Tribunal judiciaire, 3ème chambre civile, 23 juin 2026 — n° 26/00863
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences de la déchéance du terme d'un contrat de crédit en cas de non-paiement des échéances ?
Principe retenu
La déchéance du terme d'un contrat de crédit entraîne la possibilité pour le créancier de demander le paiement immédiat de la totalité des sommes dues. Cette sanction doit être effective et dissuasive, conformément aux dispositions du code de la consommation.
Faits clés
- Prêt consenti de 17.900 euros avec un taux d'intérêt de 3,397 %
- Mise en demeure envoyée pour un montant de 1.121,98 euros d'échéances impayées
- Résiliation du contrat prononcée par la SA CA CONSUMER FINANCE
- Assignation de Madame [Z] [E] devant le juge des contentieux de la protection
- Condamnation de Madame [Z] [E] à payer 12.898,44 euros
Articles cités
article L.314-26 du code de la consommation
article R.632-1 du code de la consommation
article 472 du code de procédure civile
article 514 du code de procédure civile
articles 696 et suivants du code de procédure civile
Exposé du litige
PROCÉDURE :
Date de la première évocation : 28 Avril 2026
Date des débats : 28 Avril 2026
Date de la mise à disposition : 23 Juin 2026
EXPOSÉ DU LITIGE
Selon offre préalable acceptée le 21 juillet 2022, la SA CA CONSUMER FINANCE a consenti à Madame [Z] [E] un prêt accessoire à une vente d'un montant en capital de 17.900 euros, avec intérêts au taux débiteur de 3,397 %, remboursable en 120 mensualités s'élevant à 198,84 euros, primes de l'assurance facultative incluses.
Le bien financé était une pompe à chaleur qui a été livrée et installée le 18 août 2022.
La SA CA CONSUMER FINANCE a adressé à Madame [Z] [E] une mise en demeure d'avoir à payer la somme de 1.121,98 euros au titre des échéances impayées par lettre recommandée en date du 5 juillet 2024.
La SA CA CONSUMER FINANCE a prononcé la résiliation du contrat par lettre recommandée en date du 7 août 2024.
Par acte de commissaire de justice en date du 22 décembre 2025, la SA CA CONSUMER FINANCE a fait assigner Madame [Z] [E] devant le juge des contentieux de la protection afin de :
à titre principal,
- constater la déchéance du terme du contrat de crédit,
à titre subsidiaire,
- prononcer la résiliation judiciaire du contrat de crédit,
- condamner Madame [Z] [E] au paiement des sommes suivantes :
* 15.265,04 euros, avec intérêts au taux de 3,397 % l'an à compter du 7 août 2024 jusqu'au jour du parfait paiement,
* au cas où la déchéance du terme ne serait pas acquise et la résolution du contrat ne serait pas encourue, 2.325,53 euros au titre des mensualités impayées de février 2024 à avril 2026, avec reprise des mensualités de 176,64 euros,
* 900 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile et aux entiers dépens de l'instance,
- dire n'y avoir lieu d'écarter l'exécution provisoire de la présente décision.
A l'audience la SA CA CONSUMER FINANCE représentée, maintient ses demandes et s'en rapporte quant aux dispositions du code de la consommation.
Madame [Z] [E], bien que valablement assignée à personne, n'a pas comparu.
L'affaire a été mise en délibéré au 23 juin 2026.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
Conformément à l'article 472 du code de procédure civile, si le défendeur ne comparaît pas, il est néanmoins statué sur le fond et le juge ne fait alors droit à la demande que dans la mesure où il l'estime régulière, recevable et bien fondée.
Sur la demande principale
Sur l'office du juge
En application de l'article R.632-1 du code de la consommation, le juge peut soulever d'office toutes les dispositions de ce code dans les litiges nés de son application.
L'article L.314-26 du code de la consommation précise que les dispositions des chapitres II et III et des sections II à VII du chapitre IV du code de la consommation sont d'ordre public.
En l'espèce, la SA CA CONSUMER FINANCE a évoqué la régularité de l'offre de prêt et a pu formuler ses observations quant au respect des dispositions d'ordre public des articles L.312-1 et suivants du code de la consommation, quant auxquelles, elle s'en est rapportée.
Sur la recevabilité de la demande
En application de l'article R.312-35 du code de la consommation, dans sa version applicable au contrat de prêt du 21 juillet 2022, les actions en paiement engagées devant le tribunal judiciaire à l'occasion de la défaillance de l'emprunteur doivent être formées dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance à peine de forclusion.
Cet événement est caractérisé par le non-paiement des sommes dues à la suite de la résiliation du contrat ou de son terme ou le premier incident de paiement non régularisé.
En l'espèce, il ressort de l'historique de compte que le premier impayé non régularisé est intervenu au 5 février 2024 et que l'assignation a été signifiée le 22 décembre 2025. Dès lors, la demande en paiement est recevable.
