Tribunal judiciaire, referes construction, 24 juin 2026 — n° 26/01704
Synthèse de la décision
Question juridique
Quelles sont les conditions pour obtenir la désignation d'un expert judiciaire en référé ?
Principe retenu
L'article 145 du code de procédure civile permet à tout intéressé de solliciter en référé l'organisation d'une mesure d'instruction si un litige potentiel est suffisamment caractérisé et si la prétention n'est pas manifestement vouée à l'échec.
Faits clés
- Monsieur [M] a confié à la SARL AQUARMONY des travaux d'étanchéité de sa piscine.
- Des désordres sont apparus, notamment des poches d'eau sous la membrane.
- Monsieur [M] a assigné la SARL AQUARMONY pour obtenir la désignation d'un expert judiciaire.
- Un constat a été établi par un commissaire de justice, notant des défauts dans les travaux.
- La SARL AQUARMONY a demandé que les frais d'expertise soient à la charge de Monsieur [M].
Articles cités
article 145 du code de procédure civile
Exposé du litige
FAITS, PROCEDURE ET PRETENTIONS DES PARTIES
Au cours de l’année 2023, Monsieur [M] a confié à la SARL AQUARMONY la réalisation de travaux d’étanchéité complète de sa piscine, par la fourniture et pose d'une membrane en PVC armé, au sein de sa propriété située au [Adresse 3], à [Localité 1] [Localité 2].
Exposant que lesdits travaux réalisés sont affectés de désordres (apparition de poches d’eau sous la membrane), et suivant exploit de commissaire de justice du 11 mars 2026, auquel il se réfère à l’audience du 1er avril 2026 et auquel il convient de renvoyer pour un plus ample exposé des faits, prétentions et moyens, Monsieur [A] [M] a fait assigner devant le juge des référés du présent tribunal la SARL AQUARMONY aux fins, à titre principal et sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, de désignation d’un expert judiciaire avec mission habituelle en pareille matière et notamment la mission détaillée dans l'assignation, outre de voir débouter la requise de ses demandes contraires ou plus amples, outre de voir réserver les dépens.
Par conclusions notifiées le 1er avril 2026, auxquelles elle se réfère à l’audience du 1er avril 2026 et auxquelles il convient de renvoyer pour un plus ample exposé des faits, prétentions et moyens, la SARL AQUARMONY a formulé ses protestations et réserves d’usage et demande au juge des référés de dire que les frais d’expertise et les dépens seront à la charge du demandeur.
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DECISION
Il sera rappelé que les demandes de « déclarer », de « dire et juger », de « constater » et de « prendre acte » ne constituent pas des revendications au sens du code de procédure civile en sorte que le juge n’a pas à statuer sur les demandes formulées en ce sens.
L’article 145 du code de procédure civile permet à tout intéressé de solliciter en référé l’organisation d’une mesure d’instruction légalement admissible s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige.
Pour l’application de ce texte, il doit être démontré l’existence d’un litige potentiel dont l’objet et le fondement juridique sont suffisamment caractérisés, et d’une prétention non manifestement vouée à l’échec.
Monsieur [A] [M] verse aux débats les factures numéro FA0000471 et FA0001790 établies par la SARL AQUARMONY en date des 6 mars 2023 et 3 août 2023, ainsi que le procès-verbal de constat établi en date du 31 juillet 2024 par Maître [V] [G], commissaire de justice à [Localité 3], duquel il ressort la présence de désordres. Il est noté « l’absence de bonde de fond dans le dispositif » ainsi que « l’absence de feutrine en périphérie du bassin, entre la membrane et le bassin maçonné ». Il est également indiqué que « en partie haute de la membrane et sous la margelle de piscine, des joints de blocage sont observés en partie Nord. Sur les deux autres côtés du bassin, à savoir le Sud et l’Ouest, seuls des petits morceaux de joints de blocage sont présents, n’excédant pas 5 cm. »
L’existence de désordres est suffisamment plausible pour justifier une expertise judiciaire.
En l’état des éléments versés aux débats ainsi que des investigations techniques à mener pour la résolution du litige, il échet de faire droit à la demande d’expertise judiciaire qui répond à un motif légitime au sens de l’article 145 du code de procédure civile, aux frais avancés de Monsieur [A] [M].
Il sera donné acte à la SARL AQUARMONY de ses protestations et réserves, lesquelles n’impliquent aucune reconnaissance de responsabilité.
La mission de l’expert sera fixée dans les conditions des articles 263 et suivants du code de procédure civile alors que l’importance des vérifications à accomplir ne permet pas d’envisager de simples mesures de constatation ou de consultation.
La mission sera déterminée selon les éléments donnés dans le dispositif de la présente ordonnance, étant rappelé que le juge dispose en la matière d’un pouvoir souverain pour déterminer la mission pertinente. (Cass.Civ.1ère, 26 novembre 1980, numéro 79-13.870)
Le demandeur, compte tenu de la nature de l’instance et du fait qu’il a intérêt à la mesure d’expertise, conservera la charge des dépens de la présente instance. Il n’est pas opportun de réserver les dépens dans l’attente d’une instance au fond dont le principe n’est pas certain.
