Tribunal judiciaire, referes construction, 24 juin 2026 — n° 26/01698
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour obtenir la désignation d'un expert judiciaire en référé ?
Principe retenu
L'article 145 du code de procédure civile permet de solliciter en référé la désignation d'un expert judiciaire si un litige potentiel est suffisamment caractérisé et si la prétention n'est pas manifestement vouée à l'échec.
Faits clés
- La SCI [I] a confié des travaux de menuiserie à la société MENUISERIE LUCOISE.
- Des désordres ont été constatés dans les travaux réalisés.
- Un procès-verbal de constat a été établi par un commissaire de justice.
- La SCI [I] a demandé la désignation d'un expert judiciaire en référé.
- La société MENUISERIE LUCOISE a présenté des réserves sur la demande.
Articles cités
article 145 du code de procédure civile
Exposé du litige
FAITS, PROCEDURE ET PRETENTIONS DES PARTIES
Suivant devis numéros D01027, D01122, D01141, D01146, D01147, D01148 et D01149 du 2 mai 2024, la SCI [I] a confié à la SARL MENUISERIE LUCOISE, des travaux de menuiseries intérieures.
Exposant que lesdits travaux réalisés sont affectés de désordres et suivant exploit de commissaire de justice du 9 mars 2026, auquel elle se réfère à l’audience du 1er avril 2026 et auquel il convient de renvoyer pour un plus ample exposé des faits, prétentions et moyens, la SCI [I] a fait assigner devant le juge des référés du présent tribunal la société MENUISERIE LUCOISE aux fins, à titre principal et sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, de désignation d’un expert judiciaire avec mission habituelle en pareille matière et notamment la mission détaillée dans l’assignation, de voir fixer la consignation qui devra être déposée au greffe, outre de voir statuer ce que de droit sur les dépens.
Par conclusions notifiées par RPVA le 26 mars 2026, auxquelles il convient de renvoyer pour un plus ample exposé des faits, prétentions et moyens, la société MENUISERIE LUCOISE présente ses protestations et réserves d’usage, outre de voir réserver les dépens.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Il sera rappelé que les demandes de « déclarer », de « dire et juger », de « constater » et de « prendre acte » ne constituent pas des revendications au sens du code de procédure civile en sorte que le juge n’a pas à statuer sur les demandes formulées en ce sens.
L’article 145 du code de procédure civile permet à tout intéressé de solliciter en référé l’organisation d’une mesure d’instruction légalement admissible s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige.
Pour l’application de ce texte, il doit être démontré l’existence d’un litige potentiel dont l’objet et le fondement juridique sont suffisamment caractérisés, et d’une prétention non manifestement vouée à l’échec.
La SCI [I] verse aux débats le procès-verbal de constat du 5 novembre 2025, établi par Maître [V] [X], commissaire de justice, duquel il ressort la présence de désordres affectant les menuiseries, ainsi que des travaux inachevés. Il est noté dans ledit constat que : « une des portes du placard est tombée à l’occasion de son ouverture. Les fixations des cinq charnières se sont littéralement arrachées du caisson sur lequel elles étaient mal fixées. L’ouvrage est victime d’un défaut de conformité manifeste au niveau des fixations des charnières des portes. » Il est relevé notamment un « dysfonctionnement des poussoirs permettant l’ouverture et la fermeture des portes du placard », des « défaut de niveaux d’espacements entre les portes visibles », « des défauts de niveaux et présence de défauts d’alignement et de décalages entre les portes visibles », des « défauts de niveaux et d’alignement avec des décalages entre les tiroirs […]. »
L’existence de désordres est suffisamment plausible pour justifier une expertise judiciaire.
En l’état des éléments versés aux débats ainsi que des investigations techniques à mener pour la résolution du litige, il échet de faire droit à la demande d’expertise judiciaire qui répond à un motif légitime au sens de l’article 145 du code de procédure civile, aux frais avancés de la SCI [I].
Il sera donné acte à la société MENUISERIE LUCOISE de ses protestations et réserves, lesquelles n’impliquent aucune reconnaissance de responsabilité.
La mission de l’expert sera fixée dans les conditions des articles 263 et suivants du code de procédure civile alors que l’importance des vérifications à accomplir ne permet pas d’envisager de simples mesures de constatation ou de consultation.
La mission sera déterminée selon les éléments donnés dans le dispositif de la présente ordonnance, étant rappelé que le juge dispose en la matière d’un pouvoir souverain pour déterminer la mission pertinente. (Cass.Civ.1ère, 26 novembre 1980, numéro 79-13.870).
