Cour d'appel, rétention administrative, 23 juin 2026 — n° 26/01051
Synthèse de la décision
Question juridique
Les conditions d'une troisième prolongation de la rétention administrative sont-elles réunies en l'absence d'élément nouveau et de perspectives d'éloignement ?
Principe retenu
Pour une troisième prolongation de la rétention administrative, l'autorité administrative doit justifier de diligences suffisantes et de perspectives raisonnables d'éloignement. L'absence d'élément nouveau n'est pas un obstacle si les conditions légales sont remplies.
Faits clés
- Monsieur [Y] [T], de nationalité algérienne, a fait l'objet d'une interdiction temporaire du territoire français le 18 novembre 2025.
- Il a été placé en rétention administrative le 22 avril 2026.
- La présente procédure concerne une troisième prolongation de la rétention.
- La préfecture n'a produit aucun élément nouveau ni réponse des autorités algériennes.
- Monsieur [Y] [T] conteste la prolongation en invoquant l'absence de perspectives d'éloignement et l'absence de menace pour l'ordre public.
Articles cités
article L740-1 du CESEDA
article L742-4 du CESEDA
article L743-7 du CESEDA
Exposé du litige
PROCÉDURE ET MOYENS
Vu les articles L 740-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
Vu la décision du tribunal judiciaire de Marseille en date du 18 novembre 2025 ordonnant une interdiction temporaire du territoire français ;
Vu la décision de placement en rétention prise le 22 avril 2026 par la PRÉFECTURE DES BOUCHES DU RHÔNE notifiée le 23 avril 2026 à 08h42 ;
Vu l'ordonnance du 21 Juin 2026 rendue par le magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention décidant le maintien de Monsieur [Y] [T] dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire ;
Vu l'appel interjeté le 22 Juin 2026 à 09h55 par Monsieur [Y] [T] ;
A l'audience,
Monsieur [Y] [T] a comparu et a été entendu en ses explications ;
Son avocat a été régulièrement entendu ; il conclut à l'infirmation de l'ordonnance querellée et à la remise en liberté de son client ; Il soutient que les conditions d'une troisième prolongation ne sont pas réunies, la Préfecture ne justifie d'aucun élément nouveau d'aucune réponse des autorités algériennes, que monsieur ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
Le représentant de la préfecture sollicite la confirmation de l'ordonnance querellée ; il fait valoir que la requête est recevable, que deux ordonnances confirmatives ont purgé le moyen soulevé quant aux diligences, qu'il n'est pas établi qu'il n'existe pas de perspectives d'éloignement, que monsieur n'a pas de garanties de représentation et de documents d'identité, que monsieur constitue une menace à l'ordre public, que monsieur n'entend pas exécuter la mesure d'éloignement
Monsieur [Y] [T] déclare je travaille,, je suis sérieux c'est vrai que quand je ne travaille pas je dois vendre des cigarettes mais je ne le ferai plus pour payer mon loyer j'ai deux diplômes ma carte d'identité a été périmée après mon arrivée en France je ne suis pas dangereux
Motivations de la décision
MOTIFS DE LA DÉCISION
La recevabilité de l'appel contre l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention n'est pas contestée et les éléments du dossier ne font pas apparaître d'irrégularité. LA requête est bien accompagnée de toutes les pièces justificatives et notamment des diligences consulaires ;
Selon les dispositions de l'article L742-4 du ceseda , 'Le magistrat du siège du tribunal judiciaire peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours.
La prolongation de la rétention peut être renouvelée une fois, dans les mêmes conditions. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas quatre-vingt-dix jours'.
Il est constant que les critères énoncés ci-dessus n'étant pas cumulatif, il suffit à l'administration d'établir l'un d'eux pour justifier d'une prolongation de la rétention, que par ailleurs 'Le juge tient particulièrement compte de comportements menaçant l'ordre public susceptibles de révéler un risque de soustraction à la procédure d'éloignement à chaque fois qu'il est saisi aux fins de prolongation de la rétention.
Aux termes de l'article L741-3 du CESEDA, "Un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet."
Il appartient au juge, en application de l'article L. 741-3 du CESEDA de rechercher concrètement les diligences accomplies par l'administration pour permettre que l'étranger ne soit maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. Cela induit, sauf circonstances insurmontables, la production de pièces par l'administration qui établissent ces diligences, en fonction de la situation de l'étranger.
