Cour de cassation, 1ère chambre civile, 24 juin 2026 — n° 25-12.751
Synthèse de la décision
Question juridique
Dans quelle mesure la responsabilité d'un laboratoire et d'un médecin peut-elle être engagée en cas de décès d'un patient suite à une erreur dans la transmission des résultats d'analyse ?
Principe retenu
Le professionnel de santé engage sa responsabilité dès lors que sa faute a contribué, au moins pour partie, à la survenue du dommage subi par son patient ou à la perte de chance de l'éviter. Il est nécessaire d'établir un lien de causalité entre la faute et le dommage.
Faits clés
- Analyse sanguine réalisée le 10 février 2016 à 7 h 46.
- Résultats de l'analyse envoyés au médecin remplaçant à 13 h 27.
- Le médecin a pris connaissance des résultats à 20 h.
- Le patient est décédé à 21 h 59 après un accident cardiaque.
- Mme [A] a assigné le laboratoire et le médecin pour responsabilité et indemnisation.
Articles cités
article L. 1142-1, I, du code de la santé publique
Exposé du litige
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Versailles, 26 septembre 2024), le 10 février 2016,
à 7 h 46, [Y] [K], suivi pour un traitement anticoagulant par son médecin traitant, a subi une analyse sanguine aux fins notamment de mesurer son taux de prothrombine au sein du laboratoire de la société Eurofins Bio Lab (le laboratoire). A 13 h 27, les résultats ont été adressés par télécopie à Mme [G] (le médecin) remplaçant le médecin traitant de [Y] [K], en ayant pris connaissance à 20 h et contacté celui-ci afin d'adapter le traitement.
2. [Y] [K] est décédé à 21 h 59 après la survenue d'un accident cardiaque malgré une prise en charge par le SAMU, appelé à 21 h 04.
3. Mme [A], agissant en son nom personnel et en qualité de représentante légale de leur fils mineur [O] [K], né le 6 février 2004, estimant que le laboratoire ne justifiait pas avoir transmis en urgence à [Y] [K] les résultats pourtant alarmants de l'analyse, que le médecin avait trop tardé à lui transmettre les résultats malgré ses demandes par téléphone et qu'il n'avait dès lors pas été en mesure de prendre le traitement adapté en temps utile, a assigné le laboratoire et son assureur, la société La Médicale, aux droits de laquelle vient la société L'Equité, ainsi que le médecin et son assureur, la société MACSF, en responsabilité et indemnisation de leurs préjudices, et a mis en cause la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.
Motivations de la décision
Réponse de la Cour
Vu les articles 369 et 372 du code de procédure civile :
5. Selon le premier de ces textes, l'instance est interrompue par la majorité d'une partie.
6. Aux termes du second, les actes accomplis et les jugements même passés en force de chose jugée, obtenus après l'interruption de l'instance, sont réputés non avenus à moins qu'ils ne soient expressément ou tacitement confirmés par la partie au profit de laquelle l'interruption est prévue.
7. L'arrêt, qui déclare irrecevables les demandes de M. [O] [K], représenté par Mme [A], a été rendu alors que l'instance avait été interrompue par la majorité de ce dernier, acquise le 6 février 2022, avant l'ouverture des débats, sans reprise ultérieure.
8. Par conséquent, il doit être réputé non avenu mais seulement en ce qu'il concerne M. [O] [K], dès lors que la créance de dommages et intérêts réparant le préjudice causé par l'inexécution d'une obligation contractuelle est divisible quand bien même l'obligation inexécutée ne l'était pas.
Réponse de la Cour
Vu l'article L. 1142-1, I, du code de la santé publique :
10. Il résulte de ce texte que le professionnel de santé ou l'établissement de santé engage sa responsabilité dès lors que sa faute a contribué, au moins pour partie, à la survenue du dommage subi par son patient ou à la perte de chance de l'éviter.
11. Pour rejeter les demandes formées par Mme [A], après avoir relevé que le laboratoire n'établissait pas avoir informé [Y] [K] en urgence du résultat de l'analyse et que le médecin avait manqué de diligence dans le traitement des résultats communiqués par le laboratoire en les examinant tardivement, l'arrêt retient qu'il n'est pas démontré de lien exclusif entre ces fautes et le décès.
12. En statuant ainsi, la cour d'appel a violé le texte susvisé.
Dispositif
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :
DIT non avenu, mais seulement en ce qu'il déclare irrecevables les demandes de M. [O] [K], représenté par Mme [A], l'arrêt rendu le 26 septembre 2024, entre les parties, par la cour d'appel de Versailles ;
CASSE ET ANNULE, sur les autres points, cet arrêt ;
Remet l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris ;
Condamne la société Eurofins Bio Lab, la société L'Equité, Mme [G] et la société MACSF aux dépens ;
En application de l'article 700 du code de procédure civile, rejette les demandes formée par la société Eurofins Bio Lab, la société L'Equité, Mme [G] et la société MACSF et les condamne in solidum à payer à Mme [A] et M. [O] [K] la somme globale de 3 000 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt partiellement cassé ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé publiquement le vingt-quatre juin deux mille vingt-six par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la responsabilité médicale ?
La responsabilité médicale désigne l'obligation pour un professionnel de santé de répondre des conséquences de ses actes, notamment en cas de faute ayant causé un dommage à un patient.
Comment se manifeste une erreur de diagnostic ?
Une erreur de diagnostic se manifeste par une évaluation incorrecte de l'état de santé d'un patient, pouvant entraîner des traitements inappropriés ou un retard dans la prise en charge.
Quels sont les recours possibles en cas de décès d'un patient ?
Les recours possibles incluent l'assignation en responsabilité des professionnels de santé et des établissements concernés pour obtenir une indemnisation des préjudices subis.
Comment prouver le lien de causalité dans une affaire de responsabilité médicale ?
Pour prouver le lien de causalité, il est nécessaire de démontrer que la faute du professionnel de santé a directement contribué au dommage ou à la perte de chance d'éviter le dommage.
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