Tribunal judiciaire, ppp pÔle circuit long s1, 16 juin 2026 — n° 25/00950
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conséquences de la déchéance du terme dans un contrat de crédit à la consommation ?
Principe retenu
La déchéance du terme dans un contrat de crédit à la consommation entraîne l'exigibilité immédiate de l'ensemble des sommes dues par l'emprunteur. En l'absence de réponse dans le délai imparti, le créancier peut prononcer cette déchéance.
Faits clés
- Monsieur [I] [E] a souscrit un prêt personnel de 8 000 euros remboursable en 48 mois.
- La SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE a émis une mise en demeure pour le paiement des échéances impayées.
- La déchéance du terme a été prononcée par correspondance le 19 avril 2023.
- Monsieur [I] [E] n'était ni présent ni représenté lors de l'audience.
- Le tribunal a condamné Monsieur [I] [E] à payer 1217,52 euros correspondant au capital restant dû.
Articles cités
article 514 du code de procédure civile
article 700 du code de procédure civile
Exposé du litige
EXPOSE DU LITIGE
Selon offre émise le 26 janvier 2022 et acceptée le même jour, Monsieur [I] [E] a souscrit auprès de la SA LA BANQUE POSTALE FINANCEMENT aux droits de laquelle vient la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE, un prêt personnel d'un montant de 8 000 euros remboursable en 48 mois et au taux annuel effectif global de 4, 44 % l'an.
Selon mise en demeure du 20 février 2023 la SA LA BANQUE POSTALE FINANCEMENT aux droits de laquelle vient la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE a réclamé à Monsieur [I] [E] le paiement des échéances impayées en manifestant son intention de se prévaloir de la déchéance du terme faute de réponse dans un délai de 15 jours, qu'elle a prononcée par correspondance du 19 avril 2023 valant obtention de l'ensemble des sommes dues et a réitéré sa demande par correspondance du 14 septembre 2023.
Par exploit introductif d'instance délivré le 25 juin 2024 selon les modalités de l'article 659 du code de procédure civile, la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE anciennement dénommée SA LA BANQUE POSTALE FINANCEMENT a fait citer devant le juge des contentieux de la protection du Tribunal judiciaire de LYON, Monsieur [I] [E] aux fins et sous le bénéfice de l'exécution provisoire de le voir condamner à lui payer la somme de 7233,75 euros avec intérêts conventionnels à compter du 14 septembre 2023, avec capitalisation des intérêts, outre 500 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile et les dépens
L'affaire a été appelée à l'audience du 25 mars 2025 et renvoyée à l'audience du 4 septembre 2025 en raison de dysfonctions organisationnelles du service et retenue à cette dernière date.
A cette date, la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE est représentée par son conseil et interrogée sur les causes de nullité, déchéances et forclusion au vu des dispositions du code de la consommation, elle indique qu'elle n'en encourt aucune au vu de l'ensemble des pièces versées au dossier.
Monsieur [I] [E] n'est ni présent ni représenté
En application de l'article 473 du code de procédure civile, la présente décision est réputée contradictoire
A l'issue des débats, l'affaire a été mise en délibéré au 9 décembre 2025 par mise à disposition au greffe, prorogé à ce jour
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Le présent litige est relatif à un crédit soumis aux dispositions de la loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 de sorte qu'il sera fait application des articles du code de la consommation dans leur numérotation et rédaction en vigueur après le 1er mai 2011 et tel que modifié par l'ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016 entrée en vigueur au 1er juillet 2016 pour les textes qui sont applicables au présent litige.
L'article L.141-4 du code de la consommation dans sa rédaction issue de l'article 34 de la loi n° 2008-3 du 3 janvier 2008 devenu l'article R 632-1 du code de la consommation issue de l'ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, dispose que le juge peut soulever d'office toutes les dispositions du présent code dans les litiges nés de son application.