Par ailleurs, il convient de rappeler que la réalisation d'actes sans véritable effectivité, tels que des relances auprès des consulats n'est pas requis dès lors que l'administration ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte sur les autorités consulaires ;
En l'espèce, il résulte de la procédure que les autorités consulaires algériennes ont été saisies et relancées le 18 mai et 17 juin 2026 , de sorte que les diligences ayant été régulièrement effectuées, que malgré les diligences accomplies il n'a pas été possible de pouvoir procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement dans les délais, qu'il n'appartient pas aux autorités françaises d'adresser des injonctions aux autorités étrangères, et alors que les difficultés actuelles liées à l'obtention des laissez-passer consulaire algérien peuvent cesser à tout moment, il n'est pas établi qu'il n'existe pas de perspectives d'éloignement circonstance empêchant de considérer après 60 jours de rétention, la durée légale maximum de la mesure étant de trois mois, qu'il n'existe pas de perspectives d'éloignement, les documents de voyage n'ayant pas encore tous été reçus et la présente procédure étant introduite pour une troisième prolongation, au visa de l'article L742-4 du code, qu'il n'en résulte donc aucune obligation de bref délai à démontrer, le moyen devra être rejeté
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement par décision Contradictoire en dernier ressort, après débats en audience publique,
Constatons la régularité de la procédure
Dispositif
Déclarons recevable la requête en prolongation
Rejetons les moyens soulevés
Confirmons l'ordonnance du magistrat désigné pour le contrôle des mesures d'éloignement et de rétention en date du 21 Juin 2026.
Les parties sont avisées qu'elles peuvent se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au conseil d'Etat ou de la Cour de cassation.
Le greffier Le président
Reçu et pris connaissance le :
Monsieur [Y] [T]
Assisté d'un interprète
COUR D'APPEL D'AIX-EN-PROVENCE
Chambre 1-11, Rétentions Administratives
Palais Verdun , bureau 443
Téléphone : [XXXXXXXX01] - [XXXXXXXX02] - [XXXXXXXX03]
Courriel : [Courriel 1]
Aix-en-Provence, le 23 Juin 2026
À
- PREFECTURE DES BOUCHES DU RHONE
- Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de [Localité 1]
- Monsieur le procureur général
- Monsieur le greffier du Magistrat du siège du tribunal judiciaire chargé du contrôle des mesures privatives et restrictives de libertés de MARSEILLE
- Maître [O] [R]
NOTIFICATION D'UNE ORDONNANCE
J'ai l'honneur de vous notifier l'ordonnance ci-jointe rendue le 23 Juin 2026, suite à l'appel interjeté par :
Monsieur [Y] [T]
né le 16 Juillet 1992 à [Localité 2] (99)
de nationalité Algérienne
Je vous remercie de m'accuser réception du présent envoi.
Le greffier,
VOIE DE RECOURS
Nous prions Monsieur le directeur du centre de rétention administrative de bien vouloir indiquer au retenu qu'il peut se pourvoir en cassation contre cette ordonnance dans un délai de 2 mois à compter de cette notification, le pourvoi devant être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation. S
Questions fréquentes
Quelles sont les conditions pour une troisième prolongation de rétention administrative ?
Selon l'article L742-4 du CESEDA, une troisième prolongation est possible si l'administration justifie de diligences suffisantes et de perspectives raisonnables d'éloignement. Dans cette affaire, la cour a confirmé la prolongation malgré l'absence d'élément nouveau, car les conditions légales étaient remplies.
Que faire si la préfecture n'a pas de réponse des autorités consulaires pour une troisième prolongation ?
L'absence de réponse des autorités consulaires n'empêche pas la prolongation si l'administration démontre avoir accompli les diligences nécessaires. Dans ce cas, la préfecture avait joint les pièces justificatives des démarches consulaires, ce qui a été jugé suffisant.
La menace à l'ordre public est-elle un motif suffisant pour prolonger la rétention ?
Oui, la menace à l'ordre public peut être prise en compte. Ici, la préfecture a invoqué ce motif, et l'intéressé a reconnu vendre des cigarettes de contrebande, ce qui a été retenu comme élément de menace.
Puis-je être libéré si les autorités n'ont pas fait assez de diligences ?
Oui, si l'administration ne justifie pas de diligences suffisantes, la prolongation peut être refusée. Dans cette affaire, la cour a estimé que les diligences étaient suffisantes, notamment en raison des pièces produites.
Quels sont les recours contre une ordonnance de prolongation de rétention ?
L'ordonnance peut faire l'objet d'un pourvoi en cassation dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Le pourvoi doit être formé par déclaration au greffe de la Cour de cassation, signé par un avocat au Conseil d'État ou à la Cour de cassation.
Une question similaire ? Posez-la à Justiweb
Notre IA juridique vous répond avec sources officielles et jurisprudence à jour.
Poser ma question
Important : Cette page présente une décision de justice à titre informatif.
Elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation spécifique,
consultez un avocat ou utilisez l'assistant Justiweb pour explorer vos questions juridiques.