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MOTIVATION
I- Sur le paiement des factures
Moyens des parties
A titre liminaire, la société [S] Group soutient que le tribunal a méconnu la véritable nature du contrat qu'elle a passé avec la société Strada. Elle expose que ce contrat l'avait chargée de missions d'accompagnement informatique qui étaient « validées au fil de l'eau » sans comporter de livrables prédéterminés, et qu'il prévoyait non un budget préalable à respecter, mais une facturation régulière en fonction du temps passé. Elle conclut que cette incompréhension a conduit le tribunal à juger d'une façon erronée que « rien ne permet de démontrer que fin mars 2022 [H] Group était à même de livrer une version opérationnelle du produit dans des délais raisonnables » et elle souligne, en particulier, que la notion de « délai de livraison du produit » qu'il a retenue n'a en l'espèce aucun sens. L'appelante fait valoir ensuite que la société Strada a validé les prestations qu'elle a effectuées jusqu'au 28 mars 2022, comme en attestent leurs échanges de courriels. Elle considère que la rupture soudaine de la relation commerciale par la société Strada est une réaction à sa propre décision de se séparer du gestionnaire du contrat, dans un contexte de désaccords sur la comptabilisation de certaines factures. Elle souligne que cette décision était parfaitement conforme au contrat et que c'est à tort que le tribunal lui a reproché, par cette décision, d'être à l'origine de tensions ayant conduit Strada à couper les accès à ses applications.
L'appelante conteste ensuite les reproches que la société Strada invoque pour ne pas régler les factures qu'elle lui réclame. Pour justifier de la réalité de ses prestations, elle produit les « travaux et livrables Marketing » qu'elle a réalisés, des comptes-rendus d'activité depuis septembre 2019, les « exports » du logiciel [X] reprenant les tâches affectées aux équipes d'[H] « et dûment exécutées », un fichier global et récapitulatif reprenant l'intégralité des factures qu'elle a émises depuis le début de sa mission. Elle réfute les allégations que développe la société Strada pour justifier le non-paiement des prestations, qu'elle juge « opportunistes, voire mensongères » : il en va ainsi des difficultés et défaillances dont feraient état différents courriels alléguant, par exemple, de la « latence » (courriel du 2 décembre 2020), d'un problème de qualité (10 juin 2021), des retards dans la mise en 'uvre de certaines actions (11 octobre 2021), de nombreuses problématiques rencontrées par l'équipe développement (12 octobre 2021). S'agissant des griefs relatifs aux codes informatiques qui auraient été inexploitables au point que la société Strada aurait été contrainte de faire reprendre ses travaux par un autre prestataire, la société Bluesoft, l'appelante souligne que cette reprise ne lui a pas été demandée, qu'elle n'a pas été informée de cette intervention extérieure de sorte qu'elle n'a pas été en mesure de répondre spécifiquement à ces reproches liés aux codes sources. Elle considère, par ailleurs, comme dépourvues de toute valeur probante les attestations que la société Strada produit pour étayer ses reproches, lesquelles émanent de ses propres salariés ou sont anonymes. Enfin, elle considère que le reproche d'avoir recouru à des sous-traitants non agréés est fait de mauvaise foi puisque la société Strada, en réalité, n'en donne qu'un seul exemple, à propos d'un consultant indépendant et, de surcroît, elle en avait été avertie.
En ce qui concerne la plateforme [X] de saisie du temps passé, l'appelante reproche au tribunal d'avoir défalqué l'écart de facturation représentant plus de 30 000 heures. Elle explique qu'elle utilisait son propre logiciel interne et que ce n'est qu'en avril 2021 que la société Strada a introduit cette plateforme, mais dans le but d'établir des justificatifs pour ses demandes de Crédit Impôt Recherche (CIR) et Crédit Impôt Innovation (CII).