [R] [I] a cessé de régler les échéances du prêt. La Société HOIST FINANCE AB (PUBL), qui a fait parvenir à celui-ci une demande de règlement des échéances impayées le 2 octobre 2024, restée sans réponse, était dès lors bien fondée à se prévaloir de la déchéance du terme et de la résiliation de plein droit du contrat et à demander le remboursement immédiat des sommes exigibles selon les termes du contrat. Sur la déchéance du droit aux intérêts Selon l’article L.312-16 du code de la consommation, avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l'emprunteur à partir d'un nombre suffisant d'informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Selon l'article L.341-2 du code de la consommation, le prêteur qui n'a pas respecté les obligations fixées à l’article L.312-16 est déchu du droit aux intérêts. Aux termes de l’article L.312-75 du code de la consommation, avant de proposer à l'emprunteur de reconduire le contrat, le prêteur consulte tous les ans le fichier prévu à l'article L.751-1, tous les trois ans, il vérifie la solvabilité de l'emprunteur dans les conditions fixées à l'article L.312-16 précité. Le prêteur ne doit pas s’arrêter aux seules déclarations de l’emprunteur mais effectuer ses propres vérifications, la notion de « nombre suffisant d’informations » laissant supposer qu’il doit solliciter des pièces justificatives et être ensuite en mesure de les produire devant la juridiction saisie de son action en paiement. La Cour de justice de l’Union européenne a d’ailleurs dit pour droit que « de simples déclarations non-étayées faites par un consommateur ne peuvent, en elles-mêmes, être qualifiées de suffisantes si elles ne sont pas accompagnées de pièces justificatives » (CJUE, 4e ch., 18 décembre 2014, aff. C-449/13, § 37). En l’espèce, la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) fournit la fiche de dialogue « ressources/charges » remplie par l’emprunteur mais ne justifie pas avoir vérifié la solvabilité de l’emprunteur au moyen d’un nombre suffisant d’informations, dès lors qu’il n’est produit aucun justificatif de la situation de Monsieur [R] [I] qui aurait pu être sollicité par le prêteur en sus de la seule fiche renseignée par l’intéressé. En conséquence, il convient de prononcer la déchéance du droit aux intérêts à compter de la date de conclusion du contrat. Sur les sommes dues En application de l'article L.341-8 du code de la consommation, en cas de déchéance du droit aux intérêts, l’emprunteur n’est tenu qu’au seul remboursement du capital suivant l’échéancier prévu, et les sommes perçues au titre des intérêts sont restituées à l’emprunteur ou imputées sur le capital restant dû. En outre, la déchéance du droit aux intérêts exclut la possibilité pour le prêteur d'obtenir le paiement de l’indemnité prévue par les articles L.312-39 et D.312-16 du code de la consommation. Conformément à l'article L.341-8 précité, l'emprunteur n'est tenu qu'au seul remboursement du capital et la déchéance s’étend également aux primes ou cotisations d’assurances. En l'espèce, il ressort des pièces produites par la demanderesse, notamment de l'historique que la créance de la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) est établie. Elle se calcule donc comme suit : capital emprunté depuis l'origine : 1.700 eurosmoins les versements réalisés au 2 juillet 2024, date de déchéance du terme: 441,51 eurossoit un total restant dû de 1.258,49 euros, sous réserve des versements postérieurs et/ou non pris en compte dans le décompte arrêté au 2 juillet 2024. En conséquence, il convient de condamner Monsieur [R] [I] au paiement de cette somme. Sur les intérêts En application de l'article 1231-6 du code civil, les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Selon l’article L.313-3 du code monétaire et financier, en cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire.

Dispositif

PAR CES MOTIFS Le juge des contentieux de la protection, statuant en audience publique, par jugement contradictoire, en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe le jour de son délibéré, DÉCLARE recevable la demande en paiement ; CONDAMNE Monsieur [R] [I] à payer à la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) la somme de 1.258,49 euros arrêtée au 2 juillet 2024 avec intérêts au taux légal non-majoré à compter du 5 juin 2025 ; AUTORISE Monsieur [R] [I] à s’acquitter de sa dette en 6 fois, en procédant à 5 versements de 233,65 euros et un dernier versement égal au solde de la dette, sauf meilleur accord entre les parties ; DIT que chaque versement devra intervenir avant le 17 de chaque mois et pour la première fois le 17 du mois suivant la signification du présent jugement ; DIT qu’en cas de défaut de paiement d’une échéance à sa date exacte, suivi d'une mise en demeure adressée par lettre recommandée avec accusé de réception restée infructueuse durant quinze jours, l'échelonnement sera caduc et la totalité de la dette redeviendra exigible ; RAPPELLE que la présente décision suspend les procédures d'exécution qui auraient été engagées par le créancier et que les majorations d'intérêts ou pénalités de retard cessent d'être dues pendant le délai fixé par la présente décision ; REJETTE la demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile ; CONDAMNE Monsieur [R] [I] aux dépens ; DÉBOUTE la Société HOIST FINANCE AB (PUBL) de ses autres demandes et prétentions, RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l'exécution provisoire de droit. Ainsi jugé et prononcé publiquement par mise à disposition de la décision au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées conformément à l’alinéa 2 de l’article 450 du code de procédure civile et, après lecture, la minute a été signée par la juge et le greffier présent lors de la mise à disposition. LE GREFFIER LE JUGE DES CONTENTIEUX DE LA PROTECTION

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un crédit à la consommation ?
Un crédit à la consommation est un prêt accordé à un particulier pour financer des achats de biens ou de services, généralement remboursable par mensualités.
Comment se déroule la résiliation d'un contrat de crédit ?
La résiliation d'un contrat de crédit se produit généralement lorsque le débiteur ne respecte pas ses obligations de paiement, entraînant la perte des droits liés au crédit.
Puis-je demander un délai de paiement pour ma dette ?
Oui, vous pouvez demander un délai de paiement, qui peut être accordé par le juge, permettant de régler la dette en plusieurs versements.
Quelles sont les conséquences d'un défaut de paiement sur mon crédit ?
Un défaut de paiement peut entraîner la résiliation du contrat, des frais supplémentaires, et la possibilité pour le créancier d'engager des procédures de recouvrement.

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