PAR CES MOTIFS
Nous, juge des référés, statuant après débats en audience publique par mise à disposition au greffe, par ordonnance contradictoire, exécutoire par provision, et en premier ressort :
ORDONNONS une expertise et DESIGNONS pour y procéder :
Monsieur [S] [E]
[Adresse 4]
[Localité 4]
Tél : [XXXXXXXX01]
Port. : 06.82.15.90.25
Mail : [Courriel 1]
Lequel aura pour mission, après avoir pris connaissance du dossier, s’être fait communiquer tous documents utiles, avoir entendu les parties ainsi que tout sachant :
- se rendre sur les lieux, sis [Adresse 5],
- examiner et décrire les travaux réalisés par la SARL AQUARMONY,
- rechercher les conventions verbales et écrites entre les parties, étudier les documents contractuels et les annexer à son rapport,
- indiquer la date d'ouverture du chantier, les dates d'exécution et d'achèvement des travaux, la date de prise de possession, le cas échéant les dates des procès-verbaux de réception, en mentionnant les réserves éventuellement formulées, ainsi que la notification écrite des désordres qui se sont révélés postérieurement à la réception,
- rechercher si les travaux ont été effectués conformément aux conventions entre les parties, aux normes et règlements en vigueur ainsi qu’aux règles de l’art, en décrivant, le cas échéant, les malfaçons ou moins-values constatées,
- examiner les ouvrages en litige, vérifier la réalité des désordres invoqués par la partie demanderesse dans son acte introductif d’instance et relatés dans le procès-verbal de constat de commissaire de justice en date du 31 juillet 2024,
- si ces désordres sont constatés : les décrire, en précisant la date de leur apparition, en rechercher la cause, en précisant s'ils proviennent d'une erreur de conception, d'un vice de matériau, d'un défaut ou d'une erreur d'exécution, d'une mauvaise surveillance du chantier, d'une négligence dans l'entretien ou l'exploitation des ouvrages ou de toute autre cause,
- préciser la nature des désordres en indiquant notamment s’ils compromettent la solidité de l’ouvrage en cause ou l’affectent dans l’un de ses éléments constitutifs ou l’un de ses éléments d’équipement, et le rendent impropre à leur destination ; dire si les éléments d’équipement défectueux font ou non indissociablement corps avec les ouvrages de viabilité, de fondation, d’ossature, de clos ou de couvert ;
- fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction qui sera éventuellement saisie de se prononcer sur les responsabilités encourues et sur la proportion des responsabilités,
- identifier les travaux de mise en conformité à réaliser, des réparations et de consolidation, et en chiffrer le coût après avoir sollicité des parties la remise de devis qui seront examinés par l’expert et annexés à son rapport ; dans l’hypothèse où les parties n’ont pas fourni les devis attendus, procéder à une évaluation des travaux de reprise ; donner toute indication relative aux préjudices éventuellement subis par Monsieur [A] [M], en précisant la durée des travaux de reprise ; en cas d’urgence, proposer les travaux indispensables qui seront réalisés par la partie demanderesse à ses frais avancés ;
- faire toute observation jugée utile à la manifestation de la vérité,
DISONS que l’expert fera connaître sans délai s’il accepte la mission,
DISONS que l’expert pourra recueillir l’avis d’un autre technicien mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne,
DISONS qu’à la fin de ses opérations, l’expert adressera un pré-rapport aux parties et leur impartira un délai leur permettant de lui faire connaître leurs observations,
DISONS qu’il répondra aux dites observations en les annexant à son rapport définitif,
DISONS que l’expert commis convoquera les parties par lettre recommandée avec accusé de réception à toutes les réunions d’expertise avec copie par lettre simple aux défenseurs, leurs convenances ayant été préalablement prises,
DISONS toutefois que, dans l’hypothèse où l’expert aurait recueilli l’adhésion formelle des parties à l’utilisation de la plate-forme OPALEXE, celle-ci devra être utilisée pour les convocations, les communications de pièces et plus généralement pour tous les échanges,
DISONS que Monsieur [A] [M] versera au régisseur d’avances et de recettes du tribunal une provision de 6000 euros (SIX MILLE EUROS) à valoir sur la rémunération de l’expert au plus tard le 24 AVRIL 2027, sauf dans l’hypothèse où une demande d’aide juridictionnelle antérieurement déposée aurait été accueillie, auquel cas les frais seront avancés par l’Etat,
DISONS qu’à défaut de consignation dans le délai prescrit, la désignation de l’expert sera caduque,
DISONS que, lors de la première réunion des parties, l’expert dressera un programme de ses investigations et évaluera le montant prévisible de ses honoraires et de ses débours,
DISONS qu’à l’issue de cette réunion, l’expert fera connaître au juge la somme globale qui lui paraît nécessaire pour garantir en totalité le recouvrement de ses honoraires et de ses débours, et sollicitera…
Dispositif
LAISSONS les dépens à la charge de Monsieur [A] [M] ;
REJETONS le surplus des demandes.
Ainsi jugé et prononcé par mise à disposition au greffe aux jour, mois et an susdits.
LE GREFFIER LE PRESIDENT
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une expertise judiciaire ?
Une expertise judiciaire est une mesure d'instruction permettant d'obtenir l'avis d'un expert sur des questions techniques ou scientifiques dans le cadre d'un litige.
Comment se déroule une procédure d'expertise en référé ?
La procédure d'expertise en référé commence par une demande au juge, qui désigne un expert pour examiner les faits et établir un rapport.
Qui doit payer les frais d'expertise ?
En général, les frais d'expertise sont à la charge de la partie qui perd le procès, sauf décision contraire du juge.
Quels types de désordres peuvent justifier une expertise ?
Des désordres tels que des défauts de construction, des malfaçons ou des non-conformités aux normes peuvent justifier une expertise.
Quelles preuves sont nécessaires pour demander une expertise ?
Il est nécessaire de fournir des documents tels que des contrats, des factures et des constats établis par des professionnels pour justifier la demande d'expertise.
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