La société demanderesse, compte tenu de la nature de l’instance et du fait qu’elle a intérêt à la mesure d’expertise, conservera la charge des dépens de la présente instance. Il n’est pas opportun de réserver les dépens dans l’attente d’une instance au fond dont le principe n’est pas certain.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des référés, statuant après débats en audience publique par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire, exécutoire par provision, et en premier ressort :
ORDONNONS une expertise au contradictoire des parties et DESIGNONS pour y procéder :
Monsieur [R] [B]
[Adresse 3]
[Localité 1]
Tél : [XXXXXXXX01]
Port. : 06.09.31.92.56
Mail : [Courriel 1]
Lequel aura pour mission, après avoir pris connaissance du dossier, s’être fait communiquer tous documents utiles, avoir entendu les parties ainsi que tout sachant :
- se rendre sur les lieux, sis, [Adresse 4],
- rechercher les conventions verbales et écrites entre les parties, étudier les documents contractuels et les annexer à son rapport,
- examiner et décrire les travaux réalisés par la société MENUISERIE LUCOISE,
- indiquer la date d’ouverture du chantier, les dates d’exécution et d’achèvement des travaux, la date de prise de possession, le cas échéant les dates des procès-verbaux de réception, en mentionnant les réserves éventuellement formulées, ainsi que la notification écrite des désordres qui se sont révélés postérieurement à la réception ; si la réception des travaux n’a pas eu lieu à l’amiable entre les parties, indiquer à quelle date celle-ci pourra intervenir avec ou sans réserves,
- rechercher si les travaux ont été effectués conformément aux conventions entre les parties, aux normes et règlements en vigueur ainsi qu’aux règles de l’art, en décrivant, le cas échéant, les malfaçons ou moins-values constatées,
- examiner les ouvrages en litige, vérifier la réalité des désordres invoqués par la partie demanderesse dans son acte introductif d’instance et relatés dans le procès-verbal de constat de commissaire de justice du 5 novembre 2025, établi par Maître [V] [X],
- si ces désordres sont constatés : les décrire, en précisant la date de leur apparition, en rechercher la cause, en précisant s’ils proviennent d’une erreur de conception, d’un vice de matériau, d’un défaut ou d’une erreur d’exécution, d’une mauvaise surveillance du chantier, d’une négligence dans l’entretien ou l’exploitation des ouvrages ou de toute autre cause,
préciser la nature des désordres en indiquant s’il y a lieu les éléments permettant de déterminer:
· si l’entrepreneur a satisfait à la garantie annale de parfait achèvement, en procédant à la réparation des désordres signalés lors de la réception ou par notification écrite postérieure ;
· s’il a été satisfait à la garantie biennale de bon fonctionnement des éléments d’équipement de l’ouvrage ne faisant pas corps avec lui ;
· si les désordres constatés compromettent la solidité de l’ouvrage ou l’affectent dans un de ses éléments constitutifs ou l’un de ses éléments d’équipement, et le rendent impropre à sa destination ; dire si les éléments d’équipement défectueux font, ou non, indissociablement corps avec les ouvrages de viabilité, de fondation, d’ossature, de clos ou de couvert,
- fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie de se prononcer sur les responsabilités encourues et sur la proportion des responsabilités,
- identifier les travaux de mise en conformité à réaliser, des réparations et de consolidation, et en chiffrer le coût après avoir sollicité des parties la remise de devis qui seront examinés par l’expert et annexés à son rapport ; dans l’hypothèse où les parties n’ont pas fourni les devis attendus, procéder à une évaluation des travaux de reprise ; donner toute indication relative aux préjudices éventuellement subis par la SCI [I], en précisant la durée des travaux de reprise ; en cas d’urgence, proposer les travaux indispensables qui seront réalisés par la partie demanderesse à ses frais avancés ;
- faire toute observation jugée utile à la manifestation de la vérité,
DISONS que l’expert fera connaître sans délai s’il accepte la mission,
DISONS que l’expert pourra recueillir l’avis d’un autre technicien mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne,
DISONS qu’à la fin de ses opérations, l’expert adressera un pré-rapport aux parties et leur impartira un délai leur permettant de lui faire connaître leurs observations,
DISONS qu’il répondra aux dites observations en les annexant à son rapport définitif,
DISONS que l’expert commis convoquera les parties par lettre recommandée avec accusé de réception à toutes les réunions d’expertise avec copie par lettre simple aux défenseurs, leurs convenances ayant été préalablement prises,
DISONS toutefois que, dans l’hypothèse où l’expert aurait recueilli l’adhésion formelle des parties à l’utilisation de la plate-forme OPALEXE, celle-ci devra être utilisée pour les convocations, les communications de pièces et plus généralement pour tous les échanges,
DISONS que la SCI [I] versera au régisseur d’avances et de recettes du tribunal une…
Dispositif
LAISSONS les dépens à la charge de la SCI [I] ;
REJETONS le surplus des demandes.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe aux jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire ?
Une expertise judiciaire est une évaluation technique réalisée par un expert désigné par le tribunal pour éclairer le juge sur des points techniques d'un litige.
Comment se déroule une procédure en référé pour désigner un expert ?
La partie intéressée doit saisir le juge des référés en présentant des éléments prouvant l'existence d'un litige potentiel et la nécessité d'une expertise.
Quels types de désordres peuvent justifier une demande d'expertise ?
Des désordres tels que des défauts de conformité, des malfaçons ou des travaux inachevés peuvent justifier une demande d'expertise.
Qui paie les frais de l'expertise judiciaire ?
Les frais de l'expertise sont généralement avancés par la partie qui demande l'expertise, mais peuvent être répartis entre les parties selon la décision du juge.
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