Sur la recevabilité de la demande
Aux termes de l'article R 312-35 du code de la consommation dans sa rédaction actuelle, ancien article L 311-52 du code de la consommation " les actions en paiement engagées à la suite de la défaillance de l'emprunteur doivent être formées devant le juge des contentieux et de la protection dans les deux ans de l'événement qui leur a donné naissance, à peine de forclusion. Cet événement est caractérisé par (….) le premier incident de paiement non régularisé ".
Il est constant que le délai biennal de forclusion court, à compter de la première échéance impayée non régularisée.
Il ressort de l'historique de compte versé aux débats que le premier incident de paiement non régularisé doit être fixé à l'échéance du 10 septembre 2022 L'assignation a été délivrée le 25 juin 2024 soit moins de deux ans après le premier incident de paiement non régularisé. L'action est donc recevable.
Sur la demande en paiement
L'article 1103 du code civil prévoit que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites.
Selon l'article 1907 alinéa 2 du Code civil, le taux d'intérêt conventionnel doit être fixé par écrit.
Aux termes de l'article 1134 du code civil dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 et devenus les articles 1103 et 1104 du code civil " les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits." et ils " doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi "
Aux termes de l'article 1315 du code civil dans sa rédaction antérieure à l'ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 et devenu l'article 1353 du code civil dans sa rédaction issue de l'ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016 "celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré, doit justifier le payement ou le fait qui a produit l'extinction de l'obligation."
Au soutien de sa demande en paiement, la partie demanderesse produit l'offre de prêt acceptée, accompagnée du fichier de preuve du processus de formation électronique du contrat, l'historique du compte, l'envoi d'une mise en demeure précisant son intention de se prévaloir de la résiliation du contrat dans un délai de 15 jours et la mise en demeure d'avoir à régler l'intégralité des sommes dues après prononcé de la déchéance du terme, préalablement à la délivrance de l'assignation
Aux termes de l'article L.312-12 du code de la consommation dans sa rédaction applicable, préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l'intermédiaire de crédit donne à l'emprunteur, par écrit ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l'emprunteur, compte tenu de ses préférences, d'appréhender clairement l'étendue de son engagement.
Ces informations sont celles énumérées à l'article R.311-3 annexe I du code de la consommation devenu l'article R.312-2 dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016 et doivent se présenter sous la forme d'une fiche d'informations pré-contractuelle européenne normalisée tel que visé au paragraphe IV de ce même article et mentionné à l'article L312-12 du code de la consommation.
En l'espèce la demanderesse produit la fiche d'informations pré-contractuelle européenne normalisée prévue par l'article L 312-28 du code de la consommation dans sa nouvelle rédaction et numérotation.
Ensuite, l'article L. 311-12 du code de la consommation ancien devenu l'article L312-21 dans sa rédaction issue de l'ordonnance n°2016-301 du 14 mars 2016, impose au prêteur de joindre un formulaire détachable à l'exemplaire du contrat de crédit de l'emprunteur, afin de faciliter l'exercice de son droit de rétractation.
En outre, l'article R. 311-4 du code de la consommation tel qu'il résulte du décret n° 2011-136 du 1er février 2011, devenu l'article R.312-9 dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2016-301 du 14 mars 2016, dispose que le formulaire détachable de rétractation prévu à l'article L. 311-12 devenu l'article L312-21 du code de la consommation est établi conformément au modèle type prévu en annexe et qu'il ne peut comporter au verso aucune mention autre que le nom et l'adresse du prêteur.
Le formalisme prévu par le code de la consommation est destiné à assurer une information complète du consommateur afin qu'il puisse faire valoir ses droits tel le droit de rétractation.
Il entre donc dans la mission du juge de vérifier la conformité des documents remis à l'emprunteur aux dispositions d'ordre public du code de la consommation.
Selon l'article 1353 du code civil dans sa rédaction issue de l'ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016, il appartient au prêteur de justifier de la remise du formulaire type de rétractation qui ne peut se dispenser d'en rapporter la preuve.