Sur l'exigibilité de la créance
Aux termes de l'article L.312-39 du code de la consommation, en cas de défaillance de l'emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non payés.
En application des articles 1224 et 1225 du code civil, la résolution peut résulter de l'application d'une clause résolutoire, qui précise les engagements dont l'inexécution entraînera la résolution du contrat. En ce cas, la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s'il n'a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l'inexécution, qui ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire.
Ainsi, si le contrat de prêt peut prévoir que la défaillance de l'emprunteur non commerçant entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf disposition expresse et non équivoque être déclarée acquise au créancier sans délivrance d'une mise en demeure restée sans effet précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle.
En l'espèce, le prêt stipule qu'en cas de défaillance de l'emprunteur, le prêteur pourra exiger le remboursement immédiat du capital restant dû majoré des intérêts échus mais non payés.
Il ressort des pièces communiquées que Madame [Z] [E] a cessé de régler les échéances du prêt. La SA CA CONSUMER FINANCE, qui a fait parvenir à celle-ci une demande de règlement des échéances impayées le 5 juillet 2024, restée sans réponse, était dès lors bien fondée à se prévaloir de la déchéance du terme et de la résiliation de plein droit du contrat et à demander le remboursement immédiat des sommes exigibles selon les termes du contrat.
Sur la déchéance du droit aux intérêts
Il appartient au créancier qui réclame des sommes au titre d'un crédit à la consommation de justifier du strict respect du formalisme informatif prévu par le code de la consommation, en produisant des documents contractuels conformes, ainsi que la copie des pièces nécessaires, et notamment, à peine de déchéance totale du droit aux intérêts (article L.311-48 devenu L.341-1 du code de la consommation) :
- la fiche d'informations précontractuelles -FIPEN- (article L. 311-6 devenu L.312-12),
- la notice d'assurance comportant les conditions générales (artice L.311-19 devenu L.312-29)
- la justification de la consultation du fichier des incidents de paiements -FICP- (article L.311-9 devenu L. 312-16),
- la justification, quel que soit le montant du crédit, de la vérification de la solvabilité de l'emprunteur au moyen nombre suffisant d'informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur (article L.311-9 devenu L.312-16),
- la justification de la fourniture à l'emprunteur les explications lui permettant de déterminer si le contrat de crédit proposé est adapté à ses besoins et à sa situation financière et attirant son attention sur les caractéristiques essentielles du ou des crédits proposés et sur les conséquences que ces crédits peuvent avoir sur sa situation financière, y compris en cas de défaut de paiement (article L.311-8 devenu L. 312-14).
Sur l'absence de fiche d'informations précontractuelle
L'article L.312-12 du code de la consommation dispose que préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, sous forme d'une fiche d'informations, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.
L'article L.341-1 du même code prévoit qu'en cas de non-respect de cette formalité, le prêteur est déchu du droit aux intérêts.
Il résulte en outre de l'article 1353 du code civil et de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE, 18 déc. 2014, aff.
Dispositif
PAR CES MOTIFS
Le juge des contentieux de la protection, statuant en audience publique, par jugement réputé contradictoire, en premier ressort, rendu par mise à disposition au greffe le jour de son délibéré,
DÉCLARE recevable la demande en paiement ;
CONDAMNE Madame [Z] [E] à payer à la SA CA CONSUMER FINANCE la somme de 12.898,44 euros arrêtée au 2 décembre 2025, avec intérêts au taux légal non majoré à compter du 22 décembre 2025 ;
REJETTE la demande au titre de l'article 700 du code de procédure civile ;
CONDAMNE Madame [Z] [E] aux dépens ;
DéBOUTE la SA CA CONSUMER FINANCE de ses autres demandes et prétentions ;
RAPPELLE que le présent jugement est assorti de l'exécution provisoire de droit.
Ainsi jugé et prononcé publiquement par mise à disposition de la décision au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées conformément à l’alinéa 2 de l’article 450 du code de procédure civile et, après lecture, la minute a été signée par le juge et le greffier présent lors de la mise à disposition.
LE GREFFIER LE JUGE DES CONTENTIEUX
DE LA PROTECTION
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la déchéance du terme dans un contrat de crédit ?
La déchéance du terme est une sanction qui permet au créancier de demander le paiement immédiat de la totalité des sommes dues en cas de non-paiement des échéances.
Quels sont les effets d'une mise en demeure sur un contrat de crédit ?
Une mise en demeure informe le débiteur de son retard de paiement et peut entraîner des conséquences comme la déchéance du terme si le paiement n'est pas effectué.
Comment se déroule une procédure en cas de non-paiement d'un prêt ?
Le créancier peut assigner le débiteur devant le juge des contentieux de la protection pour obtenir le paiement des sommes dues et éventuellement la résiliation du contrat.
Puis-je contester un jugement concernant un prêt à la consommation ?
Oui, il est possible de faire appel d'un jugement, mais cela doit être fait dans les délais légaux et selon les procédures prévues par le code de procédure civile.
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