Si il ressort de la lecture des textes susvisés que le bordereau est dit détachable et qu'il ne fait donc pas partie intégrante de l'acte juridique qu'est l'offre de crédit, la preuve d'un fait juridique résultant de la remise du bordereau détachable peut donc être rapportée par tous moyens. Étant destiné à la seule protection de l'emprunteur, la charge de la preuve de la remise appartenant à l'organisme prêteur. En l'espèce, la partie demanderesse produit l'exemplaire du bordereau de rétraction vierge justifiant qu'elle a satisfait à son obligation.
Aux termes de l'article L.312-12 du code de la consommation dans sa rédaction applicable, préalablement, le prêteur doit remettre à l'emprunteur une fiche explicative d'informations générales sur les produits d'assurance facultative, relevant de l'obligation de vérifier et de conseiller l'emprunteur sur ses besoins. En l'espèce, la partie demanderesse produit ladite notice d'assurance.
Ensuite, en application de l'article L 751-1 et suivants du code de la consommation conformément aux exigences posées par l'article L 312-16 du code de la consommation applicable, le prêteur est tenu également de procéder à la consultation du Fichier des incidents de remboursement de crédit aux particuliers, avant le déblocage des fonds.
Ensuite, et aux termes de l'article L 312-16 du code de la consommation ( ancien L. 311-9 du code de la consommation), avant de conclure un contrat de crédit, le prêteur doit vérifier la solvabilité de l'emprunteur. La demanderesse fournit le justificatif de la consultation du Fichier National des Incidents de remboursements de crédit aux particuliers (FICP) laquelle a été réalisée le 1er février 2022 avant le déblocage des fonds
Encore en application des articles L 311-16 et L 33-17 du code de la consommation dans leur rédaction applicable à l'espèce et devenus les articles L 312-24 et 25 du code de la consommation lesquels disposent " le contrat accepté par l'emprunteur ne devient parfait qu'à la double condition que celui-ci n'ait pas fait usage de sa faculté de rétractation et que le prêteur ait fait connaître à l'emprunteur sa décision d'accorder le crédit, dans un délai de sept jours …..
Dispositif
PAR CES MOTIFS,
Le juge des contentieux de la protection, par jugement réputé contradictoire, en premier ressort et par mise à disposition au greffe,
CONDAMNE Monsieur [I] [E] à payer à la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE venant aux droits de la SA LA BANQUE POSTALE FINANCEMENT la somme de 1217,52 euros (MILLE DEUX CENT DIX SEPT EUROS ET CINQUANTE DEUX CENTIMES) correspondant au capital restant dû, échéances impayés, et cotisations d'assurance impayées et indemnité de 8 %, avec intérêts au taux conventionnel de 3,85% l'an à compter de l'assignation.
DEBOUTE la SA BANQUE POSTALE CONSUMER FINANCE venant aux droits de la SA LA BANQUE POSTALE FINANCEMENT de sa demande de capitalisation des intérêts
DIT n'y avoir lieu à application de l'article 700 du code de procédure civile
CONDAMNE Monsieur [I] [E] aux dépens,
DIT que la présente décision bénéficie de l'exécution provisoire.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la déchéance du terme ?
La déchéance du terme est une clause qui permet au créancier d'exiger le remboursement immédiat de l'ensemble des sommes dues en cas de défaut de paiement de l'emprunteur.
Comment réagir à une mise en demeure pour un crédit ?
Il est conseillé de répondre rapidement à la mise en demeure, soit en réglant les sommes dues, soit en contactant le créancier pour discuter des modalités de paiement.
Quels sont les effets d'une décision de justice sur un crédit à la consommation ?
Une décision de justice peut condamner l'emprunteur à payer les sommes dues, avec des intérêts, et peut également permettre l'exécution provisoire de cette décision.
Puis-je contester une décision de justice concernant un crédit ?
Oui, il est possible de faire appel d'une décision de justice, mais cela doit être fait dans les délais légaux et avec des arguments juridiques valables.
Qu'est-ce que l'exécution provisoire ?
L'exécution provisoire permet à une décision de justice d'être appliquée immédiatement, même si elle est susceptible d'appel, sauf si la loi ou la décision en dispose autrement.
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